Saraste et le Philharmonique de Radio France, un duo gagnant

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 10-I-2014. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : L’Île des morts, op.29. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle et orchestre n°1, op.107. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°3 « L’Ange de feu », op.44. Natalia Gutman, violoncelle ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Jukka-Pekka Saraste.

JPSarasteRachmaninov, Prokofiev, Chostakovitch ! En un seul concert, réunir ces trois génies, qui malgré toutes leurs divergences se vouaient une admiration véritable – voilà qui permet d’apprécier au mieux tout le sel du langage musical qui leur est propre. Le Philharmonique de Radio France, stimulé par le génial , brille de tous ses feux dans ce répertoire, et peut se vanter d’en être le meilleur ambassadeur sur la scène parisienne : venu nombreux grâce aux partenariats de l’orchestre avec les établissements d’enseignement supérieur, le public jeune ne pouvait rêver meilleure introduction à l’univers de la musique russe du vingtième siècle.

La soirée s’ouvre sur un instant de grâce. Houle symphonique qui saisit l’âme et dont le reflux la laisse transie, l’Île des morts est rarement interprétée avec tant d’intensité et tant de précision tout à la fois. Dans la vision qu’en a le chef finlandais, la musique de Rachmaninov est à cent lieues de la soupe mélodramatique : sous un contrepoint d’une clarté extrême, qu’élaborent des solistes aux intentions particulièrement justes, la tension des lignes montantes, les appels de cordes, ou à l’inverse les motifs dépressifs du Dies Irae et du Salve Regina grégoriens, concourent à donner à l’auditeur une prodigieuse sensation d’économie et d’unité formelles, dans un morceau dont les vingt minutes passent en un souffle.

La symphonie de Prokofiev, que l’usage de timbres agressifs et la densité de l’écriture rendent pourtant moins accessible, est pour l’orchestre une nouvelle occasion de donner à admirer son brio. Jouxtant les épisodes féroces ou barbares, les moments plus aériens, tel le bel Andante, offrent à l’oreille le répit qu’elle réclame, et prouvent que l’orchestre domine toutes les difficultés avec autant d’aisance, qu’elles soient d’ordre rythmique, ou de l’ordre de l’intonation mélodique.

Si le Concerto pour violoncelle de Chostakovitch déçoit en regard des deux autres parties, c’est sans doute que , qui apparaît fatiguée sur scène, manque d’énergie pour souligner le mordant de la partition. Elle convainc dans le mouvement lent central (spécialement dans le dialogue avec le célesta, tout en harmoniques délicieusement chuintants), mais son jeu, ainsi que ses tempi, auxquels l’orchestre se conforme de bonne grâce, ont une certaine pesanteur. On peine à ressentir, à l’écoute de l’œuvre, le comique grinçant de la marche introductive, ou l’élan généreux du finale. Mais un extrait d’une suite de Bach, joué en bis, a suffi à balayer toute frustration, et à prouver que le jeu de est entièrement probant dans les pièces d’expression plus intérieure.

Crédit photographique : © WDR Thomas Kost

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