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L’hommage à René Leibowitz par l’ensemble Aleph

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Théâtre Dunois. 28-I-2014. Maurice Ravel (1875-1937): Sonate pour violon et violoncelle; René Leibowitz (1913-1972), Duo op.23 pour Violoncelle et piano, Trio Albeneri, op.20 pour violon, violoncelle et piano; Hans Werner Henze (1926-2012): Chamber sonata pour violon, violoncelle et piano; Arnold Schoenberg (1874-1951): Fantaisie op.47 pour violon et piano. Ensemble Aleph: Noëmi Schindler, violon; Christophe Roy, violoncelle, Jean-Claude Henriot, piano.

Aleph-Credit_Benjamin Guyonnet-petit aujourd’hui? Telle est la question lancée par l’ qui a consacré quatre concerts  au compositeur, pédagogue, théoricien et chef d’orchestre français, d’origine polonaise, à qui le CDMC avait rendu hommage en octobre 2013 pour le centenaire de sa naissance.

On ne sait pas exactement si Leibowitz a travaillé avec Schoenberg quand il était à Berlin; ce qui est sûr en revanche, c’est qu’il fait connaître en France où il vient s’installer les théories du dodécaphonisme dès la fin de la guerre en publiant deux ouvrages essentiels qui font date dans l’histoire de la pensée musicale. A l’ombre du Maître viennois et rapidement écarté par les tenants de l’avant-garde parisienne (Boulez a été pour une courte période son élève), René Leibowitz disparaît de l’affiche des concerts après sa mort malgré un catalogue pléthorique comptant plusieurs opéras.

Discrètement assis à côté des interprètes, , musicologue et professeur à l’Université de Paris VIII, était là (il le sera à chaque concert) pour témoigner des écrits et de la pensée du compositeur, donnant un éclairage toujours bien ciblé sur l’époque, l’aura artistique du compositeur ou encore la réception de ses ouvrages dans le milieu littéraire des années 50.

A côté des oeuvres de René Leibowitz s’inscrivaient au programme celles de ses maîtres et élèves: qui fut son professeur d’orchestration dans les années 30, Schoenberg qu’il « fréquente » assidûment (du moins par le biais de ses partitions) et qu’il compte parmi ses élèves, avec Roberto Gerhard, Vinko Globokar ou encore Keith Humble qui seront à l’affiche des autres concerts.

Noëmie Schindler et Christophe Roy étaient face à face pour jouer la Sonate pour violon et violoncelle de . La pièce était à l’origine (1920) un Duo écrit à la mémoire de Debussy, auquel le compositeur rajoute trois mouvements (1922). Il considérait cette Sonate comme un tournant dans l’évolution de sa carrière: musique de l’épure, jouant sur le contrepoint libre des deux instruments à cordes (1er mouvement), avec des accents rageurs et une rugosité de la matière toute nouvelle (Scherzo). Familiers d’une partition qu’ils connaissent sur le bout de l’archet, les deux interprètes magnifiquement complices donnaient à cette musique « d’os » toute sa modernité et son charme un peu frustre. Ils atteignaient « la chair nue de l’émotion » dans le mouvement lent, rarement joué avec autant de sensibilité et de subtilité.

Christophe Roy et Jean-Claude Henriot s’attaquaient ensuite au Duo op.23 pour violoncelle et piano de Leibowitz. La parenté schoenbergienne est ici évidente dans cette musique de la discontinuité, extrêmement concentrée et très éruptive, qui n’exclut pas pour autant un certain lyrisme, exprimé alternativement au piano et au violoncelle. L’écriture, tout comme l’écoute, y est exigeante et superbement servie par nos deux interprètes qui en détaillaient toutes les facettes avec une énergie très communicative.

Ecrite à l’âge de 22 ans puis révisée 15 ans plus tard, Chamber Sonata pour violon, violoncelle et piano du compositeur allemand (décédé en 2012) est une pièce en cinq mouvements assez courts et tout en contrastes, qui semblent portés par une dramaturgie. Henze s’attache au modelé expressif de la ligne au sein d’une tonalité élargie qui mesure la distance prise avec la technique sérielle radicale de son maître. La dimension scénique affleure chez un compositeur qui va s’illustrer dans le genre de l’opéra.

Noëmie Schindler donnait ensuite une version fulgurante de la Fantaisie pour violon avec accompagnement de piano de Schoenberg écrite en 1949, deux ans avant sa mort. La pièce en quatre mouvements enchainés, d’une cohérence formelle sans faille, prenait son relief et ses couleurs sous l’archet puissant et les sonorités irradiantes de la violoniste dont on apprécie l’autorité et la liberté d’un geste d’une sûreté impressionnante. Le piano – Jean-Claude Henriot très à l’écoute – laissé volontairement dans l’ombre par Schoenberg, apportait son léger soutien dans un équilibre bien senti.

C’est avec le Trio Albeneri (1950) de René Leibowitz que les trois interprètes de la soirée terminaient le concert. Cette oeuvre forte, régie par la combinatoire sérielle, met à l’oeuvre l’énergie du geste et la tension des lignes distribuées aux trois instruments constamment en relai; dans une concentration exemplaire, les musiciens assumaient la conduite d’un phrasé très morcelé avec un engagement qui force l’admiration.

Crédit photographique : © Benjamin Guyonnet

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Théâtre Dunois. 28-I-2014. Maurice Ravel (1875-1937): Sonate pour violon et violoncelle; René Leibowitz (1913-1972), Duo op.23 pour Violoncelle et piano, Trio Albeneri, op.20 pour violon, violoncelle et piano; Hans Werner Henze (1926-2012): Chamber sonata pour violon, violoncelle et piano; Arnold Schoenberg (1874-1951): Fantaisie op.47 pour violon et piano. Ensemble Aleph: Noëmi Schindler, violon; Christophe Roy, violoncelle, Jean-Claude Henriot, piano.

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