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Metz, kitsch ou magie pour Hänsel und Gretel

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 11-II-2014. Engelbert Humperdinck (1854-1921) : Hänsel und Gretel, conte théâtral en trois actes (1893). Livret d’Adelheid Wette d’après le conte éponyme des frères Grimm. Mise en scène : Pénélope Bergeret. Scénographie : Benoît Dugardyn. Costumes : Dominique Burté. Lumières : Patrice Willaume. Chorégraphie : Rodolphe Fouillot. Avec : Matthieu Lécroart, Peter ; Sylvie Bichebois, Gertrud ; Catherine Trottman, Hänsel ; Léonie Renaud, Gretel ; Xavier Rouillon, La Sorcière ; Sahara Sloan, Le Marchand de Sable / La Fée Rosée. Maîtrise du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz Métropole (chef des chœurs : Annick Hoerner). Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (direction : Laurence Bolsinger). Orchestre national de Lorraine, direction : Benjamin Pionnier.

HANSEL UND GRETEL 16Il n’est jamais aisé de mettre en scène un texte faisant appel en priorité au monde du rêve, de la magie et de l’imaginaire. Dans le cas du Hänsel und Gretel de Humperdinck, la difficulté se voit encore accrue par l’incroyable décalage entre la violence inouïe de l’univers des frères Grimm et les torrents de kitsch que contient une partition musicale qui, certes, ne manque pas par ailleurs de ses moments de grâce, d’intimité et de beauté. Ainsi, si le chœur final, une reprise de la chanson du premier acte, contient un concentré de sirop qui pourrait donner une indigestion aux auditeurs les plus aguerris, la scène de la forêt est riche de plusieurs moments ineffables à la délicatesse infinie.

La mise en scène de , qui se situe quelque part entre le réalisme le plus sordide et la magie enfantine la plus décomplexée, tente de réaliser la synthèse entre les deux extrêmes qui marquent cette adaptation musicale quelque peu fin-de-siècle. Le premier acte, qui se passe dans ce qui semble être une usine désaffectée, est vraisemblablement le plus réussi des trois. Les deux enfants, au lieu de s’affairer aux travaux de bricolage ou de raccommodage prévus par le livret original, tentent vainement de repasser leurs leçons. Gretel est visiblement plus attirée par le chant et le théâtre que par la calligraphie, et Hänsel préfère de loin le dessin à l’arithmétique. Les balais de Peter sont remplacés par un aspirateur brinquebalant, et le vieux tablier de Gertrud évoque davantage les rigueurs de la fin de la seconde guerre mondiale que la famine des campagnes médiévales. Le deuxième acte, situé dans la forêt, souffre de l’encombrement lié à la présence de danseurs incarnant divers personnages de Grimm : y apparaissent pêle-mêle Peau d’Âne, le Prince Charmant ou encore le Chat Botté, autant d’incarnations aussi anecdotiques qu’incongrues. Quelques belles images, comme ce ballet de bras et de jambes s’agitant derrières les troncs d’arbres, apportent néanmoins à l’accomplissement du conte un soupçon de magie et de poésie. L’acte de la Sorcière, malgré la présence terrifiante du ténor dans ce rôle pour le moins truculent de travesti, est lui aussi gâché par un excès de gadgets et d’artifices : manège tournant en lieu et place de la maison en pain d’épice, sucettes géantes, bulles de savon, sorcière transformée à la fin en un redoutable lapin blanc, chat se léchant pour ponctuer les apparitions de la Sorcière, etc. Trop d’idées, de toute évidence, tuent l’idée, et l’on reste au final sur l’impression d’être passé à côté de l’essentiel. Ne confondons pas féérie et fête foraine.

La réalisation musicale est relativement modeste, surtout si on la compare aux réunions de grandes stars internationales que l’on trouve dans la plupart des enregistrements discographiques qui ont marqué l’ouvrage. La seule véritable déception, cependant, nous est donnée par le chant prosaïque de la soprano Sahara Sloan dans sa double incarnation du Marchand de Sable et de la Fée Rosée. Prestations tout à fait satisfaisantes en revanche de la part du baryton et de la soprano , touchants tous deux en Peter et en Gertrud, autant pour leurs duretés que pour leur humanité. Hänsel et Gretel sont pour une fois crédibles scéniquement, phénomène assez rare sur nos scènes pour qu’il soit souligné ici. , notamment, campe un adorable garnement, même si son instrument n’a pas tout à fait la fraîcheur de celui de sa partenaire . De façon générale, les deux voix paraissaient quelque peu surdimensionnées pour faire croire à la présence de jeunes enfants.

Dans la fosse, l’ a donné une prestation plutôt routinière, peu inspirée en tout cas par la baguette assez prosaïque de . La belle orchestration de Humperdinck aurait mérité un traitement un peu plus soigné.

Crédit photographique : et © Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 11-II-2014. Engelbert Humperdinck (1854-1921) : Hänsel und Gretel, conte théâtral en trois actes (1893). Livret d’Adelheid Wette d’après le conte éponyme des frères Grimm. Mise en scène : Pénélope Bergeret. Scénographie : Benoît Dugardyn. Costumes : Dominique Burté. Lumières : Patrice Willaume. Chorégraphie : Rodolphe Fouillot. Avec : Matthieu Lécroart, Peter ; Sylvie Bichebois, Gertrud ; Catherine Trottman, Hänsel ; Léonie Renaud, Gretel ; Xavier Rouillon, La Sorcière ; Sahara Sloan, Le Marchand de Sable / La Fée Rosée. Maîtrise du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz Métropole (chef des chœurs : Annick Hoerner). Ballet de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (direction : Laurence Bolsinger). Orchestre national de Lorraine, direction : Benjamin Pionnier.

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