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Charlotte Hellekant dans The Raven de Toshio Hosokawa

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Théâtre des Bouffes du Nord. 10-II-2014. Toshio Hosokawa (né en 1955): The Raven sur le livret d’Edgar Allan Poe: monodrame pour mezzo-soprano et ensemble de 12 musiciens; conception et mise en scène Jan Speckenbach et Charlotte Hellekant; vidéo et décors Jan Speckenbach; chorégraphie Nathalie Ruiz; costumes Caroline Koener; lumières Max Kohl. Charlotte Hellekant, mezzo-soprano; Ensemble Lucilin; direction David Reiland.

charlotte hellekantCompositeur japonais très prolifique, écrit beaucoup pour la voix; son troisième opéra Matsukaze, créé par la mezzo-soprano , est composé dans la même année 2011 que son monodrame The Raven (Le corbeau) présenté sur la scène des Bouffes du Nord. Prenant comme livret le poème narratif en anglais d’Edgar Poe (dont Baudelaire fera une traduction française) confie le rôle à une femme – éblouissante – et convoque une petite formation de 12 musiciens – l’Ensemble luxembourgeois Lucilin – qui était sur scène, côté cour, dans une proximité idéale avec la chanteuse. Dans la mise en scène et les décors de Jan Speckenbach, le personnage féminin évolue dans le lieu très confiné d’une chambre cernée par une porte et une fenêtre, l’espace étant parfois modifié voire remodelé par le biais de la vidéo et des effets d’optique assez virtuoses.

Comme dans bon nombre de ses pièces vocales, Toshio Hosokawa évoque le Nô traditionnel japonais où la tension scénique est engendrée aussi bien par la voix que par le geste et le corps du personnage. Charlotte Hellekant, qui collabore à la mise en scène, accomplit là une véritable performance, dans une dimension parfois chorégraphique et superbement assumée. L’écriture vocale, au service du texte, instaure un passage continuel entre la voix parlée et le chant proprement dit, exigeant une énergie et une puissance toujours réamorcée. Le rôle semble taillé sur mesure pour la voix ample et sensuelle de Charlotte Hellekant, magnifiquement timbrée dans tous les registres et d’une envergure dramatique saisissante.

La partie instrumentale est elle aussi très travaillée, Hosokawa concevant un environnement sonore d’une grande efficacité dramaturgique: en diversifiant les couleurs – comme ce saxophone qui contrepointe la ligne vocale – et les textures souvent traversées de souffle et de bruissements mystérieux; les instruments sont toujours très en dehors, qui anticipent, commentent, soulignent le texte sans jamais inquiéter la voix. Il revenait bien évidemment au chef d’instaurer ce bel équilibre à la tête d’un ensemble très réactif qui nous faisait vivre très intensément cette plongée dans l’irrationnel et le monde de la folie.

Crédit photographique : Charlotte Hellekant  © Mats Bäcker

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