L’histoire de l’opéra aux Etats-Unis

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John Dizikes, Opera in America, a Cultural History. Yale University Press, 611 pages. Library of Congress : 0-300-05496-3. Dépôt legal : 1993, Yale University.

 

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Opera in America, a Cultural History, de , se lit à la fois comme un livre d’images (tout simplement parce que  les très nombreuses illustrations de l’œuvre participent pleinement du texte pour s’y incruster et  en faire ainsi ressortir le propos), comme une fiction (parce que, bien souvent, le récit et ses décors l’ emportent sur l’ argument), comme une étude économique, sociétale  et culturelle de l’ Amérique au travers de l’ histoire de son opéra. Dizikes nous démêle, nous « débrouille », comme il le ferait d’écheveaux emmêlés,  l’opéra aux USA en analysant au scalpel ses fonctions -synchroniques et/ou diachroniques-, ses moteurs  -banquiers et/ou donateurs, ses publics -populaires et/ou aristocratiques, bref ses dialectiques.

Dizikes ne s’embarrasse ici ni d’analyses structurales ni de dissections savantes, jamais ne pontifie. Vous ne trouverez, dans ce livre, ni exégèse  sur le Mighty Casey de William Schuman ni glose sur la Vanessa de Barber. Vous y trouverez, par contre,  l’Histoire et l’érudition forcenée d’un spécialiste honnête et rigoureux qui sait enfin débusquer affabulations et mythes. Un style serré, concis, net et concret, souvent acéré, parfois légèrement académique (l’auteur fut professeur à l’Université de Californie, Santa-Cruz, de 1965 à 2000)  mais suffisamment aéré, romanesque  pour ne pas tomber dans le conformisme le plus grossier, fait avancer l’action.

Deux ou trois exemples suffiront  à dire la richesse, le foisonnement de ce livre virtuose et  méticuleux : celui des aventures et  tribulations de la célèbre famille des Garcia (Manuel père, Manuel fils, Joaquina, Maria … Malibran !, Pauline … Viardot !) séduite par les avances et promesses d’un certain Lorenzo Da Ponte, alors professeur d’italien au Columbia College,  et qui créa en 1833 la première maison d’ opéra des Etats-Unis, pour proposer entre autres  au public new-yorkais Mathilde di Shabran, Gli Arabi nelle Gallie et autres Straniera. Celui sur le Gold Rush qui s’ avère, lui, fascinant, passionnant, sorte de récit à la fois picaresque et « vériste » de l’ West américain.. De cette troupe ambulante des Pellegrini qui saura imposer avec succès à un public d’ aventuriers, de chercheurs d’ or et d’ ivrognes, à Virginia City ou dans ces villes aujourd’hui fantômes du Nevada ou du Colorado, Bellini, Donizetti, voire Mozart, de la Biscaccianti (qui face à la violente concurrence de Catherine Hayes, s’ en ira bientôt boire ses chagrins au Pérou), d’ Anne Bishop à Anna Thillon, tout y est dit et conté, ponctué de mille anecdotes,  avec sérieux, rigueur et ….humour.

Celui, particulièrement éloquent sur les chanteurs noirs et leurs énormes difficultés, c’est le moins que l’ on puisse écrire, à s’ imposer : Lilian Evans Tibbs, Catherine Yarborough, Roland Hayes, Paul Robeson, Mattiwilda Dobbs, Marian Anderson, son récital du 9 avril 1939 sur les marches du  Lincoln Memorial devant 75.000 spectateurs et ses débuts au MET en 1955 dans le rôle d’ Ulrica. Bref, De A à Z, d’ Emma Abbott au Giulietta e Romeo de Zingarelli, il faudrait tout citer car, visiblement, un encyclopédique a tout lu, tout vu, tout entendu, tout retenu, pour notre plus grand bonheur. Signalons donc aussi les excellentes pages consacrées à Chicago, à La Nouvelle Orléans, à San Francisco, à Treemonisha, à Fry, Calvé, Salvi, Jenny Lind (et P.T.Barnum !), Sontag, Grisi, Boston (et son auditorium, copie conforme de celui de l’ opéra de Bordeaux), Patti, l’ opéra-comique français, la construction du « nouveau » MET, tout cela parce que  Madame Vanderbilt n’avait pu obtenir de place pour l’ Academy… elle préférera alors ouvrir son propre théâtre ! Nordica, Hammerstein, Garden, Homer, Caruso,  Farrar, le crash de 29 ….. et ces dernières pages, faite d’amour (l’auteur ne renie pas ses origines grecques) et dédiées à la plus grande, Sophia Cecilia Anna  Maria  Kalogeropoulos.

L’auteur travaille actuellement  sur deux chapitres supplémentaires qui couvriront l’époque contemporaine.  Le livre, publié en 1993,  n’a pas encore  été traduit en français ! Traducteurs, à vos marques !

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