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Le mystère Giuditta Pasta

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Kenneth Stern : Giuditta Pasta, A Life on the Lyric Stage. Editions Operaphile, Palm Springs, Ca. USA. ISBN : 978-0-578-07406-1.
2011. 584 pages. En anglais. www.giudittapasta.com

 
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Ce nouveau pavé (en anglais), de Kenneth Stern, tout comme l’Opera in America, a Cultural History  de , chroniqué ici même il y a quelques semaines, appartient à ce que l’ on pourrait appeler la mouvance (l’école ? le cénacle) biographique de la critique littéraire anglo-saxonne.  Ce Giuditta Pasta, A Life on the Lyric Stage  sera donc, comme il se doit, et selon les règles du genre, dense, sérieux, appliqué, voire académique, plein de ces mille détails savamment répertoriés que nous découvrons avec l’avidité d’un doctorant et qui font  les délices légèrement perverses de tous les directeurs de thèse….  l’un des gros bons points du livre étant de corriger à tout prix les nombreux erreurs et silences du Giuditta Pasta e i suoi tempi de Maria Giulini Ferranti qui fut longtemps la référence absolue sur Pasta.Refermez ce volume de près de 600 pages et vous aurez vraiment tout appris sur cette cantatrice qui fut la préférée de Stendhal (ces longues soirées à jouer ensemble au faro !).

Vous y aurez appris, entre autre chose,  que née le 26 octobre 1797 à Saronno, elle fut baptisée le lendemain sous le nom d’Angiola Maria Costanza, fille de Rachele (la fameuse mamma qui l’accompagnera toute sa vie à travers l’Europe, impresario, nurse, factotum -dans les deux  sens du terme) et Carl’ Antonio  Negri.

Qu’elle étudie très jeune avec Bartolomeo Lotti, Maestro di Capella à Côme, avec Giuseppe Scappa à Milan, avec Banderali, Paër et Perucchini. Qu’elle (Git, pour les intimes) épouse, à 18 ans, le jeune Giuseppe Pasta (Peppino)… piètre ténor,  qui quittera l’Europe pour les USA le 1er octobre 1825 dans les bagages du clan Garcia  Qu’elle débute avec Giuseppe au Teatro degli Academici Filo-Drammatici de Milan dans une oeuvre de Scappa qui ne survivra pas et que le vrai premier succès lui viendra d’abord à Paris, au Théâtre Italien, avec l’Il Principe di Taranto de Paër et le Giuletta e Romeo de Niccolò Zingarelli.  Qu’elle offre à Londres son premier travesti, Telemaco, dans la Penelope de Cimarosa (le Morning Post parlera de « flexible and pleasing voice » et de « handsome countenance »). Que ses cachets faramineux seront  tenus bien longtemps secrets…. etc…etc…

Vous y aurez partagé ses voyages et leurs épopées : Paris, Londres, Venise, Naples, Trieste, Palerme, Milan (mais la Scala ne l’invitera que beaucoup plus tard, le 26 décembre 1831 pour  une Norma -Pasta, Negri, Donzelli, Negrini- en première mondiale … fiasco ! ) mais aussi Vienne, Cracovie, Saint-Petersbourg, Moscou  (où elle importe,  entre autres, sa Norma, son Anna Bolena, son Tancredi) et Berlin (où l’entend dans la Desdemona de Rossini et démolit carrément la dame dans une lettre à Verkenius).   Vous y aurez  pénétré les us et coutumes opératiques de l’époque (ces fameuses arie de baule que la Pasta rangeait  avec précaution  dans ses malles au cas où, ses arie favorites … C’est ainsi qu’ à Paris, mécontente de son air d’introduction dans l’Otello de Rossini, un duettino avec Emilia,  elle préfèrera « extrapoler » , y placer le Mura infelicePalpita incerta l’ anima … O quante lagrime pris à La Donna del Lago. A Padoue, ce sera le Di Tanti Palpiti pris à la Cenerentola…. les exemples abondent ! Vous y aurez découvert ses amitiés, ses inimitiés (Angelina Catalani,  Giuseppina Grassini, Tecofila Billotti Cola, Talma, Duchesnois, Henriette Sontag etc…puis …  en queue de liste… la Grisi et la Fodor !… on s’en serait douté !) ), ses phobies et superstitions (les voyages sont entrepris le onze du mois… On part pour Rome un onze, on arrive à Venise un onze, on emménage  à la Villa Roda sur les rives du lac de Côme le 11 Septembre 1828,  le tout régenté par mamma  Rachele), ses amours … toujours chastes.  Etc… etc…

Vous y aurez noté également qu’elle  chanta la Desdemona de Rossini 161 fois, Tancredi 156 fois, Norma 108 fois (Milan, Bergame, Venise, Londres, Bologne, Saint-Petersbourg et Berlin), Romeo (Zingarelli) 108 fois, Semiramide 71 fois, Anna Bolena 69 fois, Nina (Paisiello) 59 fois, Medea 46 fois. Qu’elle se frotta aussi à Mozart (qu’elle écrit Mozzart), mais si peu (5 Donna Elvira, 11 Cherubino, 2 Despina, 3 Zerlina). Que furent  écrits spécifiquement pour elle les rôles de Beatrice di Tenda, Norma, Amina, Maria Stuart (Coccia), Anna Bolena, Bianca (Ugo, Conte di Parigi), Linceo (Danao, Mayr), Emma (Mercadante), Gonzalvo (Nicolini), Clodomiro (Nicolini), Niobe (Pacini), Arminio (Pavesi) Elisa (Rai), Giuditta (!, Raimondi), plus quelques autres dont vous découvrirez la liste en page 512 du livre.

Trois  chapitres, en fin de parcours ( The Woman, the Artist, the Voice),  éclairent encore plus, comme si besoin l’était, le mystère Pasta que vous découvrirez pleinement  en lisant ce magnifique volume. Robuste, réfléchi, sincère, l’auteur a ici « pondu »  une biographie souvent puissante et bien trempée, souvent chaleureuse, affectueuse, aimante, bref….. amoureuse. Kenneth Stern adore son sujet, idolâtre  celle qui fut la star assoluta de sa génération.  Son style va droit à l’ essentiel et le livre se lit d’ un trait. Il attend, lui aussi,  son  traducteur.

La femme, la tragédienne, le monstre vocal ….. et en refermant l’ ouvrage, on pense, bien sûr, à ……Callas !

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Kenneth Stern : Giuditta Pasta, A Life on the Lyric Stage. Editions Operaphile, Palm Springs, Ca. USA. ISBN : 978-0-578-07406-1.
2011. 584 pages. En anglais. www.giudittapasta.com

 
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