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Simon Rattle, concerto pour orchestre ?

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 04-03-2014. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3 en fa majeur, Op.90 ; Georg Friedrich Haas (né en 1953) : Dark Dreams ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Orchestre philharmonique de Berlin, direction : Simon Rattle.

press4lgeLa venue de la philharmonie de Berlin à Bruxelles est toujours exceptionnelle, d’autant plus que la légendaire phalange ne s’était pas produite dans la capitale de l’Europe, depuis 2007.  Tout aussi exceptionnel était le déploiement de présence de la Deutsche Bank, mécène principal de l’orchestre, dont l’occupation d’espaces du Palais des Beaux-Arts, à des fins promotionnelles et de satisfaction de ses clients était envahissante. Certes, ce type de concert, particulièrement onéreux, a besoin de généreux partenaires, mais est-ce au point de dépasser les limites de la décence ?

Le programme de la soirée, tel qu’il était annoncé, attirait la curiosité tant la succession de pièces ne correspondait à aucune logique. La pratique du concert confirma hélas nos présomptions tant les trois partitions affichées s’opposaient dans leurs formes et leurs styles.

En dépit d’une intégrale des Symphonies enregistrée pour feu EMI et de nombreux concerts à travers le monde,  n’est pas le compositeur que l’on associe naturellement à Sir . Dans la Symphonie n°3, son approche pose questions. A la tête du grand effectif en tutti, le chef anglais peine à choisir entre allègement des textures et tonus orchestral. Le premier mouvement  « Allegro con brio » a du mal à s’élancer avec un tempo assez ample qui cherche à travailler les moindres détails. Le mouvement en apparait quelque peu décharné et la sonorité de l’orchestre peine à s’épanouir. L’optique chambriste convient beaucoup mieux à « l’Andante » et au « Poco Allegretto » centraux portés par les dialogues des vents. Le chef y laisse ses musiciens converser et offrir aux spectateurs une palette de nuances et de teintes plutôt magiques. Attaqué avec énergie, « l’Allegro final » sonne brillamment mais manque de vécu et de logique en dépit d’une précision absolue des  pupitres.  Le Brahms de Rattle apparait hybride et peinant à revisiter une tradition à l’image du récent travail de à Leipzig.

aime emporter en tournée des partitions contemporaines. Pour cette visite bruxelloise, il avait porté son dévolu sur une nouvelle pièce de , l’une des idoles de la contemporaine à l’autrichienne et illustrateur de la Klangfarben Musik « musique aux couleurs sonores », très en vue dans les contrées germaniques. Pour simplifier le commentaire, on peut qualifier ce courant de bruitisme revisité, moins intellectuel et plus simple d’aspect, que les créations des hautes figures austro-allemandes. Dark Dream apparait comme un concerto pour orchestre d’une vingtaine de minutes qui sollicite tous les pupitres de la phalange, y compris le contrebasson et le tuba à coups de solos plus ou moins exigeants. La pièce est assez bien orchestrée et taillée sur mesure pour les pupitres affûtés du Philharmonique de Berlin. Cela étant, certains agrégats sonores sonnent assez faiblement et sans la moindre originalité, on s’en tient à une vision néoromantique de l’école bruitiste, tel un cocktail indolore d’une soirée placide entre Helmut Lachenmann et Wolfgang Rihm.

Avec La Mer de , Simon Rattle aurait dû retrouver les sommets auxquels il nous a habitués dans Debussy.  Pourtant sa vision, très distancée et puissamment campée, joue plus de l’orchestre qu’elle ne cherche à narrer la pièce ou à mettre en avant les modernités du langage musical. Prenant le temps de faire ressortir les moindres détails de l’orchestration, le chef alterne des zooms instrumentaux et quelques emballements. Quant à l’orchestre, il sonne avec un l’éclat d’une mer des contrées boréales. Les teintes sont aiguisées et tranchantes, soulevées par une tempête arctique. En gros :  un concerto pour orchestre virtuose et glacial.

Certes, l’ reste une machine orchestrale unique, mais ce soir, il pose plus de questions qu’il n’en résout sous une baguette que l’on a connue plus pertinente. Les héros sont-ils fatigués ?

Crédit photographique : Simon Rattle © Mat Hennek / EMI Classics

 

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 04-03-2014. Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3 en fa majeur, Op.90 ; Georg Friedrich Haas (né en 1953) : Dark Dreams ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Orchestre philharmonique de Berlin, direction : Simon Rattle.

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