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La nef des fous d’Alban Richard

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Théâtre national de Chaillot. 6/III/14. Alban Richard, ensemble L’abrupt : Et mon cœur a vu à foison. Conception, chorégraphie et mise en scène : Alban Richard. Lumières : Valérie Sigward. Musique : Robin Leduc. Son : Félix Perdreau. Costumes : Corinne Petitpierre. Avec Romain Berlet, Jean-Basptiste Bridon, Arnaud Cabias, Nicolas Chaigneau, Cédric Cyprien, Max Fossati, Massimo Fusco, Yannick Hugron, Sylvère Lamotte, Robin Leduc, Julien Touati.

121219-050Accueilli en résidence de création au Théâtre de Chaillot, livre avec Et mon cœur vu à foison une fresque ample et subtile, truffée de références picturales, sur une musique originale de Robin Leduc basée sur des formes médiévales. Un spectacle exclusivement interprété par des hommes.

Comme à son habitude, a déterminé le cadre (sept tableaux), le matériel chorégraphique et textuel et abreuvé les danseurs de références picturales avant les répétitions de sa nouvelle et ambitieuse création. On se souvient de Pléiades, un concert de musique et de danse proposé en 2012 avec les Percussions de Strasbourg, qui procédait de la même maîtrise formelle. Il s’agit aujourd’hui pour le chorégraphe de s’inspirer de tableaux et d’enluminures médiévales, de textes de la Renaissance ou du 17ème siècle ou de représentations de transe, de danses ethniques ou de films d’horreur. Un panthéon macabre et sombre qui nourrit l’imaginaire des interprètes et procure au spectacle une esthétique soignée, voire érudite.

Alban Richard a découpé le spectacle en sept tableaux, baptisés « chambres » pour bâtir une fresque ample et subtile. Prologue, la chambre des souffles mêle corps recroquevillés issus de l’iconographie des triomphes de la mort et voix d’outre-tombe sépulcrales derrière des figures masquées. Place ensuite à la chambre des exubérances, une nef des fous où les accessoires (vertugadin, fraise, bonnet…) nous projettent dans les peintures de la dynastie Brueghel et de Bosch. Dans la chambre de guerre, on assiste à l’habillage méticuleux par deux pages en génuflexion d’une figure combattante mythique et monstrueuse. L’occasion d’admirer de près les splendides costumes de cuir plissé et de voile noir signés Corine Petitpierre et réalisés par Anne Tesson et le service habillement du Théâtre de Chaillot. De profiter aussi des belles lumières de Valérie Sigward et du travail sur l’espace que traversent deux rideaux tirés entre chaque tableau.

Place ensuite à la chambre des danses nocturnes, où autour d’un chamane, une tribu adepte du body rythm se lance danse une danse rituelle de transe. Un peu longue, cette séquence se lance une battle finale (à la manière des danses urbaines) où chaque interprète tente d’exécuter le dernier mouvement, dans l’épuisement de ses sens. Mystère poétique ensuite dans la chambre des pleurs et des regrets sur un texte anglais du 14ème siècle, The Digby Play, dit par un danseur vêtu d’une robe à baleines. Dans un coin, une fresque vivante reproduit fidèlement les représentations de la descente de croix (notre photo). Amour courtois et madrigaux sont ensuite évoqués par deux lecteurs face à face, des danseurs et les trois instrumentistes. L’Apocalyse surgira de la chambre des buées, où les thématiques et références des six précédents tableaux sont mêlées dans une exubérante séquence finale sur fond de musique techno.

Crédit photographique : © Agathe Poupeney/Photoscène

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Théâtre national de Chaillot. 6/III/14. Alban Richard, ensemble L’abrupt : Et mon cœur a vu à foison. Conception, chorégraphie et mise en scène : Alban Richard. Lumières : Valérie Sigward. Musique : Robin Leduc. Son : Félix Perdreau. Costumes : Corinne Petitpierre. Avec Romain Berlet, Jean-Basptiste Bridon, Arnaud Cabias, Nicolas Chaigneau, Cédric Cyprien, Max Fossati, Massimo Fusco, Yannick Hugron, Sylvère Lamotte, Robin Leduc, Julien Touati.

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