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Michael Tilson Thomas et le San Francisco Symphony

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 17,18-III-2014. Charles Ives (1874-1954) / Henry Brant (1913-2008) : Concord Symphony – « The Alcotts ». John Adams (né en 1947) : Absolute Jest (création française). Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°7 en la majeur op.92. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°3 en ré mineur. St Lawrence String Quartet. Sasha Cooke, mezzo-soprano. Chœur de l’Orchestre de Paris, chef de chœur : Lionel Sow ; Maîtrise de Paris chef de chœur : Patrick Marco. San Francisco Symphony, direction : Michael Tilson Thomas.

MTT20(c)SanFranciscoSymphony smallEn tournée européenne, le faisait escale Salle Pleyel pour deux concerts assez similaires de programmation et même de ton à la précédente visite en ces mêmes lieux du chef américain et de l’orchestre qu’il dirige depuis presqu’un quart de siècle. Ainsi retrouvons-nous un premier concert avec des œuvres américaines suivi d’une symphonie de Beethoven, et le lendemain une symphonie de Mahler.

Si la Concord Symphony a deux auteurs, c’est que le second, Henry Brant, fasciné par la Sonate pour piano n°2 Concord Mass (ou Concord Sonata) du premier, , en vint à penser qu’elle pourrait devenir, une fois orchestrée, « la Grande symphonie américaine que nous avions cherchée pendant des années ». Enchaînant quatre courts mouvements pour une durée totale de sept minutes, l’œuvre utilise de nombreuses citations dont justement le motif principal de la Symphonie n°5 de Beethoven. ira encore plus loin pour Absolute Jest, créé en mars 2012 à San Francisco par les mêmes interprètes, puisqu’il empruntera des motifs, rythmiques ou mélodiques, à plusieurs compositions beethovéniennes, quatuors à cordes ou symphonies. La cohérence du programme était donc toute trouvée, de la musique inspirée par Beethoven d’abord, de l’authentique ensuite.

Le chef et son orchestre ont-ils essayé de mettre clairement en lumière les motifs beethovéniens dans les deux premières œuvres du programme, on ne le sait, mais si c’est le cas ils y réussirent magnifiquement tellement ils furent évidents. Dans les deux cas c’était la première fois que nous entendions ces œuvres, et nous y avons trouvé l’interprétation et la qualité d’exécution excellentes, tout à fait à même de nous faire apprécier ces deux œuvres dont, par parenthèses, on peut penser qu’elles ont rebuté une partie du public qui avait laissé quelques vides le premier soirs alors que la salle était comble le lendemain. Et pour cette fois à tord car ces deux pièces symphoniques sont aisément assimilables par le grand public, qui pouvait même trouver un plaisir ludique à repérer et suivre les motifs beethovéniens dans Absolute Jest à l’écriture malicieuse autant qu’intelligente et à la forme originale puisqu’un vrai quatuor à cordes, ce soir le St Lawrence String Quartet (créateur de l’œuvre), intervient alternativement en mode concertant ou se fondant dans l’orchestre. Si, après un bon démarrage, nous avons eu la sensation à un moment, dans sa partie centrale, que l’œuvre risquait de tourner un peu sur elle-même par une progression quasi figée, ce ne fut que temporaire car toute la dernière partie utilisant progressivement toutes les ressources de l’orchestre fut épatante et procura un plaisir d’écoute immédiat. Hormis sa configuration originale avec un quatuor à cordes intégré à l’orchestre, on ne peut dire qu’il s’agit d’un jalon fondamental de , mais elle en montre toute la technique et l’intelligence d’écriture.

Après l’entracte, place à Beethoven avec sa septième symphonie succédant ainsi à la cinquième offerte lors de la précédente tournée. Relisant notre compte-rendu d’alors, il nous a semblé retrouver le même style, ou l’élégance et la clarté priment sur la tension dramatique ce qui donna un premier mouvement sans histoire autant que sans grands moments. De nouveau c’est le mouvement lent qui constitua le meilleur moment avec un très bel Allegretto, au tempo juste, à l’articulation idéale, à la dynamique parfaite. Lui succéda un Scherzo pas assez Presto qui sonna répétitif avant que le terrible Allegro con brio ne prenne son élan sans nous saisir à la gorge ni nous emballer dans son sommet final trop timide.

On le sait, la Troisième symphonie de Mahler est la plus longue de toutes, et lorsqu’elle est jouée comme ce soir sur un tempo franchement retenu, il y a un risque de la ressentir comme trop longue, effet que n’a pas totalement réussi à éviter. A notre sens la faute en revient fondamentalement à une exécution certes méticuleuse et recherchée, mais au détriment de tout sens dramatique et finalement de la simple émotion. Une lecture en somme très cérébrale, décantée, se refusant tout pathos, mais pas quelques effets de ralentissement en fin de section, effets qui allèrent parfois jusqu’à l’arrêt complet du moteur, brisant malheureusement la continuité du discours, le final en pâtira franchement. Le Kräftig initial, sans doute approchant les 40 minutes, ne nous donna jamais l’impression de jaillir d’un seul jet, restant trop paisible pour être réellement narratif, se finissant avec un Très urgent – Avec la plus grande puissance demandé par Mahler qu’on attend encore. Les mouvements intermédiaires gardèrent la logique et le style du Kräftig, et le final, qui doit nous étreindre de la première à la dernière note, en progressant irrésistiblement, fut froid comme une pierre, et ses sommets dynamiques successifs ne nous parurent jamais inexorablement amenés par ce qui précède mais artificiels. Il y eut quand même un superbe moment d’émotion dans ce long fleuve trop tranquille. On le doit à la mezzo-soprano Sasha Cooke qui nous offrit sans doute le plus poignant « O Mensch! » qu’on ait entendu depuis longtemps. La tenue de la voix, la couleur du timbre, l’intelligence du phrasé, tout était enfin là pour grimper au ciel musical.

On ne peut pas clore ce compte-rendu sans mentionner la performance de l’orchestre, assez remarquable dans l’ensemble, mais deux musiciens crevèrent littéralement l’écran, justement récompensés par un tonnerre d’applaudissement lorsque le chef leur demanda de saluer individuellement à la fin de la symphonie de Mahler : le trombone solo Timothy Higgins qui nous a enthousiasmés par la qualité du son, velouté et doux à souhait, et un timbre à lui tout seul porteur d’émotion, et le trompette solo Mark Inouye d’une virtuosité à toute épreuve.

Crédit photographique : Michael Tilson Thomas ©

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