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Le pari de Daniele Gatti au Châtelet

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre du Châtelet. 17-IV-2014. Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonie en ut. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°5. Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

ONFLe maestro Gatti, qu’une douleur à l’épaule a contraint à annuler ses derniers concerts, est de retour sur scène : il poursuit son intégrale des symphonies de Tchaïkovski, qu’il aime à apparier avec des œuvres inattendues. La Symphonie en ut de Stravinsky, son choix pour accompagner la Cinquième, pâtit même d’une triste réputation, et ses pourfendeurs sont rarement inquiétés pour faute de goût. Il faut reconnaître que la mise au ban de toute expressivité, principe que le compositeur, dans les années 30, a proclamé être le sien, semble aujourd’hui bien radicale, et qu’une musique froide, mécanique, objective, n’est pas de celles auxquelles les mélomanes vont d’abord.

L’, pourtant, se montre particulièrement inspiré pour faire ressortir le sel de la partition – et tant de polyvalence mérite les éloges. Grâce au soin accordé au rythme et aux timbres, et grâce à des pupitres de cordes qui émerveillent par leur ductilité, leur capacité à faire enfler le son en un instant, tous les épisodes gagnent en intérêt. Tel, par exemple, ce choral étranglé, étrangement énoncé par les bois et les cuivres au début du finale, et formé d’agrégats de notes, dont la couleur est admirablement rendue.

Alors que , dans cette première partie de concert, élabore une direction diligente, volant au secours de chaque instrument, et donnant tous les départs, il prend un parti inverse dans Tchaïkovski. De toute évidence, il souhaite accorder à ses musiciens une plus grande liberté ; il espère qu’en lâchant leurs rênes, leur sensibilité personnelle s’exprimera plus pleinement, pour donner à l’œuvre le brio nécessaire. Par ses gestes, à dessein plus imagés, il cherche à exacerber la musicalité de chacun.

Ce pari est-il gagné ? Oui, quoi qu’en disent ceux à qui seul importe le respect de la lettre de la partition. Ce que l’on sacrifie incontestablement en équilibre des plans sonores, en précision, on le gagne en exaltation, en fougue, en colère, en angoisse, tant de sentiments dont la Cinquième Symphonie se nourrit mesure après mesure. Certes, on sent les instrumentistes inquiets de se trouver moins dirigés ; le long solo de cor du début de l’Andante, par exemple, n’est pas impeccable, mais c’est la franchise dans l’intonation qui conquiert le public – et qu’importent les notes mal assurées. Quant aux tutti du finale, ils n’agressent pas les tympans : ils conservent une forme de retenue, où l’expression est encore soignée, si bien que l’on savoure la symphonie jusqu’à ses dernières notes.

Crédit photographique : © Christophe Abramowitz

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