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Boris Godounov chez lui au Bolchoï

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Moscou. Théâtre Bolchoï. 21-IV-2014. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Boris Godounov, drame populaire en un prologue et trois actes sur un livret du compositeur (version Rimski-Korsakov – 1872). Mise en scène : Leonid Baratov (1948), recréée par Igor Ushakov (2011). Décors : Fyodor Fedorovsky, recréés par Alyona Pikalova. Costumes : Fyodor Fedorovsky, recréés par Elena Zaytseva. Chorégraphie: Leonid Lavrovsky, recréée par Ekaterina Mironova. Lumières : Sergei Shevchenko. Avec : Mikhail Kazakov, Boris ; Elena Novak, Féodor ; Kristina Mkhitaryan, Xénia ; Evgenia Segenyuk, la Nourrice ; Vitali Taraschenko, Chouiski ; Andrei Grigoriev, Tchelkalov ; Alexander Naumenko, Pimène ; Mikhail Gubsky, Grigori ; Elena Manistina, Marina Mnishek ; Vyacheslav Pochapsky, Varlaam ; Irina Rubtsova ; Elzbieta Ardam, l’Hôtesse ; Marat Gali, l’Innocent ; Vladimir Krasov, Nikititch ; Leonid Bomshteyn, Boyard Khruchtchov ; Vadim Tikhonov, Missail un vagabond ; Alexander Korotky, Mityusha un paysan ; Elena Okolysheva, Irina Udalova, deux femmes. Chœurs et Orchestre National du Théâtre du Bolchoï. Chef de chœur : Valery Borisov. Direction : Pavel Sorokin.

Mikhail kazakov, photo Damir Yusupov, Bolchoï S’il y a un opéra emblématique pour le Théâtre du Bolchoï, géographiquement situé à quelques encablures du Kremlin, c’est bien Boris Godounov. Une maison d’opéra est en elle-même, de par sa taille et son coût pour les finances publiques, une affaire d’Etat. C’est particulièrement vrai en France, a fortiori c’est le cas dans un pays comme l’ex-URSS où la musique classique jouait un rôle culturel déterminant, et dans un théâtre comme le Bolchoï dont la restauration fastueuse a été émaillée de moult retards et suspicions de corruption (voir l’article sur la réouverture du Bolchoï en 2012).

Voir Boris Godounov au Bolchoï, ce n’est pas voir un opéra, c’est assister à la représentation théâtrale du pouvoir russe tel qu’il accepte de se représenter lui-même. Dans une telle logique,  les transpositions de l’action à notre époque moderne à la façon de Calixto Bieito à Munich ou de Graham Vick à Baden-Baden sont hors de propos. Pour Moscou, la mise en scène de référence, et celle qui est donc toujours proposée par le Bolchoï, est celle de Leonid Baratov, une production datant de 1948 et qui obtint le Prix Staline en 1949. Recrée en 2011, elle est vraisemblablement la plus ancienne production encore donnée de nos jours.

Une production aussi ancienne se justifie-t-elle par d’autres arguments que son âge plus que vénérable et le sentiment d’assister à une reconstitution pieusement conservée ? Pour le visiteur étranger, l’expérience est fascinante, car il assiste à une leçon de musique et d’Histoire(s) comme peu de scènes musicales de par le monde pourront lui en offrir. A voir la démesure des effectifs qui se déploient sur la grande scène, la magnificence invraisemblable des costumes de la scène du couronnement, le soin apporté à chaque tableau pour donner l’impression la plus forte et la plus immédiate (à cet exercice le décor du couronnement et celui de la scène polonaise avec une cour arborée de château – anglais –  et fontaine avec son vrai jet d’eau emporta le plus d’exclamations émerveillées) tout cela concourt à faire de cette production le « drame populaire » que recherchait Moussorgski, et interprété ici comme un drame conçu pour être apprécié par le peuple.

Boris Godounov, Bolchoï, photo Damir YusupovC’est dans cette même logique de volonté de plaire au plus grand nombre que le choix s’est porté sur la version Rimski-Korsakov de 1872, celle qui colle le plus aux standards traditionnels de l’opéra, avec l’ajout de la scène du jardin polonais et du duo ténor/soprano qui a l’avantage d’apporter une respiration visuelle chatoyante, mais est musicalement conventionnelle et dramatiquement peu intéressante.

Et vocalement ? D’un plateau vocal très bien distribué et homogène ressort le conseiller Chouiski  et surtout le Boris Godounov de , qui est entré tout jeune dans la troupe du Bolchoï et interprétait le rôle-titre dès l’âge de 30 ans. Aujourd’hui, alors qu’il n’a pas encore 40 ans, il incarne le tsar infanticide avec une autorité confondante et le monologue shakespearien de l’Acte II où il croit voir le tsarévitch ressuscité est un grand moment d’interprétation. Même si Poutine n’était pas dans la salle, davantage occupé par les affaires ukrainiennes, Boris Godounov à Moscou est le bien le tsar des opéras.

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Moscou. Théâtre Bolchoï. 21-IV-2014. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Boris Godounov, drame populaire en un prologue et trois actes sur un livret du compositeur (version Rimski-Korsakov – 1872). Mise en scène : Leonid Baratov (1948), recréée par Igor Ushakov (2011). Décors : Fyodor Fedorovsky, recréés par Alyona Pikalova. Costumes : Fyodor Fedorovsky, recréés par Elena Zaytseva. Chorégraphie: Leonid Lavrovsky, recréée par Ekaterina Mironova. Lumières : Sergei Shevchenko. Avec : Mikhail Kazakov, Boris ; Elena Novak, Féodor ; Kristina Mkhitaryan, Xénia ; Evgenia Segenyuk, la Nourrice ; Vitali Taraschenko, Chouiski ; Andrei Grigoriev, Tchelkalov ; Alexander Naumenko, Pimène ; Mikhail Gubsky, Grigori ; Elena Manistina, Marina Mnishek ; Vyacheslav Pochapsky, Varlaam ; Irina Rubtsova ; Elzbieta Ardam, l’Hôtesse ; Marat Gali, l’Innocent ; Vladimir Krasov, Nikititch ; Leonid Bomshteyn, Boyard Khruchtchov ; Vadim Tikhonov, Missail un vagabond ; Alexander Korotky, Mityusha un paysan ; Elena Okolysheva, Irina Udalova, deux femmes. Chœurs et Orchestre National du Théâtre du Bolchoï. Chef de chœur : Valery Borisov. Direction : Pavel Sorokin.

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