Le Boris plus que glauque de Calixto Bieito

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Modeste Moussorgski (1839-1881) : Boris Godounov, opéra en quatre parties et sept scènes. Mise en scène : Calixto Bieito. Scénographie : Rebecca Ringst. Costumes : Ingo Krüngler. Lumières : Michael Bauer. Dramaturgie : Andrea Schönhofer. Avec : Alexander Tsymbalyuk, Boris Godounov ; Yulia Sololik, Fiodor ; Eri Nakamura, Xénia ; Heike Grötzinger, La Nourrice de Xénia ; Gerhard Siegel, Chouiski ; Markus Eiche, Tchelkalov ; Anatoli Kotcherga, Pimène ; Sergeï Skorokhodov, Grégory Otropiev ; Vladimir Matorin, Varlaam ; Ulrich Ress, Missaïl ; Okka von der DAmerau, L’Hôtesse ; Kevin Conners, L’Innocent ; Goran Jurić, Nikitich ; Dean Power, Le Boyard ; Tareq Nazmi, Mitioucha ; Christian Rieger, Le Capitaine. Chœurs de l’Opéra d’État de Bavière (chef de chœur : Sören Eckhoff). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Kent Nagano. Réalisation : Andy Sommer. Enregistré en février 2013 à l’Opéra d’État de Bavière. Sous-titrage en anglais, français et allemand. Notice en anglais, français et allemand. Format image : NTSC colour 16:9. Format son : PCM Stereo. 5.1 Dolby Digital. 1 DVD. BelAir Classiques BAC102. Code-barre : 3760115 301023. Zone 0. Durée : 139’.

 

BorisLa mise en scène de Boris Godounov par , donnée à Munich en 2013 (voir notre critique de la représentation donnée juste après cet enregistrement) pose une nouvelle fois le problème de la transposition des grands chefs d’œuvre du passé. Pour un ouvrage aussi connoté historiquement que le célèbre ouvrage de Moussorgski, la généralisation de la problématique du pouvoir ne va pas de soi, et les allusions plus qu’explicites aux grands dirigeants contemporains (Poutine, Bush, Obama, Blair, Cameron, Berlusconi, Sarkozy, Hollande et bien d’autres) ne cessent finalement de contredire un texte résolument inscrit dans un contexte historique bien spécifique. La question centrale du poids de la religion, par exemple, trouve bien peu de pertinence dans la tentative de recontextualisation ainsi opérée. De même, si l’on ne regrettera sans doute pas les oripeaux de la Sainte Russie, qui ont contribué à donner de cet opéra d’une rare modernité un parfum de tradition qui ne lui convient pas, on pourra néanmoins trouver quelque peu excessives certaines options qui renforcent le réalisme d’un ouvrage au pouvoir dramatique certes incontestable : fallait-il que l’Innocent soit abattu de sang-froid par un jeune enfant, que le faux Dimitri étrangle Xénia et Fiodor à mains nues devant un Boris agonisant, que l’Hôtesse soit violée par un moine en rut ? L’absence de toute lumière inscrit l’opéra dans une ambiance glauque et délétère qui ne laisse aucun espoir à une foule perdue et désorientée, en mal de repères et prête à se fier à n’importe quel chefaillon de passage. Toute ressemblance avec certaines situations politiques du moment sera bien évidemment fortuite… L’absence de l’acte polonais équilibre l’ouvrage dramatiquement et renforce son côté sombre et désespéré.

Sur le plan de l’interprétation, le plateau est dominé comme de coutume par les voix graves, avec tout d’abord l’impressionnant Boris d’, sobre et convaincants dans son jeu, puissant et émouvant vocalement. Si le vétéran fait encore valoir de beaux restes en Pimène, le meilleur chanteur de la distribution reste néanmoins le Tchelkalov de . On appréciera également le Chouïski veule et retors à souhait de . Les autres rôles, dans ce qui est avant tout en opéra d’ensemble, sont tous parfaitement bien tenus. On ne tarira pas d’éloges sur le Chœur de l’Opéra d’Etat de Bavière, ni sur la direction claire et ferme de , qui sait mieux que personne tirer l’ouvrage vers une modernité que la mise en scène revendique, sans pour autant parvenir à en saisir tous les aspects.

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