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I Puritani, vous en avez rêvé, le Met l’a fait

La Scène, Opéra, Opéras

New York. Metropolitan Opera. 29-IV-2014. Vincenzo Bellini (1801-1835) : I Puritani, opéra en trois actes sur un livret de Carlo Pepoli. Mise en scène : Sandro Sequi. Assistante à la mise en scène : Sarah Ina Meyers. Scénographie : Ming Cho Lee. Costumes : Peter J. Hall. Lumières : Gil Wechsler. Avec : Olga Peretyatko, Elvira ; Lawrence Brownlee, Arturo (Lord Arthur Talbot) ; Mariusz Kwiecien, Riccardo (Sir Richard Forth) ; Michele Pertusi, Giorgio (Sir George Walton) ; David Crawford, Gualtiero (Lord Walton) ; Elizabeth Bishop, Enrichetta (Queen Henrietta) ; Eduardo Valdes, Sir Bruno Robertson. Chœur du Metropolitan Opera de New York (chef des chœurs : Donald Palumbo). Orchestre du Metropolitan Opera de New York, direction : Michele Mariotti.

PURI_1158a-MSi vous avez un jour rêvé de voir un des vos opéras romantiques fétiches dans une mise en scène conforme à la production originale, telle qu’on peut s’en faire une idée à partir des maquettes de décors qui sont restées jusqu’à nous, courez vite voir cette production des Puritains telle que le Met continue à l’afficher depuis 1976. Vous n’en croirez pas vos yeux ! Les décors sont constitués sur le modèle des toiles peintes d’antan, respectant symétrie, perspective, système subtilement agencé de différents plans de scène dans lesquels évoluent les personnages. Les costumes sont ceux, à la frange de dentelle près, de l’époque à laquelle l’histoire est censée se dérouler – les premières années de l’interrègne après la mise à mort de Charles I –, les décors respectant l’atmosphère gothique évoquée par le livret. Rien ne manque à l’appel, des hallebardes fièrement arborées portées par les gardes au redoutable parchemin marquant le retour en grâce d’Arturo Talbot. La direction d’acteurs est délibérément conventionnelle, installant crânement le chœur serré en rang d’oignons à l’arrière-plan, laissant les solistes évoluer sur le devant de la scène. De fait, la production privilégie l’esthétique du « tableau » – tableau vivant, certes – comme le suggère bien évidemment le cadre de bois doré projeté à chaque début d’acte sur un rideau de tulle. Ce dernier contribue à l’occasion à suggérer les brumes dans lesquelles est située l’action. Comble de la ringardise, degré zéro de la mise en scène diront certains ! Ouverture vers les portes du rêve et de l’imaginaire pour d’autres ! Ceux qui n’ont pas l’occasion de se déplacer au Met pourront juger sur pièce grâce à la captation vidéo commercialisée récemment avec Anna Netrebko en Elvira, entourée de partenaires plutôt médiocres.

On se doute que dans un tel contexte les acteurs sont relativement peu sollicités. De fait, le jeu des protagonistes reste dans l’ensemble convenu, se limitant à des poses et des attitudes dictées par l’usage et la convention. Pourtant, par son engagement scénique hors pair, la soprano parvient à sortir du lot grâce à un jeu d’une extrême fluidité, notamment lorsqu’il s’agit de suggérer la folie amoureuse d’Elvira. Sur le plan vocal, la chanteuse russe a fait un triomphe avec sa voix longue et souple, rompue à toutes les exigences du bel canto romantique. On pourra cependant lui reprocher un suraigu manquant singulièrement de puissance, ainsi que quelques irrégularités dans le vibrato qui, si elles ont un peu gêné son dernier récital discographique, dans une grande salle comme le Met passent pratiquement inaperçues.

PURI_2358a-MSur le plan strictement vocal, le plateau était généralement de bonne tenue. Si a montré quelques signes de fatigue en Sir Giorgio, son legato et sa musicalité en font un belcantiste de renom. En revanche, le fringuant Mariusz Kwiecien, annoncé souffrant, a fait valoir une voix solide et puissante mais un chant assez peu subtil pour un rôle relevant de ce type d’esthétique vocale. Sur ce point, le meilleur styliste du plateau était de loin le ténor américain , bien connu pour ses interprétations des rôles du premier quart de l’ottocento italien. Par sa musicalité parfaite, sa voix finement timbrée au très délicat vibrato, sa conduite magistrale du legato, sa maîtrise presque absolue d’une tessiture véritablement impossible – pas de contre-fa au troisième, cependant – il a su évoquer l’âge d’or du règne du grand Rubini.

I Puritani n’est pas un opéra d’orchestre. Sous la baguette de , la phalange du Met a néanmoins montré à quel point elle avait su se démarquer de la routine à laquelle elle était autrefois associée.

Le mot « routine » est sans doute ce qui ressort d’une telle soirée. Mais la routine au Met, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’ailleurs…

Crédit photographique : (photo n°1) ; John Brownlee (photo n°2) © Ken Howard/Metropolitan Opera

 

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