Comédies musicales, La Scène

The King and I au Châtelet, voyage au royaume de Siam

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Théâtre du Châtelet. The King and I. Musique : Richard Rodgers. Livret et Lyrics de Oscar Hammerstein II, d’après le roman Anna and the King of Siam de Margaret Landon. Chorégraphie originale : Jerome Robbins. Direction musicale : James Holmes. Mise en scène : Lee Blakeley. Décors : Jean-Marc Puissant. Costumes : Sue Blane. Chorégraphie : Peggy Hickey. Lumières : Rick Fisher. Orchestre Pasdeloup. Chœur du Châtelet, chœur d’enfants, chef de chœur : Stephen Betteridge. Avec Lambert Wilson (The King), Susan Graham (Anna Leonowens), Je Ni Kim (Tuptim), Damian Thantrey (Lun Tha), Lisa Milne (Lady Thiang).

gp363 ans après sa création, l’une des plus célèbres comédies musicales du duo Rodgers et Hammerstein, The King and I, fait l’objet d’une nouvelle production du Théâtre du Châtelet. Décors et costumes somptueux, chœur d’enfant pléthorique, premiers rôles à la hauteur mais une mise en scène académique qui plombe un spectacle trop long reposant sur un livret daté et une partition inégale.

Les spectateurs français connaissent Le Roi et moi à travers le film de 1956 qui mettait en scène Yul Brynner et Deborah Kerr. Ils y découvrirent l’histoire d’Anna Leonowens, institutrice anglaise engagée comme préceptrice par le roi de Siam, Mongkut, en pleine époque victorienne. De ses mémoires, parues en 1944, Rodgers et Hammerstein firent une comédie musicale créée à Broadway en 1951 et qui parvient aujourd’hui jusqu’à nous dans une nouvelle production du Théâtre du Châtelet. n’a peur de rien… Même si le public français n’est pas familier des Lyrics très connus outre-Atlantique ou outre-Manche comme « I whistle a happy tune » ou « Shall we dance », il était persuadé qu’une telle histoire pouvait encore séduire…

Pour la mise en scène, il a fait appel à Lee Blakeley, un habitué du théâtre, qui a signé les quatre productions de Sondheim montées à Paris, de A little night music à Into the woods. Celui-ci a choisi de mettre l’accent sur l’interprétation dramatique et les personnages hauts en couleurs du Roi et de Anna Leonowens, mais en conservant les longues scènes d’introduction ou de transition entre chaque rencontre explosive des deux premiers rôles.

RH8Dans le premier acte, d’une heure quarante, le rythme peine à décoller. Les rôles parlés sont majoritaires, le Roi lui-même abuse du parlé-chanté et l’on ne ressent un peu d’émotion qu’à l’entrée en scène des enfants dans la fameuse « Marche des enfants de Siam ». L’intensité dramatique croit dans le deuxième acte, plus court, qui voit le Roi échouer à convaincre l’institutrice de rester auprès de lui. Dans cet acte, la scène la plus attendue, « Shall we dance » doit s’illustrer par une polka endiablée entre les deux personnages. Sur une scène trop vide, souvent à contretemps, la polka reste à plat…

Dans le rôle titre, donne la réplique à , qui incarne l’institutrice anglaise Anna Leonowens qui fit classe aux enfants et aux femmes du roi de Siam entre 1862 et 1867. S’il relève avec brio le défi de remplacer Yul Brynner, créateur du rôle à Broadway et dans la version filmée par Hollywood en 1956, y est plus acteur que chanteur. Perruque de cheveux blancs coupés courts, il est tour à tour monarque absolu, roi éclairé, père aimant et homme sensible. Baryton au timbre parfois hésitant, il tire son interprétation vers une dimension comique, sensée rendre plus humain le monarque. Ayant soigneusement étudié l’accent thaïlandais, le franco-britannique s’escrime à commettre des fautes de prononciation et de syntaxe pour rendre plus crédible son rôle de roi maîtrisant mal l’anglais.

Face à lui, la mezzo est une interprète solide et généreuse. Avec autant de franc-parler et d’obstination que le personnage qui lui sert de modèle, elle donne puissance et profondeur à tous ses airs. Dès la scène d’ouverture, encore à bord du bateau qui l’emmène de Singapour vers Bangkok, elle captive l’auditoire. Très à l’aise pendant tout le spectacle, elle sait être convaincante, mutine, voire amoureuse sans perdre de vue l’intérêt de ses élèves, le bien-être de son fils et ses convictions féministes et abolitionnistes. Seul reproche, ses crinolines géantes et son air de veuve patronnesse qui lui fait prendre dix ans !

RO9A leurs côtés, un jeune couple insuffle un peu de fraîcheur à la distribution. Je Ni Kim, pensionnaire du Centre national d’artistes lyriques chante Tiptum et Damian Thantrey, son amant Lun Tha, dans le cadre d’une intrigue secondaire. Le rôle de la première épouse Lady Thiang, subtile Lisa Milne, et un chœur de jeunes filles et d’enfants complète la distribution musicale. L’, dirigé par James Holmes, s’attaque vaillamment aux scènes les plus entraînantes de la comédie musicale, mais traîne dans les transitions, qui manquent de dynamisme. On s’ennuie parfois ferme…

On espérait beaucoup des chorégraphies de , admirable chorégraphe de West Side Story, qui savait servir la musique et la dramaturgie. Malheureusement, Peggy Hickey, collaboratrice habituelle des comédies musicales anglo-saxonnes, a préféré s’éloigner des chorégraphies originales pour réinventer des danses inspirées du Siam et concevoir un nouveau divertissement tout à fait ridicule dans le second acte. C’est bien dommage !

Crédit photographique :© Marie-Noëlle Robert – Théâtre du Châtelet

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Théâtre du Châtelet. The King and I. Musique : Richard Rodgers. Livret et Lyrics de Oscar Hammerstein II, d’après le roman Anna and the King of Siam de Margaret Landon. Chorégraphie originale : Jerome Robbins. Direction musicale : James Holmes. Mise en scène : Lee Blakeley. Décors : Jean-Marc Puissant. Costumes : Sue Blane. Chorégraphie : Peggy Hickey. Lumières : Rick Fisher. Orchestre Pasdeloup. Chœur du Châtelet, chœur d’enfants, chef de chœur : Stephen Betteridge. Avec Lambert Wilson (The King), Susan Graham (Anna Leonowens), Je Ni Kim (Tuptim), Damian Thantrey (Lun Tha), Lisa Milne (Lady Thiang).

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