Le 50e anniversaire des Fêtes musicales en Touraine

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Il y a 50 ans que le pianiste Sviatoslav Richter est tombé amoureux de la Grange de Meslay où il a installé un festival. Cette année, l’édition anniversaire des Fêtes musicales s’est déroulée du 13 au 22 juin, avec des grands noms tels que Nelson Freire, Gidon Kremer, Matthias Goerne ou encore les Quatuors Prazák et Borodine, mais aussi de jeunes talents comme Yulianna Avdeeva ou Lukas Geniušas. Voici un compte-rendu du dernier week-end, les 21 et 22 juin.

FMT  GORNEParmi les 5 concerts proposés en deux jours, notons tout d’abord le récital du baryton avec au piano (21 juin à 18 heures). Le programme, constitué de lieder de Mahler et de Schumann, forme une sorte de cycle : d’abord quelques pièces évoquant l’amour (Ich atmet’ einen Linden Duft ! de Mahler puis Dichters Genesung et Liebesbotschaft de Schumann), pour tomber ensuite progressivement dans la solitude et souffrance qui, de manière tacite, évoque la guerre (notamment des extraits de Des Knaben Wunderhorn et de Kindertotenlieder de Mahler), pour finir avec l’agitation des combats (Der Soldat et Die beiden Grenadiere de Schumann ainsi que Revelge de Mahler). traduit merveilleusement ce changement de climat par le chant – surtout par le souffle – avec une perfection connue de tous. Le son et l’expression du piano rejoignent le chant dans une fusion idéale jusqu’au point où il devient parfois difficile de les distinguer.

Les deux récitals de piano sont l’un et l’autre une expérience inouïe. Le samedi soir, joue son programme fétiche du moment, la Sonate en ut D. 279 complétée de l’Allegretto D. 346 de Schubert, les Intermezzi op. 118 de Brahms, et les Scènes d’enfants et la Fantaisie de Schumann. Le piano est accordé de manière à ce que les notes jouées en pianissimo sortent avec une délicatesse infinie, si bien que le son en entier est élégamment arrondi ; cela offre un effet particulièrement probant dans les Scènes d’enfants, les enveloppant d’une grande tendresse. Mais cela n’empêche aucunement d’explorer un contrasté dynamique dans Brahms et dans la Fantaisie de Schumann. Le pianiste livre à de véritables récits musicaux dans ces œuvres, avec des passages doux ou dramatiques, tandis qu’il raconte un conte à travers les Scènes d’enfants. Quatre bis complètent la soirée : Oiseau prophète de Schumann, une Cancion de Mompou, une transcription par le pianiste de Danse (extrait de La Vida Breve) de De Falla et la Sicilienne de Vivaldi/Bach.

FMT  GENIUSASLe dimanche matin à 11 heures,  propose l’intégrale des Ludus Tonalis de , dans une interprétation époustouflante en faisant retenir le souffle dans l’auditoire. L’œuvre, composée de 25 pièces, peu jouée en concert, est loin d’être accessible, avec une construction sérielle (2 séries de 12 sons) ; entre Praeludium et Postludium, on entend en alternance 12 fugues à 3 voix et 11 interludes. , né en 1990, décortique avec génie ces compositions savantes au plus haut niveau (elles constituent d’ailleurs les dernières œuvres pianistiques de Hindemith) et maintient une formidable tension pendant plus d’une heure, tout en introduisant des moments de détente relative afin de resserrer encore l’intensité. Et dire qu’après une telle concentration, il joue en bis le finale de la Sonate n° 7 de Prokofiev (certes avec un tempo assez retenu), on imagine le potentiel et surtout la force que recèle ce jeune musicien. Le piano, le même que la veille au soir, qui est cette fois-ci préparé pour donner beaucoup plus d’éclat, a l’air d’un tout autre instrument. Chapeau à l’accordeur !

FMTLe festival se termine avec, le dimanche après-midi, Adam Laloum et Orchestre Symphonique Région Centre-Tours dirigé par Jean-Yves Ossonce (Schubert et Mozart) et en soirée avec Boris Berezovsky et le quatuor Borodine (deux Quintettes de Dvořák). Et pour clôturer le festival « spécial 50 ans » dans une atmosphère conviviale, un buffet est offert à tous les festivaliers, suivi, dans la nuit, de feux d’artifice sur la musique de Beethoven, de Chostakovitch, de Bach et bien d’autres.

Crédit photograhique : Matthias Goerne et ; Lucas Geniusas ; feux d’artifice de 50 ans © Gérard Proust

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