Bal estival tragique autour de la Philharmonie de Paris

Si le temps politique et météorologique estival fut agité, le temps au-dessus de la Philharmonie de Paris fut (et reste) à l’ouragan.

Dans la torpeur aoutienne d’une capitale abandonnée aux touristes, c’est la Mairie de Paris qui tira la première en rendant public le bruit qui courait depuis plusieurs semaines : elle refuserait de  payer son écot pour « le surcout de la construction et le budget de fonctionnement pour 2015 ».  Dans les arguments avancés, on relevait le côté élitiste de la musique classique – sempiternelle tarte à la crème – et le souhait d’élargir la programmation à d’autres musiques, lesquelles sont pourtant très bien servies dans la Grande halle de la Villette et le Zénith qui jouxtent la future Philharmonie. Projet de longue haleine dont le budget de construction a explosé, la ruineuse Philharmonie pouvait enfin envisager une prestigieuse inauguration en janvier 2015. Las, les responsables politiques s’empêtrent dans leur propre dossier. Les autorités municipales fréquentent-elles assez les concerts classiques pour savoir qu’elles subventionnent deux orchestres (l’Orchestre de Paris et l’Orchestre de chambre de Paris) qui doivent être en résidence à la Philharmonie ? En cas de non-financement des coûts de fonctionnement, et faute de pouvoir se replier sur la salle Pleyel où le classique sera prochainement musica non grata, on se demande où les deux formations pourront s’abriter : sous les ponts, dans le métro, ou pourquoi pas à Disneyland Paris où y faire des risettes offre apparemment aux édiles un meilleur retour sur investissement que les formations orchestrales classiques.

L’autre coup de tonnerre est la récente annonce du départ de de son poste de Directeur musical de l’Orchestre de Paris au terme de son mandat en juin 2016. Cet orchestre, longtemps malheureux, voir malmené par ses salles successives (Palais des Congrès, Salle Pleyel ancienne version,  sans même parler du désastre du Théâtre Mogador), devait enfin avoir « sa » salle  dont il serait le résident principal à la Philharmonie. Las, à peine installée, la phalange perdra son chef d’orchestre et non des moindres, , l’une des grandes baguettes de notre époque. Sous sa direction, l’Orchestre de Paris est enfin devenu la grande formation symphonique française, reconnue internationalement, qu’André Malraux envisageait en 1968 quand il nomma Charles Munch à sa tête. Le communiqué officiel du chef fait état de son souhait de se concentrer sur son nouveau poste auprès de la NHK de Tokyo et de celui des Philharmonistes de chambre de Brême. Il n’empêche, on savait les relations glaciales avec , le directeur général de l’Orchestre. Quant aux querelles intestines entre la Mairie de Paris et le ministère de la culture sur le financement de la Philharmonie de Paris, elles ont sans aucun doute pesé dans la balance – lui-même partageant à plusieurs reprises sur Facebook des articles s’y référant. Outre la réussite indéniable de son mandat à la tête des Parisiens, trouver un nouveau directeur musical opérationnel dès septembre 2016, soit  après-demain en termes de management de la culture, est une gageure. Les chefs d’une envergure suffisante sont déjà tous occupés et l’Orchestre risque de ne se retrouver, pour une ou deux saisons, qu’avec un défilé de chefs invités. Répéter l’erreur dans la gestion de la succession de Daniel Barenboïm, avec la nomination prématurée de pour deux mandats interminables, serait mortifère pour cet orchestre qui doit désormais conserver sa place aux sommets des meilleurs phalanges mondiales.

Installer l’Orchestre de Paris dans une nouvelle Philharmonie placée loin de son public habituel et dans un environnement populaire dont les priorités quotidiennes en temps de crise économique ne seront pas spontanément d’aller au concert classique, est un défi difficile, extrêmement osé mais justement excitant. D’autant plus que les attentes mutuelles sont divergentes ainsi que le rapportait cet article de Libération.  Force est de constater que les discordances et dissonances dominent, et que le jeu de la chaise vide et des guerres égotiques semble seul tenir lieu de projet. La nouvelle ministre de la culture Fleur Pellerin saura-t-elle unir les énergies pour offrir au peuple bien mieux qu’un beau bâtiment, à savoir un projet musical décloisonnant, fédérateur et enthousiasmant ?

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