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Pierre Audi met en scène les Gurre-Lieder à Amsterdam

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Amsterdam, Het Muziektheater, 07-IX-2014. Arnold Schoenberg (1874-1951): Gurre-Lieder pour solistes, narrateur, chœurs et orchestre. Mise en scène : Pierre Audi. Décors et costumes : Christof Hetzer. Lumières: Jean Kalman. Video : Martin Eidenberger. Dramaturgie: Klaus Bertisch. Avec Waldemar, Burkhard Fritz; Tove, Emily Magee; Waldtaube, Anna Larsson ; Bauer, Markus Marquardt; Klaus Narr, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke; Narrateur, Sunnyi Melles. Choeur du Nederlandse Opera, (chef de chœur : Thomas Eitler) et Chœur de chambre du Chorforum de Essen (chef de chœur : Alexander Eberle); Nederlands Philharmonisch Orkest & Nederlands Kamerorkest, direction : Marc Albrecht.

Burkhard Fritz (Waldemar), Emily Magee (Tove)Les Gurre-Lieder, créés en 1913 à Vienne, sont aujourd’hui un monument du répertoire orchestral. Mais force est d’admettre que pour un public non germanophone, l’argument littéraire de cette œuvre est largement éclipsé par le pouvoir envoutant de la musique de Schoenberg.

On peut donc saluer l’initiative du Nederlandse Opera à l’origine de cette première mondiale, présentant une production lyrique complète autour de la plus monumentale œuvre de jeunesse que connaisse l’histoire de la musique. Rappelons que Schoenberg a couché sur papier ses Gurre-Lieder, âgé de seulement vingt six ans…

Pour asseoir les bases de ce spectacle, le metteur en scène et le dramaturge ont retenu que les Gurre-Lieder ont été créés à l’aube d’un conflit mondial qui allait radicalement transformer l’humanité. En ce sens, le plateau dévoile un large hall industriel complètement vide, avec pour seule substance structurante des travées de béton grignotées par une végétation envahissante et menaçante. Le décor se veut ainsi l’écho de la Vienne décadente de 1913. L’usage de la vidéo fait par instant apparaître des silhouettes fantomatiques dans cet espace, pour après donner l’impression de le faire tomber en déliquescence… La thématique militaire est plus précisément suggérée par l’omniprésence du personnage du fou, habillé d’un costume militaire d’apparat entièrement blanc.

La troisième partie de l’œuvre (la Chasse sauvage) voit également le plateau être envahi par une foule de soldats dont les uniformes sont ornés de nombreuses fourragères semblant dessiner les côtes d’inquiétants squelettes. Certes, l’esthétique de la production n’est pas « confortable » pour le spectateur, et elle écarte presque totalement la représentation de la nature pourtant omniprésente dans le texte de Jacobsen. Mais cette production va bien au delà d’une lecture au premier degré du livret, soulignant et éclairant à chaque instant les obsessions de Waldemar et ses hallucinations annonciatrices de folie. Dès le lever de rideau, une sensation de malaise et l’évocation du drame à venir est imposée de manière implacable au spectateur. Le travail de l’éclairagiste Jean Kalman participe pour beaucoup à cette ambiance vénéneuse et intelligemment entretenue.

Scène uit Gurre-Lieder met Koor van De Nationale Opera en solisten)
Dans la fosse, la baguette de se révèle alerte et efficace. A l’exception d’une balance laborieuse entre pupitres dans le premier prélude, l’ensemble de la représentation s’avère inspirée et d’excellente facture. Le soyeux des cordes du Nederlands Philharmonisch Orkest est un ravissement pour les oreilles, et le reste des effectifs s’avère à la hauteur des difficultés de la partition. L’orchestre est nuancé, et ne cède jamais à d’inutiles éclats de décibels. Malgré ces efforts dans la fosse, on a souvent pu sentir le Waldemar de , en retrait dans la première partie de l’oeuvre. On regrette que la voix manque ainsi de puissance, malgré un timbre vocal parfaitement adéquat. Les voix féminines sont plus solides. La très agréable allie raffinement du chant et aigus soignés, tout en rondeur. Mais notre souvenir du plateau vocal est encore plus largement marqué par totalement engagée dans un bouleversant Lied der Waldtaube. L’anaphore « Weit flog ich, Klage sucht’ ich » dans le contexte de cette représentation scénique est au travers de cette musicienne ô combien plus poignante encore qu’en version concertante!

Et c’est certainement la révélation du texte de Jacobsen qui constitue le premier mérite de cette production, réussissant le pari difficile de lever un voile nouveau sur un ouvrage dont ont aurait pensé avoir déjà largement fait le tour… Étonnamment, il aura fallu exactement un siècle pour qu’une maison d’opéra entreprenne pareil projet!

Crédits photographiques : Gurre-Lieder à Amsterdam :  © Ruth Walz; Dutch National Opera

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Amsterdam, Het Muziektheater, 07-IX-2014. Arnold Schoenberg (1874-1951): Gurre-Lieder pour solistes, narrateur, chœurs et orchestre. Mise en scène : Pierre Audi. Décors et costumes : Christof Hetzer. Lumières: Jean Kalman. Video : Martin Eidenberger. Dramaturgie: Klaus Bertisch. Avec Waldemar, Burkhard Fritz; Tove, Emily Magee; Waldtaube, Anna Larsson ; Bauer, Markus Marquardt; Klaus Narr, Wolfgang Ablinger-Sperrhacke; Narrateur, Sunnyi Melles. Choeur du Nederlandse Opera, (chef de chœur : Thomas Eitler) et Chœur de chambre du Chorforum de Essen (chef de chœur : Alexander Eberle); Nederlands Philharmonisch Orkest & Nederlands Kamerorkest, direction : Marc Albrecht.

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