Kissin et l’OPRF rendent hommage à Evgeny Svetlanov

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 19-IX-2014. Sergeï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n°2 en ut mineur, op.18. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°6 en si mineur, « Pathétique », op.74. Evgueni Kissin, piano ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

EKissinPour son premier concert de la saison à la Salle Pleyel, l’ a voulu rendre hommage à l’immense chef .

Et comment mieux célébrer ce défenseur ardent du répertoire russe, en effet, qu’en réunissant en un même concert le deuxième Concerto, « tube » planétaire de Rachmaninov, et la symphonie Pathétique de Tchaïkovski, autre emblème d’une musique russe qui, enracinée dans la culture populaire, s’est hissée jusqu’à la perfection formelle ? Ces chefs-d’œuvre, dont Svetlanov a contribué à entretenir la mémoire, lui ont finalement survécu ; mais peut-être une part de son génie leur reste-t-elle mystérieusement attachée, de même que chaque visionnaire laisse sur la musique qu’il aborde une empreinte indélébile.

En quelques mots émouvants que les spectateurs trouvaient imprimés sur un feuillet spécial, le pianiste dresse un portrait de son homonyme et compatriote, qu’il côtoya beaucoup, et démontre que, parvenu au faîte de sa gloire, il n’en conserve pas moins le souvenir de ceux à qui il doit tant. Mais on ne peut s’empêcher de lire, entre les lignes de cette révérence à un chef aujourd’hui disparu, un vibrant éloge de l’investissement de auprès des musiciens de Radio France, alors que son mandat de directeur musical touche à son terme. L’enthousiasme prophétique pour les merveilles de la musique, le dévouement à son art, l’attention au détail et, en fin de compte, l’humilité : voilà bien des qualités qu’il partage avec la grande figure de Svetlanov.

L’émotion visible qui étreint Kissin le conduit à donner, sous les yeux admiratifs d’une Salle Pleyel qui pourrait difficilement être plus pleine, un Rachmaninov impeccable de justesse, de retenue et de pudeur. Pas une fois, le soliste ne cède à la facilité, en cherchant à se mettre en avant. À ce titre, la réexposition alla marcia du thème du premier mouvement est sublime : le son de l’orchestre au sommet de sa puissance expressive, se marie parfaitement avec les attaques du piano ; il ne s’agit plus ici d’une lutte entre l’individu et la masse, mais d’un accomplissement réciproque – dont la portée métaphorique, à en juger par la ferveur des applaudissements, n’a laissé personne indifférent.

L’orchestre, déjà excellent dans Rachmaninov, poursuit sur sa lancée avec une Pathétique tenue jusqu’à la dernière note. Les tempi de Chung, lents ou rapides, sont toujours excellents : la valse à cinq temps tourbillonne délicieusement ; la marche centrale vibre d’énergie maîtrisée ; et même lorsque, dans l’Allegro initial, le solo de clarinette (extraordinaire ce soir) conduit tout l’orchestre au quasi niente, le fil dramatique de la musique ne se rompt pas. Enfin, comble du luxe, après les dernières notes, déchirantes, du finale, les musiciens offrent au public trente secondes de pur silence, où les accents du désespoir se prolongent en un écho infini. Un bienfait trop rare.

Crédit photographique : et Evgeny Kissin © Jean-François Leclercq

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