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La bonne forme de la nouvelle génération au Pianoscope

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Beauvais, Auditorium Rostropovitch, Grange de la Maladrerie Saint-Lazare, Théâtre du Beauvaisis-Hors les Murs. Concert des 24 et 25-X-2014.
Avec : Alexandre Kantorow, Alexeï Petrov, Rémi Geniet, Evelyne Berezovsky, Sasha Grynyuk, Nicholas Angelich, Boris Berezovsky, piano ; Yana Ivanova, soprano ; Torbjörn Näsbom, nyckelharpa ; Sébastien Dube, contrebasse ; Pär Näsbom, violon.

20141025 Evelyne BerezovskyIls s’appellent , , , . Ils ont entre 17 ans et 31 ans. Si leurs expériences sont variables en tant que concertistes, ils ont tous un talent mature qui s’affirme.

En assistant à nos deux premiers récitals, les 24 et 25 octobre à l’Auditorium Rostropovitch, cette réalité s’impose déjà. Dans le premier concert, , né en 1997, joue trois œuvres de grands maîtres arrangées par deux pianistes du XXe siècle. Dans les Paraphrases sur « Marche turque » de Mozart (arrangé par Volodos) et L’Oiseau du feu de Stravinski (arrangé par Agosti), la virtuosité prime, mais comment ! Si le jeune homme a parfois un air encore timide devant le piano, sa musique ne l’est pas. Il a une inspiration originale, comme en témoigne la manière d’enchainer les deux premiers morceaux de L’Oiseau du feu : il maintient la dernière note de la « Danse infernale » grâce à la pédale droite, et cette note résonne toujours, avec de plus en plus d’harmoniques, quand il commence les premières notes de la « Berceuse ». Entre Mozart et Stravinski, deux Intermezzi de Brahms (op. 117 n° 3 et op. 118 n° 6) où il est capable de s’imprégner d’un lyrisme profond. Le lendemain, ce constat est confirmé avec La mort d’Isolde de Wagner/Liszt, le Ballade n° 2 de Brahms et la Mephisto-Valse n° 1 de Liszt, bien que, dans cette dernière pièce, on aperçoive quelques détails encore maladroits, comme des phrases qui ne sont pas musicalement complètement abouties, des notes répétées ou trillées légèrement inégales. Mais que dire de plus devant cette liberté encadrée du 24e Caprice de Paganini, version très jazzy de , donné en bis ?

Dans les mêmes concerts, nous montre deux facettes différentes. Le 24, il interprète la Norturne n° 9 de Chopin et la Sonate de Liszt dans un son sec et parfois « rétréci », avec peu de pédale qui accentue ce caractère. Mais le 25, dans sa propre composition, Suite pour piano en cinq mouvements, avec le son modifié par amplificateur via ordinateur, il est complètement dans ses éléments, heureux dans ses pensées musicales. Les première et troisième pièces sont fortement empruntées du jazz avec un peu de Prokofiev pour la première, les autres plus « classiques ». Mais si la modification et l’amplification électroniques proposent une matière sonore intéressante à la musique, elles entrainent des bruits de parasite, ce qui est fort gênant pour l’auditoire installé dans une petite salle.

Le 25 à 16 heures 30 au même endroit, , l’un des habitués du festival, donne un récital Bach (Partita n° 4, Caprice sur le départ de son frère bien aimé, Toccata n° 2) où règne une conception du temps si personnelle que seul ce jeune musicien (né en 1992) peut proposer. Il s’agit d’un va-et-vient permanent entre le silence et le mouvement, d’une concentration musicale si intense que l’atmosphère se fige, comme pour l’écouter. Mais la résonnance immédiate du piano Fazioli va merveilleusement bien, semble-t-il, avec la taille de la salle et aussi avec la réaction sonore qu’il cherche à travers son interprétation de Bach.

20141025GrynyukLe même jour, deux heures plus tard, à la Grange de la Maladrerie, , 24 ans, offre Schumann (Davidsbündlertänze) et Rachmaninov (Variations sur un thème de Corelli). Dans Schumann, en remplacement de Schubert initialement prévu, elle se montre intuitive, profitant de sa musicalité innée ; tout en exécutant, elle écoute les notes et les harmonies comme si elle les découvrait pour la première fois. Les Variations de Rachmaninov sont mieux « préparées », avec plus d’attention aux détails, et son interprétation fait transparaître une lecture approfondie. Deux qualités, le dynamisme et la spontanéité, caractérisent particulièrement son jeu, en pure héritière pianistique de son père.

A 20 heures 30 au théâtre du Beauvaisis, provisoirement installé à côté de la Grange de la Maladrerie pendant le temps de la rénovation du bâtiment à l’emplacement habituel, nous avons entendu, en troisième partie de la soirée, , premier prix du Concours Grieg en 2012. Apparu pour la première fois en France, ce pianiste ukrainien de 31 ans y est complètement inconnu, mais son nom est à retenir : il fait preuve d’un sens poétique et d’un lyrisme sublime dans les miniatures choisies des Pièces Lyriques de Grieg, en dotant chaque morceau d’un visage bien différent mais parfaitement adapté. Il appartient tout à fait à ce « genre » de pianistes que l’on veut vraiment découvrir dans un autre répertoire.

Notons encore la divine , soprano moscovite célèbre dans son pays, qui nous enivre avec les mélodies de Sibelius, Svendsen, Grieg et Nielsen, accompagnée par qui invite cette année la Scandinave à la fête. Outre ce dernier qui interprète en solo la Sonate de Grieg (le 25 à 20 heures 30), il faudra mentionner le récital de , suprême dans l’élasticité temporelle. En effet, il montre à travers Haydn (Variations en fa mineur), Beethoven (Sonate « Waltstein ») et Schumann (Kreisleriana), comment le temps peut se dilater, accompagné d’une respiration plus ou moins longue ou en marquant une section avant d’en commencer une. Et ce, sans changer de tempo à proprement parler.

20141025 trio scandinavPour terminer, citons une curiosité organologique : nyckelharpa. C’est une sorte de vielle à roue, mais les cordes sont frottées avec un archet, en même temps qu’un petit clavier complète l’émission du son. Un trio avec un violon et une contrebasse propose un joyeux programme de musique traditionnelle scandinave, agrémenté de commentaires, conformément à l’usage dans la région, par le contrebassiste d’origine canadienne (donc avec son charmant accent) .

Crédit photographique : Evelyne Berezovsky, Sasha Grynyuk, Trio scandinave © pianoscope 2014/L. Leleu

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Beauvais, Auditorium Rostropovitch, Grange de la Maladrerie Saint-Lazare, Théâtre du Beauvaisis-Hors les Murs. Concert des 24 et 25-X-2014.
Avec : Alexandre Kantorow, Alexeï Petrov, Rémi Geniet, Evelyne Berezovsky, Sasha Grynyuk, Nicholas Angelich, Boris Berezovsky, piano ; Yana Ivanova, soprano ; Torbjörn Näsbom, nyckelharpa ; Sébastien Dube, contrebasse ; Pär Näsbom, violon.

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