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Ténacité triomphante d’Anna Fedorova

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Paris, Théâtre de l’Athénée, 28-X-2014. Domenico Scarlatti (1685-1757) : deux Sonates K20 et K213 ; Johannes Brahms (1833-1897) Six Intermezzi op. 118 ; Franz Liszt (1811-1886) : Sonnet de Pétrarque n° 104, Rhapsodie hongroise n° 6 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate n° 3 op. 58. Anna Fedorova, piano.

Anna Fedorova studio ZahoraUn nouveau nom pour l’école russe du Piano : . Quatorze prix internationaux, dont au Piano Campus à Cergy Pontoise en 2012 (Prix Denis Antoine de la Fondation AVC Charity), elle possède un jeu à la fois raffiné et dynamique qui séduit l’auditoire du Théâtre de l’Athénée.

Dans la salle, on voit de nombreux visages de pianistes concertistes venus écouter cette jeune Russe qui attire déjà beaucoup d’attention. Et on le comprend, si l’on sait qu’elle a ouvert la saison des concerts du dimanche matin du Royal Concertgebouw avec le Deuxième Concerto de Rachmaninov, dont l’enregistrement vidéo a été visionné plus d’un million de fois.

Son premier récital parisien, dans le cadre des concerts Pianissimes, après un succès cet été au Annecy Classic Festival, était donc très attendu. Elle commence par deux Sonates de Scarlatti qu’elle joue de manière romantique, ou plutôt postromantique, comme le montre ce ritardando marquant à la fin de la Sonate K20. Dans les Six Intermetti de Brahms, on s’aperçois nettement que le piano n’est pas très adapté à son jeu. Si les graves et les médians sont assez « consistants », il n’y pas assez de brillance dans les aigus qu’elle veut visiblement sortir de l’instrument, mais sans succès. Le son reste autour des cordes, sans la projection attendue dans l’espace. On sent qu’elle lutte contre ce monstre indifférent, qui refuse d’être apprivoisé. Ses luttes s’éternisent dans Liszt, et l’ogre dévoreur de son cède progressivement, sans toutefois se livrer à la virtuosité éclatante et sagace de la jeune femme. Nous comprenons parfaitement, et entendons même dans notre tête, les expressions, les phrasés, les subtilités qu’elle veut rendre à chaque pièce, mais la pauvre jeune femme semble démunie face à ce gargantua qui la croque à pleines dents au clavier.

Il a fallu une opiniâtreté de la part de Fedorova pour qu’elle puisse enfin s’exprimer convenablement, dans Chopin, le dernier morceau du programme ! Et quelle beauté elle nous offre ! Même si l’instrument ne veut toujours pas fléchir devant son talent, notamment dans les passages rapides du « Scherzo », il s’incline : dans le mouvement lent, juste avant de reprendre le thème initial, elle fait résonner ces quelques accords, de manière à les fondre dans les airs, et la résonance qui s’estompe délicatement est telle que c’est comme si le temps s’était arrêté et si la salle s’était transformée en un lieu onirique ! C’est tout simplement divin. Vient ensuite le finale où sa musicalité l’emporte sur la lourdeur du piano. Bravo à pour cet acharnement, qui lui a valu un triomphe !

Crédit photographique © Studio Zahora

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Paris, Théâtre de l’Athénée, 28-X-2014. Domenico Scarlatti (1685-1757) : deux Sonates K20 et K213 ; Johannes Brahms (1833-1897) Six Intermezzi op. 118 ; Franz Liszt (1811-1886) : Sonnet de Pétrarque n° 104, Rhapsodie hongroise n° 6 ; Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate n° 3 op. 58. Anna Fedorova, piano.

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