La Scène, Spectacles divers

L’Opéra de Pékin dans le fantastique de La Légende du Serpent blanc

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Paris, Théâtre du Châtelet, 27-X-2014. La Légende du Serpent blanc, pièce originale (1947) de Thian Han* (1898-1968) ; mise en scène : Sun Guiyuan. Compagnie nationale de Chine d’Opéra de Pékin.

Légende du Serpent blancDans le cadre des manifestations « France-Chine 50 », pour célébrer le cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises, la , fondé en 1955, a présenté La Légende du Serpent blanc, l’une des pièces les plus populaires de l’opéra chinois et première œuvre de l’Opéra de Pékin donnée en France en 1964.

Genre traditionnel né au cours du XVIIIe siècle, l’Opéra de Pékin connaît son apogée dans le XIXe siècle dans la cour de la dynastie Qing (1644-1912). Mêlant musique, chant, déclamation, théâtre et acrobatie, il éblouit les yeux avec des costumes et maquillages aux couleurs vives jusqu’à l’excès. Leurs couleurs et formes obéissent à un code précis pour mettre en avant les significations (idées, caractères, rangs…). Ainsi, dans La Légende du Serpent blanc et dans nombre d’autres pièces, le mariage se déroule dans un décor rouge, couleur évoquant la dévotion, la loyauté, la fidélité, mais aussi le courage. Le personnage de Bleu (le Serpent bleu transformé en humain tout comme sa maîtresse le Serpent blanc pour l’accompagner dans son aventure dans le monde des humains) est vêtu du bleu et montre un caractère féroce, comme on le constate dans la scène de combat acrobatique. Le moindre accessoire a, lui aussi, une signification. Le bâton porté par le moine Fa Hai indique qu’il est homme de religion ; chaque étendard sur le dos d’un militaire indique quatre cavaliers, et comme il en porte généralement quatre, il représente à lui seul une cavalerie de 16 hommes.

esprits des eaux - copieL’histoire, tirée d’un folklore ancien, met en scène deux immortels, le Serpent blanc et le Serpent bleu transformés en femmes. Le Serpent blanc, sous le nom de Bai Suzhen, rencontre l’apothicaire Xu Xian au bord du Lac de l’Ouest. Celui-ci et Bai Suzhen tombent amoureux et se marient. Le moine Fa Hai devine que la femme est un esprit et tente de séparer le couple pour qu’elle retourne dans son domaine. Il combine alors une ruse : il propose à Xu de faire boire un vin à Bai Suzhen. Après l’avoir bu, sa femme montre sa forme animale et Xu meurt sous le choc. Bai Suzhen se rend alors au Mont Kunlun pour y chercher le champignon qui permettra à son mari de revenir à la vie. Viennent alors des scènes de combat des Serpents blanc et bleu contre les gardiens du Mont ainsi que des esprits des eaux (tableau entièrement consacré à l’acrobatie et à la danse – exécuté à la perfection avec une précision surprenante –, ce qui peut être comparé à l’acte de ballet dans un opéra français, à caractère divertissant). Enfermé dans un monastère par Fa Hai, Xu Xian réussi à s’échapper et les deux amoureux se retrouvent au bord du Lac de l’Ouest.

Legend of the White SnakeNous relevons de nombreuses similitudes avec l’opéra baroque occidental. La voix très aiguë pour les personnages jeunes ou/et nobles, y compris pour les rôles masculins, se rapproche de l’esthétique du castrat, même si la technique est totalement différente, d’autant que les personnages âgés ou religieux chantent et déclament à voix plus grave. La transformation d’un esprit en homme, le mélange de personnages de la sphère divin et le monde humain, sont des sujets fréquemment utilisés dans des pièces et des opéras occidentaux empruntés à la mythologie. Les mélodies sont toujours à l’unisson entre voix et cordes, où l’accompagnement d’un ensemble instrumental donne différents degrés d’épaisseur à la musique. Mais les percussions, constitué essentiellement de cymbales de diverses tailles ainsi que des morceaux de bois entrechoqués, jouées selon des formules rythmiques codés, ont des sons extrêmement stridents et « bruyants », notamment dans la scène de combat ; il aurait été mieux de ne pas sonoriser le spectacle, tant pour l’orchestre que pour ces voix aiguës à projection particulière, qui sont déjà bien sonores sans amplification.

*Les noms chinois sont mentionnés dans l’ordre du patronyme suivi de prénom.

Crédit photographique : Le Serpent bleu et le Serpent blanc ; Esprits des eaux ; Le Serpent blanc © Kajimoto

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Paris, Théâtre du Châtelet, 27-X-2014. La Légende du Serpent blanc, pièce originale (1947) de Thian Han* (1898-1968) ; mise en scène : Sun Guiyuan. Compagnie nationale de Chine d’Opéra de Pékin.

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