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Festival Aujourd’hui Musiques

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Perpignan . Festival Aujourd’hui Musiques . Théâtre de l’Archipel. 14-16-XI-2014

16. WtBdnR�DannyWillemsLa découverte, l’innovation, l’audace: voilà trois mots d’ordre pour l’édition 2014 du festival Aujourd’hui Musiques de Perpignan qui aime décliner le son sous toutes ses formes et dans tous les espaces.

Ainsi ce premier week-end très retentissant donnait-il à voir autant qu’à entendre, avec concert symphonique, théâtre musical et spectacle chorégraphique.

L’ouverture en beauté avec la musique du minimaliste américain faisait converger l’énergie des forces vives du Conservatoire à Rayonnement Régional de la ville (soliste, choeur et orchestre) sous la direction galvanisante de Daniel Tosi. Les quatre oeuvres au programme, dont le très étonnant Concerto n°1 pour violoncelle – fulgurant Timothé Tosi – faisaient découvrir des oeuvres assez rarement jouées du prolifique compositeur états-unien: telle cette Symphonie n°4 dite Heroes, inspirée par l’album éponyme de David Bowie, dont l’orchestre magnifiquement engagé restituait le mouvement cinétique. Choeur et orchestre étaient ensuite réunis dans Itaipu (Pierre qui chante), un « portrait symphonique de la nature » qui était un rien malmené par l’amplification excessive des voix dans la grande salle du Grenat. L’équilibre était en revanche idéal dans Funeral of Amenhotep III extrait de l’opéra Akhnaten; la vaillance des voix (choeur Osmose, Ensemble polyphonique de Perpignan, choeur des étudiants du CRR) soutenues par les « boucles » implacables de l’orchestre, exaltaient la dimension sauvage et rituelle de cette musique énergétisante, emportant ce soir l’adhésion d’un public venu très nombreux au Théâtre de l’Archipel. (14 novembre)

Au Carré cette fois, dans l’atmosphère très enfumée, presque suffocante, qu’exige la mise en scène de Daniel Jeanneteau, douze comédiens, assis sur des chaises parmi le public, donnaient Les Aveugles de Maurice Maeterlinck, un spectacle d’une grande force dramatique conçu avec la création sonore d’Alain Mahé.

Conduite par un prêtre dans un endroit qu’ils ne connaissent pas, une communauté d’aveugles va se trouver abandonnée, perdue, car le prêtre qu’ils attendent est mort; mais personne ne le sait; ils ne le découvriront qu’à la fin de la pièce.

Dans ce théâtre de la cruauté, les personnages vont à tour de rôle exprimer leur malaise, sonder leur solitude, connaître le doute, l’angoisse et vivre la terreur de la mort; l’action est menée sans autre déplacement que celui des voix, toutes singulières; elles cernent l’espace, à l’instar d’une musique plutôt minimale, faite de bruits itératifs spatialisés, d’une trame sonore obsessionnelle et flottante ou de quelques sons anecdotiques, la corneille ou la cloche lointaine, servant le propos symboliste de l’écrivain. On y retrouve la veine suggestive et sensitive de Maeterlinck exprimée à travers l’imaginaire de l’aveugle: « je sens le clair de lune sur mes mains ». L’intensité tragique passe ici par une expérience d’écoute très poignante où le son des voix crée le mouvement dramatique. « Ecoutez donc, écoutez »… intime une dernière voix alors que l’obscurité dans la salle est à son comble. (15 novembre)

Côté danse, c’est le collectif Ultima Vez qui soulevait l’enthousiasme du public perpignanais avec What the body does not remember, la toute première production du chorégraphe belge (1987) reprise en 2014 pour le 25ème anniversaire de sa Compagnie. a été l’un des danseurs du très provocateur avant de fonder sa propre troupe  basée à Bruxelles.

What the body does not remember  est un spectacle sidérant, ludique et plein d’humour, engageant une danse viscérale et charnelle, d’une énergie parfois brutale, comme dans cette première danse au sol sur la « musique de table » de . Conçue d’un seul souffle – 1heure 20 très haletante – la chorégraphie enchaîne six séquences aussi diverses qu’inventives dans le choix des situations et l’énergie des corps. Sur la musique hautement rythmée de , les danseurs jonglent dangereusement avec des briques ou plus poétiquement avec une plume, au sein d’une écriture chorégraphique bien réglée mais laissant une part d’aléatoire dans l’interprétation. Performers autant que danseurs d’une incroyable résistance, les neufs membres de la Compagnie conféraient une vitalité ébouriffante à leur prestation. (16 novembre)

Photo : Danny Willems

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