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Mimi aux Bouffes du Nord : entre Verrières et Puccini

La Scène, Spectacles divers

Théâtre des Bouffes du Nord.19-XI-2014. Frédéric Verrières (né en 1968): Mimi, scènes de la vie de bohème, librement inspiré de La Bohème de Giacomo Puccini; livret Bastien Gallet; mise en scène Guillaume Vincent; scénographie James Brandily; lumières Sébastien Michaud. Pauline Courtin, Musette; Judith Fa, Mimi 2; Christophe Gay, Marcel; Christian Helmer, Rodolphe; Camélia Jordana, Mimi 1; Caroline Rose, La comtesse Geschwitz. Ensemble Court-Circuit; technique IRCAM; direction Jean Deroyer.

mimi-slide2On ne change pas une équipe qui gagne! Après le succès en 2011 de The second Woman inspiré par le film de John Cassavetes Opening Night, s’entoure à nouveau de ses collaborateurs préférés, pour le livret, à la mise en scène et l’ sous la direction flamboyante de , pour nous parler d’amour, d’art et de jeunesse avec Mimi, son second opéra.

C’est sur la trame dramatique de La Bohème de que Verrières élabore cette fois son propos, en opérant, comme il aime le faire, le mélange des genres et des styles, des langues et des époques, pour creuser un sujet qui l’attache. S’il s’approprie le modèle de l’opéra vériste, c’est dans l’idée de le transformer voire le transgresser selon sa technique singulière de l’anamorphose. Quatre chanteurs lyriques partagent la scène avec une chanteuse pop et une « métalleuse », l’ cédant parfois sa place aux instruments du disco et au « disklavier » qui renouvellent d’autant l’écoute et propulsent les personnages sur la scène d’aujourd’hui.

mimi-slide5Une trentaine de matelas sont étalés sur le devant de la scène avec, à jardin, un fatras de vieille ferraille et à cour, le coin du peintre Marcel et une enseigne de débit de bière. Dans Mimi, Rodolphe n’est pas un poète mais un compositeur qui est en train d’écrire les dernières notes de son opéra… Le décor est rien moins que sommaire mais rehaussé de deux somptueux rideaux de scène, le premier façon « Art nouveau » laissant entrevoir l’ensemble instrumental en fond de scène; le second en paillettes argentées masquant l’orchestre et resserrant d’autant l’espace. Avec la boule d’ambiance qui ne manque jamais son effet aux Bouffes du Nord, le jeu incessant de ces rideaux modifie plusieurs fois les perspectives scéniques et articule les différents tableaux.

Le scénario plein de surprises ménage, avec humour toujours, le rapport au modèle en même temps que sa distanciation. et écrivent un prologue très tapageur où défilent les héroïnes pucciniennes, Tosca – pour chanter la vie d’artiste – Manon, Butterfly, Turandot avant Mimi, pour exalter l’amour dans toutes ses manifestations. De manière tout à fait singulière, les lignes instrumentales et vocales, comme sous l’effet du morphing, s’affaissent en glissandos mous déformant systématiquement les emprunts pucciniens.

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La scène du quartier latin est relookée en soirée disco, certes un peu courue mais assez joyeusement menée! Beaucoup moins attendue et très retentissante est l’apparition, dans l’avant dernier tableau, de la Geschwitz – la comtesse lesbienne qui tombe sous le charme de Lulu chez Alban Berg. Businesswoman plutôt portée sur le champagne dans Mimi, elle endosse – au féminin et en allemand – le rôle d’Alcindoro, l’amant friqué de Musette, et fait basculer l’action dans l’ambiance cabaret des années 20.

Chanteuse de métal franco-allemande, c’est Caroline Rose qui incarne la Geschwitz avec l’épaisseur du personnage et le comique de la situation. Si (Marcel) et (Rodolphe) semblent un rien en retrait face à la gente féminine, Pauline Courtain est une Musette sensible et pétillante. Camélia Jordana, autre chanteuse pop qui partage le rôle de Mimi avec son alter ego lyrique Judith Fa, révèle quant à elle une personnalité très attachante – ses postures en « maya vêtue » sont superbes- qui va créer une sorte d’aura poétique et chaleureuse autour de l’héroïne jusqu’à la dernière scène particulièrement touchante qu’elle interprète en solo.

Impeccablement servi par les musiciens de Court-circuit et son chef réactif – à qui Bastien Gallet confie quelques répliques! – ce spectacle un rien touffu, frisant parfois le mauvais goût, emporte malgré tout d’adhésion, par le charisme de son sujet et la prise de risques somme toute assumée pour décloisonner les styles et repousser les limites d’un genre que Frédéric Verrières et ses fidèles partenaires veulent « faire résonner ici et maintenant ».

 Photos  © Pascal Victor / ArtComArt

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