Belle séance de musique de chambre à l’Opéra Garnier

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Palais Garnier. 30-XI-2014. Samuel Barber (1910-1981) : Dover Beach op. 3 ; Bernard Herrmann (1911-1975) : Souvenirs de voyage ; Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Ouverture sur des thèmes juifs op. 34 ; Aaron Copland (1900-1990) : Sextuor. Gemma Nì Bhriain, mezzo-soprano ; Musiciens de l’Orchestre de l’Opéra National de Paris : John Kang et Cécile Tête, violon ; Michel Nguyen, alto ; Tatjana Uhde, violoncelle ; Christine Lagniel, piano.

gemmanibhriainLes musiciens de l’ dans un intéressant programme de musique de chambre.

Voici plusieurs années que les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra présentent des concerts de musique de chambre. Des programmes toujours d’un grand intérêt, ajoutés au plaisir de profiter de la grande salle éclairée.

Présentées par Hélène Pierrakos, les œuvres appartiennent ce soir à l’école américaine, sauf, évidemment, celle de Prokofiev, encore qu’il l’ait écrite lors de son exil à New York, en 1919. La formation, plutôt inhabituelle, d’un quatuor à cordes accompagné par un piano et une clarinette est commune à cette pièce et au Sextuor de Copland, pour des raisons différentes. Dans le premier cas, c’est la commande d’un ensemble. Dans le second, c’est l’impossibilité de faire exécuter sa Short symphony par les orchestres américains qui poussa Copland à la réécrire pour une formation plus légère.

Si l’on excepte Christine Lagniel, pianiste et percussionniste titulaire, et Tatjana Uhde, deuxième violoncelle solo, les interprètes de ce soir servent dans le rang. Ils semblent néanmoins à l’aise dans la musique de chambre. L’équilibre et la beauté sonores sont évidents, notamment dans les formations plus classiques de quatuor et de quintette avec clarinette.

Malgré le titre de Souvenirs de voyage, la pièce de évoque moins des paysages (quelques touches italiennes dans le dernier mouvement) que ses propres musiques de films, entre autres les envoûtantes atmosphères de Mme Muir et de Sueurs froides. Les musiciens jouent avec finesse le jeu de ce style suranné (l’œuvre date de 1967 !) et savoureux. Dover Beach poursuit dans cette veine raffinée, très clairement dit et chanté par Gemma Nì Bhriain, jeune recrue de l’Atelier lyrique. La retenue émotionnelle qu’on pourrait lui reprocher renvoie finalement à l’enregistrement du compositeur lui-même. Une sobriété qui n’empêche pas la mélodie d’exercer son charme poignant.
Le contraste avec le Sextuor de Copland est presque un choc. Les interprètes y mettent la même précision et la même légèreté de trait, une façon de tirer le meilleur parti d’une œuvre qui peut déstabiliser par ses pièges rythmiques. La variété et la beauté de textures sont restituées avec succès.

Dans son Ouverture sur des thèmes juifs, Prokofiev exploite les accents et les formules de la musique klezmer. Il les traite cependant de manière sérieuse et soignée, ce que les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra soulignent par la pureté de leur jeu. De ce point de vue, leur lecture se tient parfaitement, même si elle aurait pu être plus déboutonnée.

Photo : © Gemma Nì Bhriain

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