Lumière d’orient, clarté d’occident avec les Sacqueboutiers

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Auditorium Saint-Pierre des Cuisines. 2 XII 2014. « Reis Glorios ou l’influence de la musique arabe dans la mythologie occitane ». Pièces anonymes, de Bertran de Born (v. 1140- v. 1215), Bernat de Ventadorn (v. 1125- v ; 1200), Girau de Bornèlh (1138-1215), Johannes Cicconia (1370-1412) ; extraits du Manuscrit d’Apt et du Livre Vermeil de Montserrat. Avec Pierre-Yves Binard, baryton ; Renat Jurié, ténor et conteur ; Les Sacqueboutiers : Jean-Pierre Canihac, cornet ; Daniel Lassalle, sacqueboute ; Philippe Canguilhem, chalemie, bombarde ; Lucile Tessier, bombarde, doulciane ; Jodel Grasset, luth, oud. Musiciens invités : Pierre Hamon, flûtes ; Driss el Maloumi, oud marocain.

Jodel Grasset psaltérion frottéLa curiosité des Sacqueboutiers de Toulouse est proverbiale et si les musiques des XVIe et XVIIe siècles constituent leur cœur de répertoire, ils ne refusent jamais de s’aventurer vers de plus hautes époques, ni de pratiquer la musique contemporaine ou le jazz avec lequel ils partagent un goût prononcé pour l’improvisation.

Pour leur dernière création autour de l’influence de la musique arabe dans la mythologie occitane, les souffleurs toulousains avaient invité rien moins que le « pape » de la flûte ancienne, , et le maître du oud marocain pour une rencontre aussi passionnante qu’inédite.

Les influences arabes sont innombrables dans la culture médiévale, mais en Occitanie, par le biais du commerce et des croisades on en trouve des traces plus nombreuses au Moyen-Âge tardif (XIVe-XVe siècles) qu’aux époques antérieures des VIIIe et Xe siècles. Nombreuses sont les traditions se rapportant à la domination arabe, dès le XIIIe siècle, même si elles appartiennent souvent à la légende comme le cycle paladin carolingien. Dans sa présentation, précise qu’il n’existe pas de fossé infranchissable entre terre d’islam et terre d’oc, dans la mesure où aux temps de sa soumission aux Francs carolingiens, puis aux Français de Simon de Montfort, le Midi profond est tout naturellement tourné vers l’Andalousie, dont la civilisation, imprégnée de culture arabe, rayonne sur l’arc méditerranéen. Certains historiens de la littérature et autres musicologues proposent même une étymologie arabe au terme trobar, qui serait passé dans les dialectes romans parlés en Andalousie, puis en catalan et en occitan… Il en va de même pour l’instrumentarium, dont nos flûtes, cornets, vièles, violes, tambours, luths, doulcianes, chalemies, proviennent souvent d’instruments arabes plus anciens.

Échanges poétiques et musicaux méditerranéens
En deux heures de bonheur musical, pièces traditionnelles d’origines orientales alternent avec des musiques extraites des grands recueils occitans comme le Manuscrit d’Apt ou le fameux Livre Vermeil de Montserrat. Les chansons des troubadours , Bernard de Ventadour, Giraut de Borneilh croisaient des thèmes anonymes, qui ont traversé les siècles, ainsi que de très touchantes romances et déplorations arabes chantées avec une douceur infinie par , s’accompagnant sur son oud à l’expressivité incroyable.

Au-delà d’un choc, il s’agit d’un échange culturel des plus dynamiques dans une opulence instrumentale d’une richesse inouïe. Le groupe des souffleurs s’est enrichi de la talentueuse à la doulciane et la bombarde,  ainsi que de au luth, au oud et au psaltérion où il remplace les plectres par deux archets. N’oublions pas le percussionniste inspiré , qui s’épanouit comme jamais parmi ses tambourins, tambours, derboukas et jeux de cloches. Le magicien fait des merveilles avec ses flûtes multiples, dont l’étonnante flûte double qui rappelle l’aulos grec, et ses boudègues, ces petites cornemuses occitanes. Les chanteurs-conteurs et le baryton donnent vie de façon complémentaire et raffinée à la poésie des troubadours. Ils réalisent le tour de force de parler à deux voix, simultanément en occitan et en français, de façon compréhensible.

Avec leurs invités, nous ont délivré un précieux antidote à la morosité ambiante, selon une joie perpétuelle entre ces thèmes divers, qui se croisent, se répondent et s’entrechoquent dans une même expression lyrique.

Crédit photographique : © Alain Huc de Vaubert

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