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Le Sacre en cendres de Romeo Castellucci

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Paris. Grande Halle de la Villette. 14-XII-2014. Le Sacre du Printemps. Concept et mise en scène : Romeo Castellucci. Son : Scott Gibbons. Musique : Igor Stravinsky. Enregistrement : musicAeterna, sous la direction musicale de Teodor Currentzis. Collaboration artistique : Silvia Costa. Programmation ordinateur : Hubert Machnik. Assistant Scénographie : Maroussia Vaes. Assistant Lumière : Marco Giusti.

Image 9Toujours là où on ne l’attend pas, crée une fois de plus l’événement avec ce Sacre du Printemps alliant poésie et cybernétique.

Inauguré dans la Gebläsehalle de Duisburg pendant la Ruhrtriennale, ce spectacle n’est pas sans évoquer la machinerie et le procédé du deus ex machina de Stifters Dinge de Heiner Goebbels, sans l’effet « boîte à musique » intimiste. Castellucci travaille dans la masse la dimension idéologique et sonore de cette célébration sauvage et païenne.

En remplaçant les danseurs par un assemblage complexe d’une quarantaine de machines placées dans les cintres et pilotées à distance, le metteur en scène italien recrée les conditions « scandaleuses » de la création parisienne de 1913. À la différence des spectateurs offusqués par la brutalité de la chorégraphie de Diaghilev, le public de 2014 connaît son Stravinsky… L’effet de surprise viendra plutôt du choix délibéré de diffuser sa musique sur d’immenses murs d’enceintes, avec le volume sonore d’un concert de techno. Cette forme de sollicitation physique du spectateur au cœur de la démarche vient perturber en grande partie la perception strictement musicale de ce Sacre. La bande enregistrée résout le problème de la synchronisation des mouvements chorégraphiés. Castellucci déplace dans le champ déshumanisé du cybernétique pur, les pulsions telluriques et charnelles auxquels nous ont accoutumés une bonne partie des « mises en scènes » du Sacre depuis sa création.

Cendres fertiles

En bon idéologue (doublé d’un sens redoutable du design), Castellucci remplace le corps chorégraphié par de la poudre d’os – élément liminaire le plus cru et le plus conceptuel possible pour signifier la présence/absence de ces « corps ». Par l’effet d’une circulation minutieuse qui les fait pivoter, glisser, basculer… les machines qui s’agitent dans les cintres répandent dans l’air des traînées de poussière blanche. Dans la perspective des machines à fumées et des études aérodynamiques de Georges Demenÿ et Etienne-Jules Marey, le travail de Castellucci vise à faire d’apparitions éphémères des formes esthétiques pures qui impriment la mémoire rétinienne du spectateur.

En projetant un long texte riche d’explications théoriques et techniques durant la Danse de l’élue, le metteur en scène supplée à l’aridité interprétative de l’image. Cette rupture rythmique interrompt brutalement le fil ininterrompu des « événements » oniriques qui faisaient alterner pluie, ondulation, spirales, secousses, circulations giratoires etc. Cette « atomisation » des corps trouve ici sa limite esthétique, le texte prenant le relais pour évoquer le processus glaçant qui conduit à la chosification des animaux sacrifiés, broyés et transformés en fertilisant naturel. Dans la formidable béance et le vide qui suit le fracas de l’accord final, le trouble du spectateur est perceptible par la manière maladroite de saisir cette interruption comme la fin définitive du spectacle.

Profondément brutal, déroutant et frustrant à la fois…

Crédits photographiques : © Christophe Raynaud de Lage

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Paris. Grande Halle de la Villette. 14-XII-2014. Le Sacre du Printemps. Concept et mise en scène : Romeo Castellucci. Son : Scott Gibbons. Musique : Igor Stravinsky. Enregistrement : musicAeterna, sous la direction musicale de Teodor Currentzis. Collaboration artistique : Silvia Costa. Programmation ordinateur : Hubert Machnik. Assistant Scénographie : Maroussia Vaes. Assistant Lumière : Marco Giusti.

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