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Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 18-I-2015. Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) : Don Quichotte chez la Duchesse, ballet-comique en trois actes sur un livret de Charles-Simon Favart, d’après Cervantès. Mise en scène : Corinne et Gilles Benizio (Shirley et Dino). Chorégraphie : Philippe Lafeuille. Décors : Daniel Bevan. Costumes : Anaïs Heureaux et Charlotte Winter. Lumières : Jacques Rouveyrollis. Avec : François-Nicolas Geslot, Don Quichotte ; Marc Labonnette, Sancho Pança ; Chantal Santon Jeffery, Altisidore / La Reine du Japon ; Gilles Benizio, Le Duc / Le Japonais ; Thomas Roediger, Montésinos / Merlin / Le Traducteur ; Aline Maalouf, La Paysanne / Une Suivante ; Aline Metzinger, Une Amante ; Charles Barbier, Un Amant. Ballet : Camille Brulais, Vincent Clavaguera, Rodolphe Fouillot, Anna Konopska, Camille Lélu, Vivien Letarnec, en partenariat avec la Cie La Feuille d’Automne. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Orchestre Le Concert Spirituel, direction : Hervé Niquet.

DonQuichotte OT Metz Metropole 2015-4484Nouveau succès pour Shirley et Dino. Après King Arthur et La Belle Hélène, Corinne et Gilles Benizio (Shirley et Dino) mettent en scène le ballet-comique de Boismortier. Si le public a fait un triomphe aux deux humoristes, l’œuvre mérite-t-elle vraiment qu’on s’y attache ?

La recette avait déjà été éprouvée pour le King Arthur de Purcell monté à Montpellier en juillet 2008, puis redonné à l’Opéra Royal de Versailles en 2011 et enfin à Metz en 2013 : 1. Prenez un ouvrage dramatiquement impossible à monter, soit parce que son livret ne raconte rien – King Arthur –, soit parce que le texte, incomplet et du coup incompréhensible, est parfaitement incohérent – Don Quichotte chez la Duchesse ; 2. Composez un dialogue légèrement « méta », visant essentiellement à commenter et à se gausser des incohérences, des faiblesses et de la vacuité du livret. Insérez-le aux endroits où l’action menace de flancher, c’est-à-dire à peu près n’importe où ; 3. Pimentez le tout de quelques scènes n’ayant rien, mais vraiment rien, à voir avec l’action. On comprendra que ces dernières sont destinées à : a) souligner l’invraisemblance et l’ineptie de l’histoire – en avait-elle besoin ? ; b) susciter l’hilarité du public par leur absolue incongruité. Exemples : a) chantant des chansons de caf’conc ; b) menaçant de diriger son ensemble à la lance ; c) (Shirley) dans un inénarrable numéro de « cantadora », accompagnée par aux castagnettes ; d) Gilles Benizio (Dino) interprétant accompagné au clavecin – et pas si mal que ça – un ravissant air de cour pendant qu’en même temps, en coulisse, on décroche de la machine où elle est suspendue une Duchesse hystérique qui s’époumone… De cette succession d’épisodes plus incongrus les uns que les autres, de cette incroyable accumulation de gags remarquablement agencés, découle un spectacle parfaitement déjanté, hilarant pour certains, sans doute hors de propos pour d’autres.

Un des grands mérités du couple Benizio aura été, en réécrivant la partie manquante du livret – c’est-à-dire en fait la totalité des scènes de comédie –, de redonner à l’intrigue de ce ballet-comique un semblant de fil conducteur. La relecture de Cervantès, et notamment du tome deux des Aventures de Don Quichotte, leur aura ainsi donné l’idée assez judicieuse de fusionner le personnage de la Duchesse et de celui d’Altisidore, simple servante chez Cervantes, magicienne et reine du Japon – rôles qu’entreprend de jouer la Duchesse – chez Favart et Boismortier. Grâce à cette ultime béquille, l’ouvrage trouve la cohérence dramatique qui fait tant défaut au texte.

DonQuichotte OT Metz Metropole 2015-4711Dans un entourage aussi farcesque, on ne saurait reprocher aux chanteurs de sur-jouer leur partie. Tout au plus pourrait-on regretter certaines faiblesses vocales, reproche surtout valable pour le registre de haute-contre de , chanteur qui manque singulièrement de rondeur et de projection pour un rôle de premier plan. Si l’on peut saluer les honnêtes prestations de et de , sans oublier la basse , c’est bel et bien du chœur qu’est venue la meilleure intervention de soliste, grâce à la voix chaude, charnue et étonnamment puissante du contreténor , soliste du Concert Spirituel. Un chanteur à suivre, assurément. Renforcé ainsi par deux contreténors du Concert Spirituel – sans doute afin de donner un peu de couleur baroque à la partition – le a visiblement pris grand plaisir à cette manifestation pétillante de bout en bout. Sous la baguette experte d’Hervé Niquet, visiblement convaincu de l’intérêt et de la qualité de la musique de Boismortier, l’orchestre du Concert Spirituel était peut-être davantage dans son élément. La musique de Boismortier méritait-elle d’être traitée aussi luxueusement ? Si l’on ne peut s’empêcher de penser aux métaphores, exprimées autrefois par des contemporains de Boismortier, des perles extraites de « tout ce fumier », ou des paillettes d’or nécessaires à la fabrication du lingot, on laissera chacun se faire son propre jugement. De toute façon, dans un tel contexte, cette musique toujours agréable à l’oreille ne constituait assurément pas l’essentiel du spectacle.

Crédit photographique : , Chantal Santon Jeffery et (photo 1) ; , Chantal Santon Jeffery, , Gilles Benizio et (photo 2) © – Metz Métropole

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