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Chopin sous les doigts de Denis Pascal

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Salle Gaveau . 22-I-2015. Frédéric Chopin (1810-1849): Polonaise Posthume op.71 n°1; Polonaise op.40 n°2; Polonaise op.53 « Héroïque »; Polonaise Fantaisie op.61; Barcarolle op.60; Sonate pour piano n°3 en si mineur op.58. Denis Pascal, piano.

Denis PASCALEncore et toujours Chopin, pourrait-on faire remarquer, dans une Salle Gaveau où le piano de cette âme sensible a déjà résonné maintes et maintes fois. Ce serait oublier que l’interprète est « l’autre » de Chopin, « plus que l’autre de tout autre », selon la formule singulière d’André Boucourechliev.

C’est ce que réaffirmait le récital lumineux de mettant à son programme quatre Polonaises aux côtés de la Barcarolle et de la Sonate pour piano n°3 en si mineur.

avait choisi un parcours quasi chronologique dans l’oeuvre de Chopin, débutant avec la Polonaise posthume en ré mineur. C‘est une oeuvre de jeunesse, publiée postmortem, dont la sensibilité mélodique de la ligne première, tournant sur elle-même et tendrement mélancolique sous le touché délicat du pianiste, créait d’emblée l’émotion. La Polonaise op.40 n°2 en ut mineur qu’il enchaînait est déjà toute autre, par son ancrage dans le registre grave et son caractère presque tragique, sans réelle parenté avec la danse populaire. Grand coloriste, Denis Pascal joue sur les contrastes entre une pâte sonore très sombre et les textures plus lumineuses qui gagnent le registre aigu dans une dramaturgie presque beethovénienne. Dans la Polonaise « Héroïque » op.53 en lab majeur, très/trop célèbre, c’est l’énergie qui sourd de la main gauche et la palette de couleurs que le pianiste déploie dans la partie centrale qui forcent notre admiration. Il terminait la première partie de son récital avec l’admirable Polonaise Fantaisie op.61 écrite en 1846 alors que Chopin allait se séparer de Georges Sand. L’oeuvre plus libre et introspective est ici le discours du rêve dans lequel nous embarque le pianiste, avec une éloquence et un flux poétique dont il a le secret: dans le respect du texte toujours et la plénitude harmonique de l’écriture qui nourrit la polyphonie et fait chanter les lignes.

La Barcarolle qui amorçait la seconde partie est écrite dans cette même année charnière de 1846. Elle est de la même veine sensible et imaginative où s’éploie un lyrisme éperdu. Il y a, au sein de l’écriture virtuose et magnifiquement assumée par l’interprète, une sensualité qui affleure dans le jeu très libre et généreux de Denis Pascal qui fait ici miroiter les harmonies avec cette manière bien à lui d’agir sur la sonorité pour en tirer « le reflet du reflet ».

Il s’attaquait ensuite à cet autre chef-d’oeuvre, d’envergure cette fois, qu’est la Sonate n°3 en si mineur. L’imaginaire de Chopin est ici canalisé par les exigences formelles du classicisme qu’il n’a jamais renié. La Sonate en quatre mouvements exprime très clairement cet équilibre tendu entre deux mondes, équilibre bien senti dans l’interprétation, garante d’une architecture souveraine, qu’en donnait Denis Pascal.

L’ample premier mouvement (reprise de l’exposition comprise!) n’en est pas moins rhapsodique, avec un deuxième et troisième thèmes d’une beauté indicible sous les doigts du pianiste dont on appréciait le dosage idéal des sonorités, avec une clarté de main gauche qui creuse constamment la résonance. Le Scherzo, placé en deuxième position, est joué dans la fulgurance de sa grande arabesque introductive dont l’éclat s’éteint subitement dans une partie centrale où Denis Pascal fait affleurer un chant intérieur très mystérieux. Dans le Largo presque funèbre on retrouvait la qualité de ses basses très expressives laissant s’élever un chant d’autant plus fragile et émotif. Le Finale était abordé dans sa pleine résonance, avec la qualité orchestrale d’un jeu souverainement maitrisé où la virtuosité du pianiste le disputait à la richesse des textures, engendrée à la faveur d’un geste totalement libéré et qui laissait sans voix!

Denis Pascal revenait trois fois à son piano pour jouer en bis tout ce que Chopin a conçu de plus  beau dans le registre intimiste et la concision de rigueur: la Mazurka op.17 n°4, le Nocturne op. 27 n°2 en réb majeur et le non moins divin Nocturne en Do mineur op.48 n°1. Autant d’effluves sonores sublimes pour refermer un récital qui ne l’était pas moins.

Crédit photo : Philippe Matsas

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Salle Gaveau . 22-I-2015. Frédéric Chopin (1810-1849): Polonaise Posthume op.71 n°1; Polonaise op.40 n°2; Polonaise op.53 « Héroïque »; Polonaise Fantaisie op.61; Barcarolle op.60; Sonate pour piano n°3 en si mineur op.58. Denis Pascal, piano.

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