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El Sistema, Orchestrating Venezuela’s Youth. Geoffrey Baker. Oxford University Press. 362 pages. 29 euros. 2014. En anglais.

 

sistema_baker_oupUne violente charge contre le Sistema en forme de pétard mouillé. 

Ce nouveau torchon, car c’en est un, un vrai, aura créé l’événement, disparu des librairies londoniennes en deux semaines, sans doute parce qu’il dénonce, avec agressivité, voire violence et parti pris, un Sistema conçu, puis mis en place avec passion, avec amour par , maestro, militant, ainsi que par le Ministère vénézuélien de la Culture, afin d’engager les jeunes des barrios à se forger une « conscience sociale », à se battre (« tocar y luchar », telle est la superbe devise du programme) à travers la musique, « classique » ou autre. Les âpres critiques de Baker (qui nous dit avoir visité Caracas mais avoue n’avoir jamais rencontré Abreu…), souvent surprenantes, souvent inadmissibles, font parfois mouche mais, le plus souvent, le livre vous explose au visage comme un tout petit pétard mouillé : comme ces attaques, ad hominem, de page en page, de chapitre en chapitre, rabâchées ad nauseam, contre , petit dictadorzuelo « opportuniste », « arrogant », « prétentieux », « bouffi d’orgueil », porteur d’un Sistema « pourri » par la propagande et l’opacité, par l’amiguismo et la complaisance, sans oublier les persécutions, la corruption et les transgressions sexuelles. Ad hominem, contre , enfant gâté du projet (et qui dirige aujourd’hui, après Klemperer, Giulini, Mehta, Salonen et quelques autres, le Los Angeles Philharmonic), débauché, lui, par Hollywood et sa Rolex.

D’un côté donc, ce vaste complot néo-gauchiste pour « orchestrer » à plein la jeunesse vénézuélienne, et de l’autre, cette vulgaire machination néo-capitaliste des banquiers locaux et de l’idéologie dominante pour reproduire le conservatisme eurocentriste des doctrines en place. Pour étayer ses thèses (un bien grand mot !), Baker fera ensuite appel à Wlad Godzich et Michel Foucault… Excusez du peu !… ainsi qu’à ses multiples « informateurs » qui refusent, eux, de se dévoiler de peur de finir dans les sinistres geôles d’Hugo Chávez ! Ajoutez-y le parti catholique et l’Opus Dei, dont Abreu serait membre éminent (!) et vous aurez tout saisi.

Baker concède (14 lignes dans l’ introduction), du bout des lèvres, certains résultats, certains accomplissements, mais comme pour mieux les démolir en fin de parcours. Alors, pour appréhender, pour apprécier pleinement l’enthousiasme de l’, sa fluidité, son exotisme, pour comprendre ces répétitions rigoureuses, ô combien fructueuses, cette éducation musicale chauffée à blanc des jeunes vénézuéliens (350 000 participants), cette création de 400 orchestres, de plus de 200 núcleos à travers le pays, cette distribution d’instruments aux plus démunis des élèves, ce projet sociétal contre la violence, la ghettoïsation, la drogue ou la prostitution, cet engouement pour El Sistema de ces dangereux gauchistes que sont Simon Rattle, Claudio Abbado, Placido Domingo ou Daniel Barenboïm, alors, il vous faudra aller ailleurs, il vous faudra surtout lire ailleurs, faire le voyage, rencontrer José Antonio Abreu et oublier Baker.

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El Sistema, Orchestrating Venezuela’s Youth. Geoffrey Baker. Oxford University Press. 362 pages. 29 euros. 2014. En anglais.

 
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