Bernard Haitink, Beethoven à Berlin

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Berlin. Philharmonie. 4-III-2015. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour violon et orchestre op. 61 ; Symphonie n° 6 « Pastorale » op. 68. Isabelle Faust, violon. Orchestre Philharmonique de Berlin ; Bernard Haitink, direction.

Isabelle Faust BerlinBeethoven au programme du Philharmonique de Berlin : Haitink vaut mieux seul qu’accompagné.

En attendant l’élection très attendue du successeur de Simon Rattle le 11 mai prochain, les affaires continuent à la Philharmonie de Berlin. Les candidats ne manquent pas, et leurs passages comme invités, depuis que le départ de Rattle en 2018 est connu, sont scrutés à la loupe ; mais , l’un des doyens de la profession, n’est naturellement pas de ceux-là. Choisir de jouer en un concert deux des œuvres les plus populaires de Beethoven pourrait pourtant constituer une épreuve décisive, s’il n’était hors concours.

La première partie de la soirée, sans doute, n’aurait pas de quoi impressionner les musiciens-électeurs berlinois. Dès sa première intervention, déçoit par la pauvreté et l’aigreur du son ; cette mauvaise impression initiale ne fait que se confirmer au fil du concerto. On serait sans doute prêt à ne pas lui tenir rigueur de cette aigreur, ni même de l’impression que certains passages mettent à mal sa virtuosité, si la violoniste y défendait un discours musical original et convaincant ; au contraire, on croit entendre un élève doué réciter sa leçon sans s’en écarter, mais en sous-entendant à chaque instant qu’il aurait bien d’autres choses à dire si on le laissait faire. Quelques passages d’un beau lyrisme sortent parfois le spectateur de sa torpeur, mais cette distance négligente agace sur le long terme. , ici, réagit à sa manière habituelle, en se plaçant constamment en retrait : le dialogue n’a donc décidément pas lieu, et on s’ennuie ferme.

Heureusement, la seconde partie vient rappeler les qualités de l’infatigable octogénaire. Dès le premier mouvement, le soin avec lequel Haitink instille de délicates nuances de dynamique et de tempo suffit à rendre cette musique trop connue à sa fraîcheur originelle. Le troisième mouvement résume à lui seul la perspective choisie par le chef : « l’expression du sentiment plus qu’une description », comme l’écrit Beethoven, certes, mais Haitink ne se prive pas de jouer des charmes de la description sonore : la fête paysanne, ici, ne se voile pas de bon goût et de délicatesse ; les rythmes bondissent, l’orchestre vrombit (avec un son qui gagne en plénitude ce qu’il perd en variété des timbres). Pas de place, ici, pour la métaphysique : l’orage dont Carlos Kleiber avait fait un terrifiant cataclysme n’est ici rien d’autre qu’un épisode météorologique passager qui ne perturbe pas longtemps l’atmosphère. Cette légèreté et ce pittoresque peuvent sembler manquer un peu trop de poids émotionnel et de nécessité, mais cette interprétation qui rappelle à quel point le sentiment de la nature qui s’y exprime est au moins aussi proche des contemplations de Rousseau que des tourments romantiques a toute sa légitimité.

Crédits photographiques : © Berliner Philharmoniker

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