Un National retrouvé qui fait plaisir à entendre

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs Elysées. 16-IV-2015. Franz Liszt (1811-1886) : Hamlet, poème symphonique n°10. Richard Strauss (1864-1949) : Macbeth, poème symphonique op.23. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Le Songe d’une nuit d’été. Lucy Crowe, soprano ; Karine Deshayes, mezzo-soprano ; Stéphane Braunschweig, récitant. Chœur de femmes de Radio France, Maîtrise de Radio France, chef des chœurs : Sofi Jeannin. Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

Gatti © Silvia LelliSortant d’une période sans concert suite aux mouvements sociaux qui ont secoué la Maison de la Radio pendant presque un mois, l’Orchestre National et son chef retrouvait non seulement leur public mais aussi un son, une cohésion, une plénitude qu’on avait pas perçu à ce point depuis un moment.

De retour au Théâtre des Champs-Élysées pour deux concerts symphoniques inspirés par des œuvres de Shakespeare, préludes aux représentations scéniques de Macbeth en ce même lieu, avait choisi pour débuter ce premier concert deux poèmes symphoniques de Liszt et Strauss, certes shakespeariens, mais pas exactement au niveau des meilleurs productions de leur compositeur respectif. Petit risque brillamment assumé grâce à un National qui produisit d’emblée un véritable son d’orchestre dense et intense, d’une cohésion sans faille, coloré et précis, et il le fallait sinon le peu passionnant Hamlet de Liszt serait tombé en miettes, alors qu’il fut, sinon passionnant, c’eut tenu du miracle, du moins intéressant d’un bout à l’autre.

Le Macbeth straussien qui suivit ne fit qu’amplifier cette belle impression du début de soirée. Plus narratif, animé et contrasté que le Hamlet lisztien, sollicitant plus nettement les ressources d’un grand orchestre, il permit à au National de briller et d’emballer le public, en particulier dans ces moments de fièvres parfaitement maîtrisés autant qu’expressivement justes. Sans jamais perdre le fil musical, sans relâchement dans les alternances tension détente, Daniele Gatti réussit d’une main de maître à mener son orchestre au fil des épisodes de la vie du héros shakespearien, belle réussite.

Après cette plus que prometteuse première partie on s’apprêtait à se régaler avec cette fois un authentique chef-d’œuvre, Le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn donné dans son intégralité, Ouverture, Musique de scène et récitant. Ca n’a pas tout à fait été le cas pour deux raisons principales. La première, chronologiquement, fut la puissance sonore qui nous sembla un poil en dessous de ce qu’il aurait fallu. Si le Strauss était joué avec soixante cordes, la réduction de voilure à quarante (plus une car il y avait cinq contrebasses) amoindrit sans doute trop l’impact physique du son, intellectualisant cette lecture qui perdit un peu de chair au passage. Petit regret donc car l’orchestre n’avait rien perdu de ses qualités du premier acte. Par contre gros regret d’avoir entendu réciter le texte à la mode d’une première lecture scolaire d’un élève de seconde découvrant Shakespeare. Non, il y a façon plus incarnée et palpitante de lire ce texte. Du coup on regretta clairement qu’on ne nous ait pas donné cette Musique de scène sans texte parlé, le texte musicale étant déjà parfaitement expressif. Faisons donc abstraction et concentrons-nous sur la musique. Elle fut bonne, même si on aurait aimé un peu plus de caractérisation des différents épisodes, bien chantée par les solistes et le chœur sans être extraordinaire pour autant, et joliment porté par l’orchestre. Un joli Songe mais on en attendait un grand ! Un beau concert néanmoins et quel plaisir de retrouver un National à ce niveau.

Crédit photographique : Daniele Gatti © Silvia Lelli.

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