Une partition puissante pour « Le Chemin de la Croix » de Claudel

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse (31). Auditorium Saint-Pierre des Cuisines. 3 IV 2015. Marc Bleuse (né en 1937) : Chemin de Croix, oratorio pour récitant, chœur à l’antique, soprano, piano, violoncelle et percussions. Texte : Paul Claudel (1868-1955). Avec : Michel Ventula, vibraphone 1, djembe ; Patricia Ducos, vibraphone 2, triangles, fouet, Geoffrey Saint-Léger, cloches tubulaires, Glockenspiel-octobans ; Gabriel Perié, xylophone, machine à vent ; Vincent Kau, toms, tam-tam, lion ; Johanna Thalhammer, chaine, marinba, glockenspiel, gongs ; Rémi Garcia, timbales, grosse-caisse ; Rémi Houille, cymbales, caisse-claire ; Clémence Garcia, soprano ; Timothée Hudrisier, piano ; Louis-Guillaume Ferret, violoncelle ; Florian Pantallarisch, récitant. Direction : José Fillatreau.

Chœur, orchestre et solisteC’était une audace certaine pour ces jeunes instrumentistes et chanteurs issus du conservatoire de Toulouse de reprendre cette œuvre de , aussi prenante qu’étonnante, commandée par le festival d’art sacré de Paris et créée en 1984. Cela donnait tout son sens à ce concert de vendredi saint.

Rien de plus naturel que de donner une passion en ces jours précédant Pâques, mais au lieu d’une des deux passions de Bach, généralement interprétée en cette période ou de l’une des multiples passions que le répertoire  baroque met à notre disposition, sous la houlette de son ancien directeur, le conservatoire de Toulouse avait choisi le rare oratorio de sur le puissant texte de Le Chemin de la Croix.

Ce Chemin de la Croix fut écrit en 1911 au retour de en France après treize années passées en Chine. Il apportait beaucoup d’importance à ce texte exprimant toute la ferveur de sa foi. Il connut de nombreuses éditions, souvent illustrées de dessins et gravures et il bénéficie toujours d’une vogue certaine de nos jours, ayant inspiré plusieurs commentaires musicaux, à commencer par celui de à l’orgue en 1931, puis plus récemment celui de . Il fait l’objet de nombreux concerts lecture dans le temps du carême, notamment de la part du comédien Michaël Lonsdale.

Avec la plus grande partie de son œuvre d’inspiration religieuse, Marc Bleuse entretient une relation forte avec Claudel et ce texte à la fois spirituel et charnel. Élève d’André Jolivet, qui développait un goût pour les percussions, il met en œuvre un impressionnant orchestre de percussions dont les claviers, cloches, gongs, timbales, octobans, tam-tam vibrent puissamment, en regard avec la solennité et le drame de l’instant.

En préambule, un chœur d’hommes dirigé par , a interprété en plain chant trois extraits de la liturgie de la croix, tel que Paul Claudel l’affectionnait dans sa profonde religiosité.

La musique de Marc Bleuse traite différemment chacune des quatorze stations, tandis que la première et la dernière sont écrites en miroir. Le texte déclamé par le récitant selon une rythmique propre est repris par le chœur à l’antique, qui le répète, le scande et le psalmodie, comme aux temps des catacombes, de façon très expressive. Nul besoin de rap pour apprécier ce travail de rythmique vocale sur un tapis sonore de roulements de percussions aux timbres variés et complémentaires !

La soprano vocalise par dessus cette mêlée sonore, apportant une touche séraphique dans les aigus. D’ailleurs, la voix cristalline de se rapproche des ondes Martenot, qui avaient été envisagées un temps lors de la composition.

Au bout du parcours, après la mort Christ, entre la treizième et la quatorzième station, le fracassant terremoto, qui déchire l’espace en même temps que le voile du temple se brise, évoque celui par lequel Joseph Haydn concluait ses Sept dernières paroles du Christ sur la croix.

Le grand texte de Claudel se trouve ainsi superbement paré par la mise en voix et la musique de Marc Bleuse, interprété avec cœur et ferveur par les jeunes musiciens toulousains, placés sous la direction aussi attentive qu’efficace de .

Crédits : Alain Huc de Vaubert

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