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Anna Netrebko et Daniele Gatti illuminent le Théâtre des Champs-Élysées

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 10-V-2015. Hector Berlioz (1803-1869) : Ouverture de Béatrice et Bénédict ; Richard Strauss (1864-1949) : Quatre derniers lieder ; Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Roméo et Juliette, Suites op.64 bis et 64 ter. Anna Netrebko, soprano ; Orchestre National de France, direction : Daniele Gatti.

Anna NetrebkoAffiche de luxe et affluence des grands soirs au Théâtre des Champs-Élysées, dans le cadre de la série « Les Grandes Voix ». On doit ce moment fort à la présence de la soprano qui vient à Paris interpréter les Quatre derniers lieder de aux côtés de et de l’.

À mi-parcours d’une série de représentation du Macbeth de Verdi, cette luxueuse pause dominicale permet d’apprécier les qualités de l’orchestre dans un répertoire exigeant.

Idéal et roboratif fronton néo-classique, l’Ouverture de Béatrice et Bénédict d’ déroule gammes et fanfares – passe-plat efficace pour permettre à l’orchestre de prendre ses marques avant d’affronter le crépuscule straussien. L’arrivée d’ met un terme à l’impatience d’un public chauffé à blanc et dont une partie s’escrime d’emblée à détailler à haute voix sa robe et son port de tête…

Dès ce Frühling aux sombres diaprures, l’oreille se love dans les entrelacs d’une ligne vocale qui ne s’ouvre pas immédiatement dans le grave mais rayonne puissamment dès qu’elle franchit le haut medium. La couleur dramatique l’emporte irrésistiblement, surtout quand il s’agit de satisfaire aux exigences insensées d’une écriture faite de combinaisons et d’alternances de registres vertigineux. Le tempo généreux fait affleurer les prises d’air,
conséquence d’un rapport moins poseur ou soyeux que réellement lyrique et soucieux d’une étonnante diction narrative. Capable comme nulle autre de nourrir couleur et volume dans Beim Schlafengehen, on pardonnera volontiers à Anna Netrebko sa distraction au début de September et cette volonté de placer l’auditeur dans un absolu confort d’écoute. Peu importe également le violon prosaïque de Luc Héry quand se dressent les crêtes d’Im Abendrot, somptueusement illuminées par le poudroiement des cors.

transforme les extraits des Suites pour orchestre de Roméo et Juliette de Prokofiev, en une véritable symphonie dramatique. Osant le bruit blanc dans l’introduction des Montaigus et Capulets, le fracas de feu et d’acier se mue en élégants panneaux où le fondu des couleurs le dispute à la finesse des détails. Étourdissante par la mise en valeur des affects et de la palette rythmique, la Mort de Tybalt émerge telle une sculpture sonore sous le ciseau précis. Le public reste sonné sur place tantôt par le corps à corps des bois et des cuivres, tantôt par le halètement des archets au talon et cette confusion de couleurs émaciées et saturées. Entre adieu au monde et cortège tragique en route vers Montsalvat, l’ultime Roméo au tombeau de Juliette justifie à lui seul que l’on place cette soirée parmi les plus beaux moments de cette saison.

Crédit photographique : Ruven Afanador

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