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Et si on rebaptisait le Staatsballett ?

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Berlin. Schiller Theater. 18-V-2015. Duato | Kylián. Static Time : Chorégraphique : Nacho Duato, Click Pause Silence ; chorégraphie : Jiří Kylián. White Darkness: Chorégraphique : Nacho Duato. Solistes et corps de ballet du Staatsballetts Berlin.

OLYMPUS DIGITAL CAMERABéjart est l’un des rares chorégraphes à avoir créé de toute pièce son ballet, qu’il nomma, en toute modestie (bien méritée !), le Béjart Ballet Lausanne. Très peu d’autres danseurs, en arrivant à la tête d’une compagnie, qui plus est créée bien avant leur apparition, eurent la présomption de baptiser une troupe de leur propre nom. Le Staatsballett de Berlin (issu de la fusion de trois compagnies à la Réunification) a une longue histoire derrière lui. Mais le rêve inavoué de son intendant ne serait-il pas de le rebaptiser le Duato Ballett Berlin ? 

Au programme de cette première saison placée sous la houlette de , le public a eu l’heureuse malchance de découvrir trois premières de… Duato ! Non pas que ces pièces soient totalement dépourvues d’intérêt (quoique pour Dornröschen, peut-être…), mais le spectateur n’a pu que déprimer face à la maigre variété des chorégraphes programmés : « Whaouh, Duato. Ok, Duato. Encore, Duato ! » Comment peut-on laisser un intendant imposer sa politique mégalomane sur une jeune troupe, farouchement talentueuse, qui ne demande qu’à TOUT danser ?   En entrée, a eu la grandeur d’âme de nous offrir sa toute première création avec les danseurs du Staatballett. Static Time, rythmé par W.A. Mozart, S. Rachmaninov, F. Schubert, P. Alcalde et S. Caballero, se compose de huit danseurs, trois femmes et cinq hommes. Le chorégraphe est indéniablement influencée par Kylián. Les mouvements sont fluides, légers et puissants à la fois. Les fréquents rapports au sol, combinés à de virtuoses portés, rend la chorégraphie étonnement foisonnante. Le duo masculin / Dominic Hodal fait fusionner, tout en à-coups, ces deux corps monumentaux, en parfaite symétrie. La gestuelle est peut-être trop enchevêtrée et Duato gagnerait à traiter le mouvement d’une manière plus dépouillée, plus intelligible. Niveau décor, les danseurs se font happer par une sorte de matrice, en fond de scène, non identifiée tant le plateau demeure sombre. Les costumes sont tout aussi obscurs. À en juger à la comm’ du Staatsballett et aux trois pièces duatesques au menu en 2015, on aura compris que la couleur préférée de Duato demeure à tout jamais… le noir ! N’en déplaise aux plus optimistes.

Duato Kylian berlin2.jpg

En un plat principal copieux, il nous a été servi Click-Pause-Silence de : un quatuor de danseurs (pour trois danseurs et une danseuse, splendide Llenia Montagnoli) se cherche, s’étudie, emmené par la partition de Dirk Haubrich, entre décomposition et recomposition du Prélude n°24 extrait du Clavier bien tempéré de Bach. Click s’apparente à un « arrêt sur image », selon le chorégraphe tchèque. Pause, ou le flash laissant la scène dans l’obscurité et le spectateur sous le choc. Silence rétablit l’ordre. Point final : dans un coin de la scène, un écran de TV projette une vidéo, miroir reflétant l’instant dansé. L’évolution dans l’espace est limpide, le mouvement, ineffable. Petit bémol : une chorégraphie à nouveau bien morose, alors que le répertoire de Kylián regorge de pièces si divertissantes. Un brin de légèreté aurait été escompté au cours de cette soirée, un poil foncée…

Espoir vain. En dessert hallucinatoire, White Darkness de Duato (à nouveau !), qui se compose de dix interprètes, sous l’emprise de la cocaïne, planant sur la musique de Karl Jenkins. Une réflexion ouverte sur les paradis artificiels. Le couple Krasina Pavlova / dégage une émotion à fleur de peau. Un désarroi, une dépendance qui mènera la jeune danseuse à sa perte, anéantie sous un puits de lumière et sous une pluie de poudre blanche. Les pas de deux et ensembles des huit autres danseurs s’enchaînent, sans répit, époustouflants de rapidité, splendides de technicité. Notez les virevoltantes cordes de la partition de Karl Jenkins, sous la baguette de Pedro Alcalde : avec un orchestre, c’est tellement plus savoureux ! Si cette dernière pièce est assurément la plus tonique des trois, sa symbolique n’en demeure pas moins un peu simpliste, trop facile. Mais ça marche : le public est conquis. Ça tombe bien car il y aura à nouveau du Duato au programme : rendez-vous le 22 octobre pour découvrir Castrati ! Si on m’avait dit que je mourrais d’une overdose de Nacho…

Léa Chalmont-Faedo

Crédits photographiques : © Fernando MarcosBP_Schwarz En partenariat avec Berlin Poche

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Berlin. Schiller Theater. 18-V-2015. Duato | Kylián. Static Time : Chorégraphique : Nacho Duato, Click Pause Silence ; chorégraphie : Jiří Kylián. White Darkness: Chorégraphique : Nacho Duato. Solistes et corps de ballet du Staatsballetts Berlin.

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