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Le RIAS-Kammerchor fait preuve de son talent à la Philharmonie

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Paris. Philharmonie 2. 08-VI-2015. Johannes Brahms (1833-1897) : Geistliches Lied op. 30 (arrangement pour chœur mixte et orchestre à cordes par John Eliot Gardiner) ; Pascal Dusapin (né en 1955) : Disputatio (création française) ; Maurice Duruflé (1902-1986) : Requiem op. 9 (version de 1961). Stella Doufexis, mezzo-soprano ; Stefan Genz, baryton ; RIAS Kammerchor (chef de chœur : Denis Comtet) ; Orchestre de chambre de Munich, direction : Alexander Liebreich.

RIASLe , peut-être l’une des meilleures formations chorales du monde, est en visite à Paris.

Si le chœur berlinois a tenu à garder son nom d’origine, où figure la mention hardiment anachronique du « secteur américain », ce n’est sans doute pas tant pour faire état de son expérience et de sa pérennité, mais plutôt, en évoquant le contexte changeant de l’immédiate après-guerre où la formation a vu le jour, pour affirmer ce lien toujours actuel qu’elle entretient avec la musique la plus contemporaine. Pour suivre les évolutions du répertoire, en effet, le passe régulièrement commande d’œuvres auprès de grands compositeurs de ce temps. C’est de cette manière que a été amené à composer, en 2014, sa Disputatio : une cantate d’une quarantaine de minutes où il met en musique un curieux texte du théologien Alcuin, figure intellectuelle du VIIIe siècle de notre ère.

Le grand attrait de la pièce de Dusapin, créée l’avant-veille à Berlin, est de faire appel, en guise de trait d’union entre la sonorité de l’orchestre à cordes et celle des voix, à l’harmonica de verre – ce « glassharmonica » inventé à la fin du XVIIIe siècle, pour lequel Mozart lui-même a écrit quelques partitions. L’instrument est d’abord une joie pour les yeux : on en joue comme s’il avait un clavier, en frottant du doigt des disques de verre qu’une pédale type « machine à coudre » anime d’un mouvement rotatif. Puis le son produit, envoûtant, irréel, flatte l’oreille à son tour.

Les deux interlocuteurs de la « dispute », le maître Albinus et son jeune élève Pépin, sont figurés par deux chœurs : quatre voix de soprano pour l’enfant, et tout le reste de l’effectif pour le vieil homme. L’avantage est double : d’une part, c’est la géométrie variable de la formation qui transmet les affects – crainte subite, emportement, avertissement solennel d’Albinus, ou entêtement naïf de Pépin. D’autre part, l’écriture vocale de Dusapin, qui multiplie et entremêle les interventions de solistes, donne à admirer le timbre remarquable de chacune des voix des chanteurs.

Cette Disputatio est encadrée par deux œuvres qui, d’une certaine manière, la complètent par deux atmosphères plus apaisées. L’une de ces œuvres est germanique, le Geistliches Lied de Brahms, accompagné ici par l’orchestre à cordes. L’autre est française : il s’agit du superbe Requiem de Duruflé, qui, dans toute autre ville que Paris, aurait rempli la salle de concert au lieu de la vider. Malgré une prestation toujours remarquable du chœur, et des solistes de bonne tenue, c’est dans cette partie du concert, hélas, que s’accusent les imperfections de l’orchestre. Les trois trompettistes, faute de place sur scène, se trouvent exilés à l’extrémité du premier balcon, et manquent sans cesse leurs départs. Quant à l’orgue que requiert l’instrumentation de l’œuvre, il doit fatalement être remplacé par un dispositif électronique, dont, malgré tous ses efforts, , le chef de chant du Kammerchor, ne parvient à faire oublier le son aigrelet, sans résonance. Le même concert dans un an (c’est-à-dire une fois l’orgue de la grande salle inauguré) : qui sait si ce bonheur ne nous sera pas accordé ?

Crédit photographique : le RIAS Kammerchor © Matthias Heyde

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Paris. Philharmonie 2. 08-VI-2015. Johannes Brahms (1833-1897) : Geistliches Lied op. 30 (arrangement pour chœur mixte et orchestre à cordes par John Eliot Gardiner) ; Pascal Dusapin (né en 1955) : Disputatio (création française) ; Maurice Duruflé (1902-1986) : Requiem op. 9 (version de 1961). Stella Doufexis, mezzo-soprano ; Stefan Genz, baryton ; RIAS Kammerchor (chef de chœur : Denis Comtet) ; Orchestre de chambre de Munich, direction : Alexander Liebreich.

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