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La semaine magique de Saintes

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital

Saintes (17), Abbaye aux dames, 10 VII 2015. Le Concert Royal de la Nuit, d’après le Ballet Royal de la Nuit du 25 février 1653. Ensemble Correspondances ; Sébastien Daucé.
Saintes (17), Abbaye aux dames, 11 VII 2015. O Dolce mio tresoro, le sixième livre de madrigaux. Carlo Gesualdo (1566-1613). Collegium Vocale Gent. Philippe Herreweghe.
Saintes (17), Abbaye aux dames, 11 VII 2015. Josef Haydn (1732-1809) : Quatuor op. 77 N° 1 en sol majeur ; Hyacinthe Jadin (1776-1800) : Quatuor op. 2 N° 1 en mi bémol mineur « Dissonannces » ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quatuor N° 19 KV 465 en do majeur « Dissonances » dédié à Haydn. Quatuor Cambini Paris.
Saintes (17), Abbaye aux dames, 12 VII 2015. Funérailles pour une reine et une impératrice. Henry Purcell (1659-1695) : The Queen’s funeral March Z 860 ; Thou knowest, Lord Z 58b ; Canzona Z 860 ; O dive custos Elegy on the death of the Queen Mary ; Funeral sentences ; Thomas Morley (1557-1602) : Three Dirge anthems ; Josef Fux (1660-1741) : Kaiser Requiem.
Saintes (17), Abbaye aux dames, 13 VII 2015. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Cinquième concert ; Cantate Le Berger fidèle ; Deuxième concert ; Les Indes galantes : Ritournelle pour l’entrée des Incas ; Cantate Orphée ; Mathias Vidal, ténor ; Ensemble Amarillis ; Héloïse Gaillard, hautbois et direction.
Saintes (17), Abbaye aux dames, 13 VII 2015. Franz Schubert (1797-1828) : Quartettzatz, arrangement Malher ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano N° 12 en la majeur K 414 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor N° 11 « Serioso » op. 95 arrangement Malher. Orchestre des Champs Élysées ; Maude Gratton, pianoforte. Premier violon et direction : Alessandro Moccia.
Saintes (17), Abbaye aux dames, 14 VII 2015. Jean Sebastien Bach (1685-1750) : Messe en si mineur BWV 244. Dorothee Mield, soprano ; Margot Oetzinger, mezzo ; Damien Guillon, alto ; Thomas Hobbs, ténor, Peter Kooy, basse ; Collegium Vocale Gent. Direction : Philippe Herreweghe.
Saintes (17), Abbaye aux dames, 15 VII 2015. Les filles du Rhin. Johannes Brahms (1833-1897) : Ich Schwing mein Horn, pour 2 cors ; Göttlicher Morpheus, canon sur des poèmes de Goethe ; Wille, wille will der der Mann ist kommer, volkslied en canon pour voix de femmes op. 130 ; Grausam erweiset sich Amor an mir, canon sur des poèmes de Goethe op. 130 ; Einförming ist der Liebe Gram, canon à 6 voix sur un poème de Rückert op. 130 ; Quatre chants op. 17 pour voix de femmes, 2 cors et harpe ; Robert Schumann (1810-1856) : Weigenlied op. 78 N° 3, arrangement Vincent Manac’h ; In Meeres Mitten, romance à voix égales op. 91 ; Meerfey, romance à voix égales op. 69 ; Die Capelle, romances à voix égales op. 69 ; sonnerie pour 2 cors d’après Jäger wohingemuth op. 91 N° 8 ; Franz Schubert (1797-1828) : Psaume XXIII Gott ist mein Hirt D. 706, pour voix de femmes et harpe ; Ständchen D. 920, pour mezzo soprano, chœur de femmes et harpe ; Lacrimosa son Io D. 131b, canon à trois voix égales ; Coronach D. 836 pour voix de femmes, harpe et 2 cors ; Heinrich Isaac (1450-1517) : Innsbruck ich muss dich lassen, transcription Vincent Manac’h ; Richard Wagner : (1813-1883) : Sonnerie des Filles du Rhin, extrait du Crépuscule des dieux ; Chant des Filles du Rhin pour chœur de femmes, 2 cors et harpe, transcription Vincent Manac’h.

Correspondances Concert Royal de la nuitDédié aux musiques anciennes et baroques avec quelques excursions vers des époques postérieures, sans négliger des créations contemporaines, le festival de Saintes, installé depuis quarante-deux ans dans le cadre magnifique de l’abbaye aux dames, est une institution bien établie, qui a su conserver sa jeunesse et une belle fraîcheur d’esprit avec un public fidèle, qui se renouvelle aussi.

L’édition 2015 sera restée fidèle à cet état d’esprit avec des artistes et des ensembles familiers des lieux, mais aussi de nombreux jeunes talents et un public assidu, venu de toute la France, voire au-delà. Certaines retraitées parisiennes avouent attendre et économiser tout au long de l’année pour cette semaine magique…

 Création du Concert Royal de la nuit

Dès la soirée d’ouverture, le directeur artistique Stéphane Marciejewski a frappé fort avec le pari fou de la recréation du Concert Royal de la nuit par l’ensemble Correspondances (photo). est loin d’être un inconnu à Saintes où il fut bénévole au festival et où son ensemble Correspondances, créé en 2008, fit ses premières armes.

Pour ce concert d’une ampleur inédite, s’est attaché pendant trois ans à restituer la musique en partie perdue du fameux Ballet Royal de la Nuit, donné dans la salle du Petit Bourbon le 25 février 1653 et qui fut un événement autant politique qu’artistique et mondain. Le royaume de France sort à peine de la Fronde, ces dix années de troubles et de guerre civiles, qui ont suivi la mort de Louis XIII et profondément marqué l’enfance de son fils, le jeune Louis XIV. Mazarin triomphant veut imposer le pouvoir du jeune souverain et impressionner les esprits par l’un des plus fastueux spectacles du grand siècle pour lequel il engagé les plus grands musiciens, compositeurs, danseurs, ingénieurs, machinistes, décorateurs. On a conservé l’argument d’Isaac de Benserade, une plume célèbre à l’époque, qui met en scène la nuit en quatre veilles de trois heures, de six heures du soir à six heures du matin. À la fin des événements normaux ou campagnards et que les citadins ont rejoint leur logis, apparaît le monde interlope de la cour des miracles avant que les fêtes et spectacles ne fassent briller théâtres et palais sous l’égide de Vénus. Suit la fantasmagorie d’une nuit de sabbat avec ses magiciens, sorcières, boucs, monstres nains, qui se poursuit par un divertissement réunissant les songes qui peuplent les rêves. Lorsque la nuit s’efface, l’Aurore annonce une clarté que nul n’avait encore pu voir : « Le soleil qui me suit, c’est le jeune roi Louis », lequel âgé de 15 ans, apparaît en habit de lumière pour danser l’ascension de l’astre roi, entouré de danseurs professionnels et des princes de France, récemment ralliés à sa cause. Par son faste et son ampleur, ce ballet fit grand bruit et il fut donné sept soirées de suite devant le peuple de Paris enthousiaste.

La musique est plus problématique car une copie postérieure de Philidor l’aîné, conservée à la Bibliothèque Nationale, ne mentionne que les parties de premier violon pour les danses, ainsi que quelques airs de Jean de Combefort. Sébastien Daucé s’est attelé à réécrire la basse et les parties d’orchestre. Afin de reconstruire un ensemble cohérent, il a élaboré un pastiche vocal unissant les goûts français et italien dans l’esprit du cardinal Mazarin. Il a utilisé des musiques d’Antoine Boesset, Louis Constantin, Michel Lambert, les associant à des scènes d’opéras italiens contemporains comme Ercole Amante de Cavalli et l’Orfeo de Rossi, qui furent commandés par Mazarin pour Paris et la salle du Petit Bourbon. En conservant 51 des 77 danses originales, qui permettent de garder l’essentiel du ballet original, le Concert Royal de la Nuit présente une image quasi complète du Ballet royal avec toute la musique vocale et les deux tiers de la musique instrumentale.

En version de concert, ce monument aussi impressionnant qu’élégant a produit un grand effet sur le public dans une abbatiale comble. On retrouve à son plus haut point, les qualités de l’ensemble Correspondances que l’on apprécie tant : poésie, perfection du style, raffinement dans une interprétation chaleureuse et enthousiaste. Cette musique porte un imaginaire qui nous transporte presque dans la salle du Petit Bourbon, ce soir fameux de février 1653. Cela pourrait venir avec la version scénique que Sébastien Daucé espère pour 2017.

La direction sobre et engagée de Sébastien Daucé est d’une efficacité redoutable, tandis que les chanteurs et instrumentistes, tant solistes que choristes ou ripiénistes sont aussi à l’aise dans l’un ou l’autre emploi.

Toute la précision du Collegium Vocale de Gand pour le Vie livre de madrigaux de Gesualdo.

Toute la précision du Collegium Vocale de Gand pour le Vie livre de madrigaux de Gesualdo.

Ô mon doux trésor, VIe livre de madrigaux de Gesualdo

Longtemps directeur artistique du festival, dont il fit les grandes heures, , qui est chez lui à Saintes, y revient régulièrement comme chef invité à la tête de divers ensembles. Pour inaugurer sa contribution au 42e festival, il a placé la barre haut samedi 11 juillet avec les quelque vingt-deux madrigaux du VIe livre de Gesualdo avec son Collegium Vocale en formation polyphonie Renaissance, où cinq voix sont accompagnées d’un unique théorbe. Exigence absolue de ces pièces d’une grande complexité harmonique, qui forment le chant du cygne du prince de Venosa et l’âge d’or du madrigal, utilisant toutes les audaces d’écriture et les nouveautés de l’époque que sont la seconda prattica, le stile concertato et le stile rappresentativo. Tout entier à sa contrition, nous dit la légende, mais sans doute plus à ses recherches créatives, dont on reconnaît aujourd’hui l’incroyable modernité, Gesualdo n’avait pas besoin de plaire à un quelconque protecteur et il pouvait ainsi explorer toutes les audaces sonores et harmoniques avec nombre de dissonances. Il développe toutefois une vision élitiste et aristocratique de la musique, composée pour un très petit nombre. Il n’est pas étonnant qu’au XXe siècle, il ait attiré la curiosité d’un Stravinsky.

Si ironise en disant qu’il se contente d’agiter les bras, cette musique aux modulations harmoniques foudroyantes, requiert sa précision d’orfèvre ainsi que la perfection technique des solistes du Collegium Vocale, qui restituent les nuances subtiles de cette poésie intime avec une douceur infinie.

L’usage a beau avoir décrété que le madrigal se chantait a cappella, on sait que quelques instruments s’y adjoignaient dans les cours italiennes et le théorbe de Matthias Spaeter rejoint l’harmonie des voix. Afin d’éviter une certaine monotonie et de permettre aux voix de se reposer quelque peu, deux toccatas du 1er livre pour luth de Kapsberger s’intercalent entre les trois groupes de madrigaux.

La fluide élégance des Cambini dans un programme autour de la dissonance.

La fluide élégance des Cambini dans un programme autour de la dissonance.

L’élégance en rupture du Quatuor Cambini

La soirée se poursuivait avec le Quatuor Cambini dans un programme classique autour de la dissonance. Le jeune quatuor parisien, qui a récemment enregistré le cycle des Quatuors dédiés à Haydn de Mozart, proposait un parcours qui régalait les salons parisiens de la fin du XVIIIe siècle avec l’opus 77 N° 1 en sol majeur de Haydn, l’opus 2 N° 2 en mi bémol majeur « Dissonances » de Hyacinthe Jadin et le célèbre Quatuor N° 19 K 465 en do majeur « Les Dissonances » de Mozart. Les Cambini adoptent une disposition originale où les dessus encadrent les basses (1er violon, violoncelle, alto, 2e violon).

Composés en 1799, les deux quatuors de l’opus 77 font partie des derniers ouvrages instrumentaux de Haydn et couronnent quarante années d’une production dédiée à ce genre instrumental, alors nouveau. Par quelques fines allusions, il démontre qu’il connaissait le travail de son ancien élève Ludwig van Beethoven et lorsqu’il dissone, c’est avec malice et élégance.

Bien qu’il décéda de la tuberculose à l’âge de 24 ans, Hyacinthe Jadin eu le temps de laisser une œuvre relativement abondante, particulièrement en musique de chambre. Son premier opus de quatuor à cordes est naturellement dédié à Haydn, qui était alors le compositeur le plus célèbre et le plus aimé à Paris, bien qu’il n’y vint jamais. En quatre mouvements équilibrés entre les parties, il avoue une dette envers Mozart par une proximité, peut-être plus audacieuse encore, avec le quatuor Les Dissonances. Et le concert s’achève justement par ce fameux 19e quatuor K 465, qui sonne avec une grande finesse d’expression et une belle souplesse d’articulation.

Avec les sonorités chaleureuses de leurs cordes en boyaux, sur des instruments et des archets anciens, les Cambini font preuve de fluidité et d’une belle écoute entre eux, adoptant des tempos très allongés dans les mouvements lents, qui parfois peuvent friser l’ennui.

De sobres funérailles royales et impériales pour Vox Luminis dans un répertoire méconnu.

De sobres funérailles royales et impériales pour dans un répertoire méconnu.

La sobre plénitude de

Dimanche 12 juillet, l’ensemble Vox Luminis trouvait une abbatiale pleine à craquer pour un programme baroque d’une belle émotion : « Funérailles pour une reine et une impératrice », associant les sobres anthems funèbres de Morley pour les obsèques de la jeune reine Mary le 28 décembre 1694, à l’âge de 32 ans, à l’Élégie sur la mort de la Reine écrite par , ainsi que ses célèbres Funeral sentences, également dédiés à la reine. À ces musiques recueillies et apaisées, qui accompagnaient la douleur de tout un peuple, s’ajoute le rare Requiem de Fux, composé en 1720 et interprété pour des funérailles impériales de Leopold-Joseph de Lorraine, Eugène de Savoie et Charles VI en 1729, 1736 et 1740. En l’absence de trompettes et de timbales, seuls les cornets muets et les sacqueboutes participent au dialogue avec les cordes et les voix. On est loin d’une manifestation de grandeur et de pouvoir. Il s’agit d’une expression de la douleur, pleine d’humanité où la musique se confronte avec la mort. Cette humble sobriété avec un chœur à cinq voix rompt avec les glorieux fastes sonores d’un Biber quelques décennies auparavant sur les mêmes terres impériales.

On apprécie l’homogénéité vocale très équilibrée de cet ensemble mené par , qui dirige discrètement au milieu des chanteurs, pas même primus inter pares. Le public très recueilli a même gratifié les musiciens d’un beau silence de dix secondes après le dernier accord. Filmé sur Culture Box, le concert est disponible en ligne pendant un an.

Le Rameau délicieux de l'ensemble Amaryllis avec Mathias Vidal.

Le Rameau délicieux de l’ensemble Amaryllis avec .

Le doux babil de Jean-Philippe par Amarillis

Lundi 13 juillet en milieu de journée, les filles de l’ensemble Amarillis ont offert un concert Rameau sublime dans les 5e et 2e Pièces de clavecin en concert, avec dans les Cantates Le Berger fidèle et Orphée. Fidèle à ses intentions premières, Amarillis aime à mettre en regard l’éloquence vocale et le discours instrumental en choisissant des instrumentations différentes selon les pièces conformément avec l’usage en cours à l’époque de Rameau. Le Cinquième concert apparaît dans sa version initiale violon, viole et clavecin concertant, tandis que dans le Deuxième concert, le violon, la viole et le hautbois se partagent successivement les contrechants et dialoguent avec la partie concertante du clavecin. La partie de viole est composée pour une rare viole à huit cordes.

La connivence absolue entre les instrumentistes est réjouissante. On goûte la très belle sonorité du violon d’Alice Piérot, tandis que la viole de Marianne Muller sort du rôle de continuo pour participer pleinement au débat. Très inspirée au clavecin, Violaine Cochard adopte parfois une attitude quelque peu « rock and roll ».

Dans les cantates à une voix Le Berger fidèle et Orphée, Mathias Vidal montre une diction très claire du français avec de superbes nuances, selon une poésie qui permet de commenter une histoire connue de tous à l’époque. L’histoire d’Orphée se présente comme une fable avec une morale conclusive : « Tel aujourd’hui serait heureux / S’il n’avait voulu trop tôt l’être ».

L’ensemble a enregistré ce programme en 2014 chez Naïve (V 5377).

Somptuosité sonore de l'Orchestre des Champs Élysées sous l'archet d'Alessandro Moccia.

Somptuosité sonore de l’Orchestre des Champs Élysées sous l’archet d’.

Somptueuses cordes élyséennes

Le même soir, les cordes de l’Orchestre des Champs Elysées, emmenées par le violon d’, nous ont subjugué dans les somptueuses orchestrations de Malher pour le Quartettsatz de Schubert et le Quatuor N° 11 Serioso op. 95 de Beethoven. Selon une configuration originale où les violons encadrent les violoncelles et la contrebasse, les violonistes jouent debout. Très respectueuse pour chacune des deux œuvres, l’orchestration de Malher en étoffe la texture et accentue leur côté dramatique, s’agissant d’ouvrages appartenant à la dernière période créatrice de leurs auteurs respectifs.

Accompagnée par cette Rolls Royce sonore d’une grande souplesse, interprétait de façon aérienne, le 12e Concerto en la majeur K 414 de Mozart au pianoforte. Le plus inventif de la trilogie de l’automne 1782, ce concerto est emblématique de la liberté dont Mozart jouissait, à Vienne. L’andante, peut-être l’un des plus bouleversants de toute son œuvre, rend un hommage à son ami Johan Christian Bach récemment disparu.

Une Messe en si inoubliable sous le regard et les mains de Philippe Herreweghe.

Une Messe en si inoubliable sous le regard et les mains de Philippe Herreweghe.

Une Messe en si d’anthologie

Depuis le temps, ils connaissent leur Bach par cœur et peut-être même surtout par le cœur, tant leur intimité et leur empathie avec la musique du cantor est profonde. Toujours est-il que cette Messe en si par le Collegium Vocale de Gand, sous la direction profondément habitée de Philippe Herreweghe, fut plus qu’un concert, mais une expérience extraordinaire. Bien sûr, cette musique est absolument géniale, mais ce mardi 14 juillet dans cette superbe abbatiale à l’acoustique miraculeuse, il régnait une atmosphère d’une immense humanité et ce fut une communion généralisée entre le chœur de jeunes chanteurs (plus la formidable basse Peter Kooy, excusez du peu…), l’orchestre, le chef et le public.

Tout au long de ce monument, ce n’était qu’échanges de sourires entre les chanteurs et tout autant parmi l’orchestre, tandis que Philippe Herreweghe portait l’ensemble de façon très expressive avec une tendresse débordante. Il fallait le voir avancer dans l’orchestre pour accompagner les solistes parfois d’un seul regard, selon une gestique presque minimale, mais d’une efficacité absolue.

Chœur superlatif, orchestre magnifique avec trompettes et cor naturels, non seulement justes, mais envoutants, solistes en apesanteur, tout cela est d’une beauté insigne.

On a beau la connaître, cette Messe en si et l’avoir entendu des dizaines de fois, mais le miracle se produit à nouveau. L’émotion est là et l’on est transporté tout au long de ce voyage spirituel. On ressort en ayant pris une claque de profondeur et de bonheur intérieur, à tel point qu’il faut un peu de temps pour revenir sur terre. Sans doute l’une des plus belles interprétations que j’ai jamais entendue de ce chef-d’œuvre ! Et pourtant, je l’avais découvert il y a 35 ans dans la basilique Saint-Christophe de Belfort par ce même ensemble (totalement renouvelé depuis), sous le stylo du même Philippe Herreweghe. Le soliste alto était alors un certain René Jacobs. Ce soir, c’était , qui avec un timbre évidemment différent, n’a rien à envier à son aîné. Son Agnus Dei était angélique. Et que dire de cette touchante humilité de Philippe Herreweghe, qui au moment des saluts, félicite chacun des protagonistes, puis s’efface sur le côté de la scène pour leur laisser la gloire et l’enthousiasme du public ?

Pygmalion et Raphaël Pichon vendangent avec conviction les terres du romantisme allemand.

Pygmalion et vendangent avec conviction les terres du romantisme allemand.

Pygmalion, convainquant en terres romantiques

Si l’ et son jeune chef se sont fait connaître surtout dans Bach et Rameau, ils ne dédaignent pas de s’aventurer en terres romantiques avec autant de naturel et de talent. La preuve avec ce programme d’une grande finesse, très intelligemment composé et superbement chanté, dédié aux filles du Rhin le mercredi 15 juillet. Une belle idée de proposer ces chœurs et canons méconnus pour voix de femmes de Brahms, Schumann et Schubert, accompagnés par quatre cors et une harpe. Un subtil esprit germanique, à la fois savant et populaire, qui nous est plutôt étranger en France. Au plaisir de la découverte, s’ajoute celui d’une interprétation au-delà de toute espérance sous la direction précise et extrêmement présente de . C’est même de la dentelle d’une finesse incroyable où aucun fil ne dépasse avec des voix superbes et une fantastique osmose vocale. Le récital est naturellement ponctué par des extraits du Ring Wagnérien, dont les fameux appels des filles du Rhin et une impressionnante transcription de la marche funèbre du Crépuscule des dieux, pour quatre cors par Vincent Manac’h.

À voir les regards et les sourires complices échangés entre les chanteuses et avec le chef, ainsi que l’attitude gratifiante de celui, on comprend qu’il y a un grand bonheur partagé à chanter à Pygmalion.

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