La première Société de concerts symphoniques à Montpellier

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Sabine Teulon-Lardic: Inventer le concert public à Montpellier: la Société des concerts symphoniques (1890-1903). Editions Symétrie, collection Symétrie-Recherche, série Histoire du concert. Code barre 9 782914373999; 391p.

 

isbn_978-2-914373-99-9Inventer le concert public à Montpellier : une étude foisonnante de  la musicologue montpelliéraine Sabine Teulon-Lardic.

A l’image des associations de concerts (Pasdeloup, Colonne, Lamoureux…) qui gravitent à Paris autour de la Société nationale de musique (1871), oeuvrant pour la défense et la propagation des concerts publics, la ville de Montpellier se dote d’une Société des concerts symphoniques en 1890.

Le Grand-Théâtre (actuel Opéra-Comédie) de Cassien-Bernard, qui vient d’être construit (1888) et qui possède déjà son orchestre de fosse et sa troupe, l’accueille en son sein. La Société des concerts symphoniques de Montpellier (SCSM) est née, emmenée par le très actif Armand Granier puis les six autres chefs qui vont se succéder durant 12 saisons et quelque 82 concerts. Ils constituent le terrain de recherche, resté vierge, qu’explore avec autant de bonheur que de minutie la musicologue montpelliéraine Sabine Teulon-Lardic.

Si l’auteure procède à un recensement exhaustif de chaque saison de concerts, détaillant, tableaux à l’appui, calendriers, programmes, solistes et chefs invités, elle ancre son propos dans le contexte socio-politique de l’époque. La création de la SCSM est envisagée dans l’élan républicain qui anime la société bourgeoise de la fin du XIXème siècle. Montpellier vient d’ailleurs de célébrer le 6ème centenaire de son Université (XIIIème siècle) en présence du président de la République Sadi Carnot. L’étude du fonctionnement de la SCSM, de sa fréquentation et de l’écho qu’en fait la presse (La Vie montpelliéraine, Le Petit Méridional, La Lorgnette…) éclaire d’autant cette volonté d’ouverture et de démocratisation de l’action culturelle menée par les notables de la ville. La SCSM s’engage, dans une action publique républicaine, à « répandre de son mieux les oeuvres des grands Maitres ». Camille Saint-Saens, Jules Massenet, sont en tête de liste, mais aussi l’école allemande, de Haydn, Beethoven, Mendelssohn, à Wagner qui enflamme toujours autant les esprits. Une étude statistique des oeuvres interprétées durant ces 12 saisons, mise en regard avec d’autres sociétés de concert, d’Angers et de Lille notamment, pointe des spécificités montpelliéraines: le peu de goût pour les concertos, très étonnamment, même si des célébrités nationales comme le pianiste ou le tout jeune figurent à l’affiche, et la présence majoritaire de compositeurs vivants (50 sur 99) bien qu’aucune création nationale ne soit mentionnée dans les archives.

Un feuillet iconographique des plus précieux au centre de l’ouvrage fait figurer plusieurs programmes de concert trahissant le goût immodéré du public de l’époque pour la musique à programme (Le rouet d’Omphale de Saint-Saens, Scènes alsaciennes de Massenet…) et l’ambition de la programmation (6 pièces dans la même soirée en 1893 et la présence d’un entracte qui s’institutionnalise progressivement).

Le livre est admirablement écrit, d’une rigueur musicologique exemplaire, foisonnant de ressources et d’autant de questionnements d’une brûlante actualité (l’échec de la SCSM en 1903 notamment) qui en passionneront plus d’un. Il a reçu le Prix des Muses 2015.

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