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Un Requiem de Brahms « baroque » ?

À emporter, CD, Musique symphonique

Johannes Brahms (1833-1897) : Ein deutsches Requiem, opus 45 (1865-68). Avec : Lore Binon, soprano ; Tassis Christoyannis, baryton. Chœur de la radio flamande. Brussels Philharmonic, direction : Hervé Niquet. 1 CD. Evil Penguin Records Classic. EPRC 0019. Code-barre : 608917 720525. Enregistré à Bruxelles du 16 au 20 mars 2015. Notice de présentation trilingue (anglais, français et flamand). Durée : 51’03’’.

 

NiquetOn attendait depuis longtemps un Requiem de Brahms dépouillé de son sentimentalisme et de son emphase postromantique. est visiblement l’homme de la situation.

Connu pour son investissement dans la musique baroque, n’en néglige pas pour autant le grand répertoire français du dix-neuvième siècle, comme l’attestent ses récents enregistrements de pages de Catel, Fauré, Gounod, David, Saint-Saëns, Dubois, Debussy, Hérold…

C’est aujourd’hui dans une œuvre phare de la musique religieuse allemande que se distingue cet inlassable explorateur. D’emblée, ce Requiem allemand frappe par sa douceur et sa simplicité, à mille lieues du discours souvent lourd et empesé qui marque certaines des grandes versions du passé. C’est visiblement à l’aune de la grille de lecture proposée par la fréquentation des compositeurs des siècles précédents que Niquet met en avant le symbolisme et la rhétorique, plutôt que l’emphase et le sentimentalisme. En résulte une version aux tempi parfois déroutants – près de dix-huit minutes de moins que la version Sawallisch de 1984, pour une œuvre dont la durée moyenne avoisine généralement une heure –, mais qui donne corps et sens aux sept mouvements qui la composent. Ces derniers se voient surtout investis d’une vraie théâtralité, dont bénéficient tout particulièrement les nombreux passages fugués remarquablement interprétés par le , en grande forme pour cet enregistrement. Nourrie par le drame de la mort, l’émotion n’en est que davantage renforcée. Aux côtés de la soprano  à la voix propre mais encore un peu blanche – une voix « baroque », diraient certains, en tout cas moins « maternelle » que d’habitude –, le baryton se distingue et prend l’avantage au cours de ses deux interventions.

Une version « décoiffante », donc, qui bouscule la tradition, et qui redonne un parfum de jeunesse à une œuvre dont on découvre autant l’éminent pouvoir théâtral que la savante architecture rhétorique.

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