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Vanhal et Pleyel : académisme classique européen

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Johann Baptist Vanhal (1739-1813) : Symphonie en sol majeur Bryan G8. Ignaz Pleyel (1757-1831) : Symphonie en fa majeur Ben. 136 ; Concerto pour violon en ré majeur Ben. 103. Sebastian Bohren, violon ; Orchestra di Padova e del Veneto, direction : Luca Bizzozero. 1 CD Sony Classical. Référence : 88843040932. Enregistré en décembre 2014. Durée : 67’34 »

 

pleyel vanhalPlusieurs milliers d’œuvres de l’époque préclassique et classique (entre 1750 et 1800) nous sont parvenues. Mozart, Haydn, Boccherini ou les fils Bach ne sont que quelques auteurs parmi les plus célébrés. Il est donc intéressant de se pencher sur la production de maîtres moins connus grâce à ce disque qui associe Vanhal et Pleyel.

Johann , d’origine bohémienne, mais actif dès 1762 à Vienne, figure au nombre des grands précurseurs viennois du genre de la symphonie : on conserve plus de 100 symphonies de sa plume, quasi toujours en trois mouvements sans menuet, selon le schéma vif-lent-vif. La huitième, cataloguée en sol majeur par Paul Bryan, enregistrée ici, surprend à la fois par sa science des contrastes (elle commence et se termine piano), et synthétise les premiers acquis du genre : contrastes dynamiques importants très « Sturm und drang » et crescendi d’orchestre « alla Mannheim ». Certes, les thèmes en sont réduits à de cours motifs incisifs, mais traités avec logique, raffinement et imagination au cours des développements. Vanhal était à l’époque une vraie « vedette » de la composition viennoise, considéré localement comme l’égal du jeune Haydn. L’œuvre bénéficie d’une interprétation assez onctueuse de l’orchestre de chambre de Padoue et de Vénétie, dans la lignée des orchestres de chambre actifs il y a trente ou quarante ans : c’est commode et moelleux, là où on souhaiterait davantage de nerf, de contrastes et de « piqué » dans l’articulation. Sur instruments modernes, Matthias Bamert et les London Mozart Players - dans une série consacrée aux contemporains de Mozart (Chandos) - ont mieux retenu les leçons des baroqueux, dont le est le modèle du genre en ce répertoire : on rappelle l’existence d’un CD de quatre symphonies qui s’affirme comme la meilleure porte d’entrée pour connaître Van Hal (Teldec –Warner -Das Alte Werk).

, viennois lui aussi, mais contemporain de Mozart, est resté célèbre pour la seconde partie de sa carrière : celle d’un homme d’affaires, éditeur et facteur de piano, établi à Paris à partir de 1795, et ayant adopté la nationalité française.
Il fut à la fois élève de Vanhal - dont il hérite la formulation thématique par petites cellules motoriques - et de , ce dont témoigne la bonhomie irrésistible du finale de la Symphonie en fa majeur Benton. 136, enregistrée ici, non en première mondiale, comme l’affirme la pochette – puisque la société internationale «  » de Ruppertsthal, ville natale du compositeur, en a publié une version live captée en 2007. Cette œuvre, composée durant les années strasbourgeoises du maître et contemporaine des  six « Parisiennes » de Papa , ou des dernières symphonies de Mozart, pêche par naïveté et parfois par un cruel manque d’inspiration, même si elle exploite habilement toutes les ressources de l’orchestre classique, et rend ainsi autonome la petite harmonie, où le premier hautbois (ici excellent) se taille la part du lion. Mais tout ce discours au sein d’une forme considérablement élargie est handicapé par une thématique assez schématique, pauvre dans ses développements, des enchaînements harmoniques sans imagination, l’absence de réels contrastes, ou encore des transitions et conclusions peu adroites ou peu raffinées. De surcroît, l’interprétation, d’une indifférence routinière et handicapée par des sonorités de cordes parfois peu flatteuses, ne sauve pas l’œuvre. On déplore l’absence de tout  humour dans le finale, irrésistible par son flux et son tempo plus allant.

Mais que dire alors de l’ambitieux  mais longuet (35 minutes !) Concerto pour violon Benton. 103 (de 1786), dont c’est au moins le quatrième enregistrement ? La virtuosité du soliste tourne parfois à vide dans des schémas formels et des traits virtuoses sans un atome d’originalité. L’œuvre est juste sauvée par le beau lyrisme de l' »Adagio cantabile » médian ; elle est ici de surcroît franchement desservie par le jeune violoniste suisse , dépassé par les évènements : vilaines sonorités aigres tirées du Stradivarius King George -un exploit-, justesse approximative dans l’aigu, coups d’archets mollassons, traits prudents, tempos déjà lents et non tenus, le tout ponctué d’une cadence personnelle pour le premier mouvement assez ridicule. Il est de plus bien mal secondé par un chef ici vraiment pataud et par un orchestre lourd et opaque. Ce concerto sombre ici vite dans un mortel ennui, loin de la brillante éloquence et de la vivacité  de Vilmos Szabayi, bien secondé par l’orchestre de chambre Erdödy de Zsolt Szefcik (Hungaroton), qui pulvérise ainsi l’académisme latent de l’œuvre.

Un disque à classer à Vanhal, à la rigueur pour les collectionneurs archivistes. Le reste est hélas dispensable.

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Johann Baptist Vanhal (1739-1813) : Symphonie en sol majeur Bryan G8. Ignaz Pleyel (1757-1831) : Symphonie en fa majeur Ben. 136 ; Concerto pour violon en ré majeur Ben. 103. Sebastian Bohren, violon ; Orchestra di Padova e del Veneto, direction : Luca Bizzozero. 1 CD Sony Classical. Référence : 88843040932. Enregistré en décembre 2014. Durée : 67’34 »

 
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