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Paris, Philharmonie II, 18-X-2015.
– 15 heures, Salle des concerts. « Chagall, la couleur des sons ». Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives op. 22 ; « Montaigus et Capulets », extrait de Roméo et Juliette op. 75 ; Alexandre Scriabine (1972-1915) : Deux danses op. 73 ; Cinq Préludes op. 74 ; Sonate n° 10 op. 70 ; Vers la flamme op. 72. « Chagall, la couleur des sons », film de Mikhail Rudy. Christophe Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, extraits, transcription pour piano de Sgambati ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en ré mineur K.397 ; Franz Liszt (1811-1886) / Richard Wagner (1813-1883) : Mort d’Isolde ; Claude Debussy (1862-1918) : Études pour les quartes et pour les huit doigts ; Maurice Ravel (1875-1937) : la Valse, version originale du compositeur. Mikhaïl Rudy, piano et réalisation.
– 17 heures 30, Amphithéâtre. « Aleko ». Aaron Copland (1900-1990) : Trio avec piano « Vitebsk » ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Trio en la mineur « à la mémoire d’un grand artiste », avec les images d’archives d’Aleko, ballet avec décors et costumes de Marc Chagall. Trio Chausson : Léonard Schreiber, violon ; Antoine Landowski, violoncelle ; Boris de Larochelambert, piano.

Rudy Piano Face 2005 MartheUne semaine à peine après l’ouverture de l’exposition Marc Chagall, le triomphe de la musique, qui ne cesse d’attirer de nombreux amateurs d’art et de musique, la Philharmonie a proposé un week-end Chagall, avec deux concerts contenant chacun une projection de film. Deux « créations » expérimentales pleinement réussies.

Le pianiste d’origine russe , grand amateur d’art, et l’un des commissaires de l’exposition Chagall, a déjà tenté l’expérience de projection-concert – qui a une autre nature qu’un ciné-concert – avec les Tableaux d’une exposition de Moussorgsky. Cette fois, le film est de sa propre création, avec la collaboration de Mathild Germi pour les animations. Il s’agit de « mise en musique » de motifs peints par Chagall sur le plafond de l’Opéra national de Paris. Le pianiste a choisi, parmi les compositeurs présents sur la fresque, Gluck, Mozart, Wagner, Debussy et Ravel. A travers des images d’esquisses et d’études pour la réalisation du plafond, les habitants de la toile s’animent : les anges s’envolent, les musiciens jouent de leurs instruments, les danseuses sautillent et les amants se serrent l’un contre l’autre. Le concert commence par la mélodie lancinante d’Orphée et Eurydice de Gluck, suivie de la Fantaisie en ré mineur de Mozart. Pour , « en quelque sorte, toute la peinture de Chagall est mozartienne ».

Puis, Tristan et Isolde imaginé par Chagall est accompagné de la « Mort d’Isolde », l’intensité de leur amour et de la musique étant exprimée par l’explosion de couleurs : soleil rouge, différentes teintes de jaune éblouissantes, le bleu se transformant en vert intense « pour évoquer l’amour cosmique »… Certains dessins et esquisses en noir et blanc sont explorés en animation sous forme de cercle, une manière de « voir le plafond comme une variation sur le thème du cercle ». En effet, avec des Études de Debussy et la Valse de Ravel, le pianiste-réalisateur insiste sur les tourbillons de formes et de couleurs, de plus en plus denses et rythmés, pour aboutir à la fin à l’œuvre finale du Temple de l’Opéra que nous connaissons. Le film est d’une très grande beauté : il ne s’agit pas de la qualité d’images ni de la perfection musicale (pour synchroniser la musique à l’image, le pianiste doit parfois ajuster les tempos et le timing) mais de la transmission, à notre sens, de l’âme même du peintre, de sa vision de beauté. En complément, Mikhaïl Rudy offre une sélection d’œuvres par deux compositeurs contemporains de Chagall : Scriabine et Prokofiev, écrites au moment où Chagall se trouvait en Russie.

Le concert suivant est tout aussi exceptionnel. Au cours de la préparation de l’exposition, on a retrouvé un film d’archive du ballet Aleko, chorégraphié par Léonide Massine (inspiré par Les Tziganes de Pouchkine), dansé sur le Trio « à la mémoire d’un grand artiste » de Tchaïkovski. Les décors et costumes ont été commandés à Chagall en 1942 par le New York Ballet. Comme il s’agit d’images d’archives, et compte tenu de la technique de l’époque, les images sont floues, filmées avec quelques points de vue fixes, et s’entrecoupent de temps à autre par du noir de quelques secondes. On peut toutefois noter la présence de Jérôme Robbins parmi les danseurs et cela ajoute une plus-value considérable à ce document, puisqu’il a été filmé en 1942 à Mexico.

Les musiciens du se prêtent avec succès à cet exercice difficile, avec une belle application et une théâtralité adéquate. La première partie du concert a été consacrée à Vitebsk de Copland, dont le titre se réfère au village natal de Chagall. L’œuvre contient des moments de dissonances qui renvoient irrésistiblement à des figures grotesques peintes par Chagall. En bis, les Danses roumaines de Bartók, en transcription pour piano-violon, piano-violoncelle et en trio avec piano.

crédits photographiques : Mikhaïl Rudy © Marthe

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Paris, Philharmonie II, 18-X-2015.
– 15 heures, Salle des concerts. « Chagall, la couleur des sons ». Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Visions fugitives op. 22 ; « Montaigus et Capulets », extrait de Roméo et Juliette op. 75 ; Alexandre Scriabine (1972-1915) : Deux danses op. 73 ; Cinq Préludes op. 74 ; Sonate n° 10 op. 70 ; Vers la flamme op. 72. « Chagall, la couleur des sons », film de Mikhail Rudy. Christophe Willibald Gluck (1714-1787) : Orphée et Eurydice, extraits, transcription pour piano de Sgambati ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Fantaisie en ré mineur K.397 ; Franz Liszt (1811-1886) / Richard Wagner (1813-1883) : Mort d’Isolde ; Claude Debussy (1862-1918) : Études pour les quartes et pour les huit doigts ; Maurice Ravel (1875-1937) : la Valse, version originale du compositeur. Mikhaïl Rudy, piano et réalisation.
– 17 heures 30, Amphithéâtre. « Aleko ». Aaron Copland (1900-1990) : Trio avec piano « Vitebsk » ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Trio en la mineur « à la mémoire d’un grand artiste », avec les images d’archives d’Aleko, ballet avec décors et costumes de Marc Chagall. Trio Chausson : Léonard Schreiber, violon ; Antoine Landowski, violoncelle ; Boris de Larochelambert, piano.

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