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Jean-Philippe Lafont chante dans la guerre de 14

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Paris. Grand salon des Invalides. 9-XI-2015. Chanter dans la guerre : chansons, mélodies et airs d’opéra de Fernand Halphen (1872-1917), René Mercier (18..-1973), Vincent Scotto (1874-1952), Jean Renoir (1894-1979) et Edgar Willems (1890-1978), Charles Guindani (18..-1973), Louis Bousquet (1870-1941), Camille Robert (1872-1957), André Caplet (1878-1934), Franz Schreker (1878-1934), Charles Borel-Clerc (1879-1959)…. Jean-Philippe Lafont, baryton ; Tristan Raës, piano.

jean-philippe-lafont signe aux Invalides un récital touchant et drôle, fait de gouaille et de drame, en hommage aux hommes et femmes qui ont fait la guerre de 1914.

C’est dans le faste guerrier du Grand Salon des Invalides, recouvert de tentures rouges brodées, orné d’éléments d’armures et d’armes médiévales, sous le grand portrait de Louis XIV en tenue de sacre – le roi qui avait trop aimé la guerre – que donnait son récital en hommage aux pioupious et aux poilus, aux infirmières et aux cantinières. Pas ceux qui chantaient la guerre à l’État-Major, mais ceux qui chantaient « dans » la guerre, malgré elle, à cause d’elle, à propos d’elle.

Le programme était remarquablement composé dramatiquement, construisant une arche de la joie initiale du départ à la guerre et de la désillusion qui s’ensuivit rapidement (Les tranchées de Fernand Halphen) jusqu’aux chants célébrants la victoire et rendant hommage à ses vrais héros, le modeste poilu et la cantinière (Qui a gagné la guerre ? et La madelon de la victoire de Charles Borel-Clerc). Entre les deux, on alternait entre bravade militaire (Verdun, on ne passe pas de René Mercier), rire amer pour la misère sexuelle du soldat privé de femmes (Le cri du poilu du célèbre Vincent Scotto), mélodrame (Là-haut sur la butte de Charles Guindani, qui semble annoncer par son caractère réaliste et poignant les Roses Blanches de Charles-Louis Pothier et Léon Raiter en 1925) sans oublier le tube absolu de l’époque Quand Madelon… de Camille Robert. Ce que chantent les flots de la Marne permettait de découvrir un Jean Renoir parolier, dans une chanson aux atmosphères de guinguette, où la rivière des bals et du petit vin blanc se met à charrier le sang versé des soldats.

Dans un ensemble principalement dévolu à la chanson, la magnifique mélodie Détresse d’ apportait un moment en suspension, et faisait rayonner la puissance évocatrice de la « grande » musique à côté de l’efficacité directe des chansons populaires. L’insertion d’airs des compositeurs anglais Ernest John Moeran et permettait d’ouvrir le récital à sa dimension européenne, évitant ainsi d’élargir les perspectives au-delà de la cocarde.

Défendre ce répertoire populaire n’a rien d’évident, car il faut l’animer avec truculence et bonhommie, retrouver la flamme patriotique sans naïveté ni agressivité, être dramatique et émouvant sans tomber dans la sinistrose. Jean-Philippe Lafont en maître de l’art lyrique livre toute l’étendue de son sens de l’incarnation, et trouve l’expression juste à chaque fois. Un enregistrement est prévu dans le cadre de la vaste collection initiée chez Hortus « Les Musiciens et la Grande Guerre », mais on ne saurait trop conseiller d’en réaliser une captation vidéo, tant son jeu scénique nous paraît inséparable de son interprétation vocale.

Jean-Philippe Lafont, généreux pour les petites gens de la grande guerre, l’était aussi pour son accompagnateur , ayant soin de le mettre en avant lors des applaudissements. À juste titre, car le pianiste qui compose un duo avec le ténor Cyrille Dubois (ils viennent de sortir un disque de mélodies chez Hortus dans la même collection) maîtrise l’art de l’accompagnement. Son interprétation soliste de Vers la flamme d’Alexandre Scriabine, précédant à bon escient Détresse de Caplet permettait de prendre la mesure de sa profonde sensibilité.

Crédit photographique :  (c) Site officiel de Jean-Philippe Lafont

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Paris. Grand salon des Invalides. 9-XI-2015. Chanter dans la guerre : chansons, mélodies et airs d’opéra de Fernand Halphen (1872-1917), René Mercier (18..-1973), Vincent Scotto (1874-1952), Jean Renoir (1894-1979) et Edgar Willems (1890-1978), Charles Guindani (18..-1973), Louis Bousquet (1870-1941), Camille Robert (1872-1957), André Caplet (1878-1934), Franz Schreker (1878-1934), Charles Borel-Clerc (1879-1959)…. Jean-Philippe Lafont, baryton ; Tristan Raës, piano.

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