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À Luxembourg, Bartoli sans Villazón

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 22-XII-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Exultate jubilate KV 165 ; ouverture de Cosi fan tutte KV588 ; « Chi sà, chi sà, qual sia » KV 582 ; « Parto, parto » extrait de La clemenza di Tito. Vincenzo Bellini (1801-1835) : concerto per oboe e orchestra en mi bémol majeur. Gioachino Rossini (1792-1868) : ouverture et air « Nacqui all’affanno … Non piu mesta », extrait de de La Cenerentola ; ouverture de La scala di seta ; « Assisa a piè d’un salice … Deh calma, o Ciel nel sonno », extrait de Otello ; ouverture de Il signor Bruschino ; La Danza (tarantella). Avec Cecilia Bartoli, mezzo-soprano ; Pier Luigi Fabretti, hautbois. Orchestre La Scintilla de Zurich, direction/premier violon : Ada Pesch.

Cecilia_Bartoli-photo_Sébastien_GrébilleSuite à la défection de Rolando Villazón, assure à elle seule le programme de la soirée. Une fois encore, une démonstration de talent, de générosité et de professionnalisme.

On attendait un peu le mariage de la carpe et du lapin. Celui de la grande mezzo du baroque et du chant rossinien avec la grande star mexicaine qui, il y a peu, chantait encore Verdi et Puccini sur toutes les scènes internationales. Le programme officiel aurait dû faire entendre des duos de L’élixir d’amour et de l’Otello de Rossini, répertoire dans lequel une rencontre était effectivement envisageable. Las, cette dernière n’eut pas lieu, Villazón ayant déclaré forfait le matin même du concert. C’est donc seule, en grande professionnelle, que Bartoli a dû assumer la totalité du concert.

Le nouveau programme, essentiellement consacré à Mozart et à Rossini, aurait pu paraître routinier. Mais ce terme ne semble pas faire partie du vocabulaire de la Bartoli. Même à une page aussi connue que l’Exultate jubilate, prise à un tempo à la lenteur inconfortable, la grande mezzo parvient à redonner tout son sens grâce à son art de détailler chaque mot du texte. Un rien mise à mal, en début de soirée, par les changements de registre, elle en profite pour lisser et pour chauffer sa voix. La séquence suivante, constituée de l’air de concert « Chi sà, chi sà » et du « Parto » de La Clémence, permet à la cantatrice italienne d’alterner les émotions les plus extrêmes : charme, mutinerie et délicatesse pour le premier, tragique assumé pour le deuxième, véritable moment d’anthologie où la virtuosité vocale n’aura jamais autant servi à souligner les affres de l’amour et de la trahison. Assurée de son triomphe, Bartoli se lance dans un de ses succès planétaires, le rondo final de La Cenerentola dont elle sait mieux que personne exprimer cet indicible mélange de pathétique et de buffo. Extase générale !

La deuxième partie, essentiellement consacrée à Rossini, se joue sur le registre de l’intimité. La grande scène de Desdémone, encadrée par deux ouvertures rossiniennes, aura été un autre clou de la soirée, grand moment d’émotion et d’intériorité culminant avec l’angoisse devant l’imminence de la mort. Avec une « Danza » endiablée, au cours de laquelle Bartoli s’accompagne elle-même de son tambourin, la vie reprend tous ses droits. Les bis, visiblement choisis en prévision de la collaboration avec le ténor mexicain, nous montrent Bartoli à côté de ses terrains de chasse habituels. Le « Non ti scordar di me » d’Ernesto di Curtis, page célébrée par les Tebaldi, Pavarotti, Domingo et autres, n’en est pas moins chanté avec élégance, sobriété et conviction. Plus délirant, le « brindisi » de La Traviata où la Bartoli, coupe de champagne à la main et bonnet de Père Noël sur la tête, en est réduite, privée de son ténor, à faire chanter la salle…

Soirée d’émotion, donc, toute en contrastes, à laquelle l’apport de l’ensemble de Zurich La Scintilla, mené par sa chef , aura largement contribué par sa rigueur, sa précision et son sens des nuances, mais aussi par son humour et son professionnalisme.

Crédit photographique : © Sébastien Grébille

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