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A Genève, La Traviata pour tous ?

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 10-I-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas. Mise en scène : Madeline Alexander. Décors et costumes : Equipe technique Operami. Lumières : Dan Boyle. Chorégraphie : Marie-Noëlle Duchêne. Avec Marion Décorvet, Violetta Valéry ; José Pazos, Alfredo Germont ; Sacha Michon, Giorgio Germont ; Marianne Dellacasagrande, Floria Bervoix; Larissa Rosanoff, Annina ; Seong-Ho Han, Dr. Grenvil ; Frédéric Caussy, Gastone, Giuseppe ; Marcos Garcia Gutierrez, Barone Douphol ; Rodrigo Garcia, Marchese d’Obigny ; Dominique Blanc, un commissaire, un domestique. Danseurs du Petit Conservatoire de Danse de Gaillard. Chœur Operami et Chœur de Chambre de l’Université de Genève (direction : Madeline Alexander). Orchestre de Chambre de Versoix. Direction musicale : Sébastien Brugière.

Y4Malgré des limites interprétatives, l’association offre une production des plus honnêtes de La Traviata de .

Dans sa présentation, l’association clame « pour que l’opéra soit accessible à tous ». Si, à notre avis, l’opéra est accessible à tous ceux qui le désirent, il faut bien reconnaître que ce spectacle reste souvent un luxe pour beaucoup. Peut-être que le message d’ se veut alors dirigé vers ces nombreux amateurs de chant (et autre musiciens amateurs) à qui les portes d’un opéra restent fermées malgré leurs dons, leur talent et les coquettes sommes investies dans l’apprentissage de la voix ou d’un instrument. Pour ceux-là, une association comme celle-ci est une aubaine. présente chaque année deux ou trois opéras avec un chœur formé à l’association, un orchestre de musiciens amateurs entourés de quelques professionnels et de solistes déjà aguerris.

Les productions d’Operami s’appuient sur quelques professionnels pour les rôles chantés et une armée de bénévoles pour le chœur (bien en place quoique manquant parfois de nuances), pour les costumes et les décors. Alors, quand on se met en tête de présenter La Traviata de , le critique se demande s’il est judicieux d’assister à un spectacle qui mélange amateurs et professionnels. Quelques premières impressions semblent confirmer ses craintes. L’ouverture est jouée avec un pianissimo faisant penser à de la timidité musicale. Puis le rideau se lève sur une exposition de robes à traîne rose bonbon, de diadèmes plus pétillants que brillants pas très en phase avec le faste bourgeois du salon de Violetta.

A18A2591Restant au plus près du livret, au milieu de ces décors minimalistes, de ces costumes pas toujours commodes (cette cape de Violetta dont elle n’arrive que péniblement à enfiler les manches), raconte bien l’intrigue.

A première vue, l’imposante stature de Violetta dérange. Ses premières notes la montrent dans une retenue probablement due à l’angoisse de la première. Heureusement, petit à petit, la soprano (Violetta) retrouve un chant plus décontracté. Dans l’ensemble de sa prestation, on peut reconnaître qu’elle s’en sort avec honneur même si elle manque manifestement d’investissement artistique, de qualités théâtrales et d’authenticité dramatique. Sa Violetta se lamente « à la Monteverdi » alors qu’on l’attend dans une réelle dramatisation. Peut-être qu’un chant plus contrasté l’aurait rendue plus crédible parce qu’avec sa diction laissant à désirer, on peine à croire au personnage. Ainsi, comme souvent avec les chanteurs en début de carrière, la recherche de la qualité du chant se fait souvent au détriment de l’investissement théâtral.

A ses côtés, le ténor (Alfredo Germont) après un début quelque peu tendu, lui faisant chanter ses passages de la voix de tête à la voix de poitrine avec une tendance à des sonorités nasales, va bientôt prendre ses marques et offrir un personnage tout à fait crédible.

Quant à lui, le baryton (Giorgio Germont) possède un bel instrument vocal. Il s’en sert avec talent même si parfois, il fait preuve d’un certain manque de musicalité en couvrant ses collègues avec sa puissance. Il faut cependant lui rendre crédit au fait qu’après son « Di Provenza al mar », un air réputé extrêmement difficile, il lui reste suffisamment de voix pour offrir la cabaletta de cet air. Un passage presque jamais chanté pourtant indispensable à la compréhension de l’intrigue.

Parmi les autres rôles, on remarque la mezzo soprano (Floria Bervoix) dont la voix, la diction, le timbre et la musicalité est apparue comme l’interprète la mieux préparée au chant verdien, voire au chant lyrique.

Dans la fosse, le chef conduit avec bravoure les forces musicales de l’Orchestre de Chambre de Versoix dont il a la direction.

Même avec l’application notoire de chacun, et le soin apporté au chant, le manque d’investissement théâtral freine l’expression d’une réelle émotion. C’est certainement ce qui fait la différence entre le louable travail de cette troupe et les grandes scènes (pas toujours, il est vrai). Ou alors peut-être que La Traviata n’est pas pour tous !

Crédit photographique : © Jürgen Rupp

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices (BFM). 10-I-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après La Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas. Mise en scène : Madeline Alexander. Décors et costumes : Equipe technique Operami. Lumières : Dan Boyle. Chorégraphie : Marie-Noëlle Duchêne. Avec Marion Décorvet, Violetta Valéry ; José Pazos, Alfredo Germont ; Sacha Michon, Giorgio Germont ; Marianne Dellacasagrande, Floria Bervoix; Larissa Rosanoff, Annina ; Seong-Ho Han, Dr. Grenvil ; Frédéric Caussy, Gastone, Giuseppe ; Marcos Garcia Gutierrez, Barone Douphol ; Rodrigo Garcia, Marchese d’Obigny ; Dominique Blanc, un commissaire, un domestique. Danseurs du Petit Conservatoire de Danse de Gaillard. Chœur Operami et Chœur de Chambre de l’Université de Genève (direction : Madeline Alexander). Orchestre de Chambre de Versoix. Direction musicale : Sébastien Brugière.

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