Le Quatuor Hagen en méditation

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Dijon, Auditorium. 26-I-2016. Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Quatuor à cordes n° 15 en mi bémol mineur op. 144. Franz Schubert (1797-1828), Quatuor n° 15 en sol majeur D 887. Quatuor Hagen : Lukas Hagen et Rainer Schmidt, violon ; Veronika Hagen, alto ; Clemens Hagen, violoncelle.

hagen_q-haraldhoffmann3Deux œuvres composées tardivement donnent forcément le sentiment d’être des sortes de testaments. Et c’est bien avec cette approche mentale que l’on reçoit l’interprétation du : elle est loin de nous décevoir.

Les musiciens nous livrent l’âme fatiguée et désabusée de Chostakovitch d’une façon poignante, et il nous laisse entrevoir l’incessant ballet de celle de Schubert, entre désespérance et rares bonheurs, mais quasi célestes.

Ce programme austère séduit le public parce que le semble énoncer avec simplicité des évidences malgré le propos et malgré la difficulté technique et expressive de ces deux œuvres. Elles offrent d’ailleurs un aperçu assez complet des possibilités de ces interprètes : l’écriture du quinzième quatuor de Chostakovitch laisse la part belle à chaque pupitre individuellement, tandis que celle du quatuor de Schubert permet plutôt d’apprécier l’ensemble.

On a ainsi, dans celui du compositeur russe, l’émotion qui vous étreint dès les premières notes du second violon dans l’Élégie initiale ; cette mélodie de quatre notes, qui parcourt l’œuvre entière, tourne autour de ce mi qui sonne comme un glas dans une impression permanente. La fugue est énoncée avec dépouillement par les quatre musiciens sans vibrato ou presque, et avec une sonorité un peu granuleuse qui laisse la chair de poule. Six mouvements lents ne sont pas de trop pour le Quatuor Hagen, afin de nous faire faire le tour des réflexions sur la mort : réflexions oppressantes et lasses surtout, mais parfois avec des cris de révolte comme dans le début des mouvements 2 et 3. Les rythmes pointés, les lambeaux de la mélodie conductrice expriment, avec ces archets maîtrisés, l’ultime révolte et l’ultime acceptation de la mort dans l’Épilogue.

L’interprétation du dernier quatuor de Schubert n’est pas moins remarquable. Dans cette œuvre très développée, ces interprètes savent nous faire voyager à travers les modulations surprenantes de ce compositeur, et ainsi nous faire goûter aux éclairages différents qui teintent les thèmes. Là, le violoncelle chante avec lyrisme, comme dans le premier thème du mouvement initial ; ici, comme dans le scherzo, les trémolos de l’ensemble figurent des elfes diaboliques…

Quelques trop rares passages sont dévolus au second violon et à l’alto, mais entre le premier violon et le violoncelle s’établit souvent un dialogue : on retiendra le lumineux duo du centre du scherzo : une pure beauté !

Crédit photographique : © Harald Hoffmann

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