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La finta Giardiniera dans un musée berlinois

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Bode-Museum. 24-II-2016. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Die falsche Gärtnerin. Mise en scène/direction musicale : Christoph Hagel. Assistance mise en scène : Mechthild Hoersch. Prologue/installation vidéo : Tina Zimmermann. Chorégraphie : Marek Rozycki. Boze Juric Pesic, Don Anchise ; Jelena Bankovic, Violante/Sandrina ; Yury Rostotsky, Belfiore ; Christina Roterberg, Arminda ; Marianne Schechtel, Cavaliere Ramiro ; Silvia Lacchia, Serpetta ; Denis Milo, Roberto/Nardo ; Elias “Elastisch” Liermann, Antonio ; élèves de la Staatliche Ballettschule Berlin. Berliner Symphoniker, direction : Christoph Hagel.

Christoph Hagel

aime entreprendre des projets inédits où la mise en scène joue un rôle tout particulier.

En revisitant l’un des opéras les plus méconnus de Wolfgang Amadeus Mozart, La finta Giardiniera (Die falsche Gärtnerin en allemand et La fausse Jardinière en français), le chef d’orchestre berlinois, accompagné par le , nous plonge au cœur d’une œuvre de jeunesse (Mozart n’était âgé que de 18 ans lors de sa composition en 1775). Si cette œuvre n’a naturellement pas la maturité de partitions phares telles que Les Noces de Figaro ou La Flûte enchantée, cet opera buffa dégage un épanouissement mélodique étonnant, truffé de petits bijoux vocaux.

Impossible d’évoquer l’œuvre présentée en première ce 24 février sans mentionner avant tout son relookeur. fait partie de ces artistes foisonnants qui surprennent par leurs choix et leurs positions. Il a à cœur d’explorer l’interaction entre les arts, la diversité des scènes et la place que les artistes et le public occupent dans l’espace, comme en témoignent ses nombreuses créations : Don Giovanni de Mozart au E-Werk (ancien poste électrique datant du début du XXe siècle), Apollo und Hyazinth de Mozart dans le cadre de la réouverture du Bode-Museum, avec le danseur brésilien Ismael Ivo, Die Zauberflöte in der U-Bahn dans la station de métro Bundestag, Die Schöpfung de Haydn et Johannespassion et Weihnachtsoratoritum de Bach au Berliner Dom, Figaros Hochzeit de Mozart à nouveau au Bode-Museum, Flying Bach à la Neue Nationalgalerie (spectacle de break dance et de danse néo-classique sur une musique pour clavier de Bach !) etc.

 Christina Rotherberg Arminda) et Yury Rostotsky (Belfiore)

La soirée débute par un accueil dans le hall d’entrée du Bode-Museum, où trône la statue équestre de Frédéric III de Prusse. Le prologue lumineux, signé , qui consiste à éclairer deux imposantes statues pour qu’elles se transforment en une pergola de fleurs et plantes grimpantes, ne restera pas dans les annales. Puis, nous prenons place dans la Kuppelhalle, à l’acoustique étonnante. Une scène dénivelée, aux allures de parcours de golf, a été montée en plein milieu, permettant des entrées et des sorties des deux côtés de la salle. Un arbre au feuillage néon ombrage la pelouse synthétique.

 

L’artisan majeur de cette réadaptation réussie est sans nul doute le chef d’orchestre, Christoph Hagel, qui fait sortir, entrer, sourire, pleurer, pétrifier, virevolter ses artistes. La fâcheuse coupure d’électricité à l’acte II prouve combien l’ensemble, sous sa baguette, répond à une cohésion d’attaques et à une précision rythmique pointilleuses ! La partition convient parfaitement à de jeunes chanteur/ses : caractère candide des personnages, sagesse des acrobaties vocales. Deux solistes se détachent en particulier : dans les rôles de Violante/Sandrina a une voix bien posée avec de très beaux aigus. Quant à (gagnante à l’applaudimètre en Arminda), elle joue à merveille son rôle de nymphomane colérique. De plus, la Dresdoise d’origine possède un port de voix épatant. Une artiste au charisme scénique indéniable. Son partenaire, le cavaliere Ramiro (la mezzo-soprano ) est nettement moins agile et expressif : le maillon faible du plateau. (Serpetta), soprano italienne, éclaire de sa voix légère et de son joli timbre : une chanteuse à l’orée d’une belle carrière. Le baryton Roberto/Nardo () a un timbre très beau. Sa prestation est d’une grande qualité. Le ténor (Don Anchise) s’en sort moins bien dans son rôle plutôt efféminé (plus ou moins accentué, d’où l’ambigüité). Et sa voix ne réussit pas à porter, surtout au début. Il faut dire que la gent masculine, en général, a eu du mal à s’affirmer au premier acte de l’opéra, mais au fur et à mesure, ces messieurs ont pris du coffre, et surtout (Belfiore) !

Denis Milo (Roberto/Nardo), Boze Juric Pesic (Don Anchise) et Silvia Lacchia (Serpetta)

S’il fallait un bémol à cette représentation frivole et enjouée à souhait, on pourrait dire à Monsieur Hagel de graisser son tabouret, trop souvent entendu couiner pendant les deux heures de ce spectacle revigorant. Deux bémols ! Les trois élèves de la Staatliche Ballettschule de Berlin ajoutent-ils réellement quelque chose d’intéressant au propos, aussi angéliques soient-ils, surtout quand leur principale chorégraphie consiste à se cacher derrière des pots de fleurs ? La scène où Nardo fait la cour à Serpetta (à l’italienne, à la française et à l’anglaise) et s’arme de deux petits rappeurs, aurait, elle aussi, pu être plus recherchée et fignolée. On peut se passer de danse plutôt que de la desservir.

Crédits photographiques : Christoph Hagel ; (Arminda) et (Belfiore) ;  (Violante/Sandrina) et (Antonio) ; (Roberto/Nardo), (Don Anchise) et (Serpetta) ; © Dirk Mathesius / tocc-concept

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