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A Genève, Mikhaïl Pletnev joue Hollywood sur Volga

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Genève. Victoria Hall. 17-III-2016. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : « Roméo et Juliette », Ouverture-Fantaisie, Variations sur un thème Rococo pour violoncelle et orchestre, op. 33. Alexandre Glazounov (1865-1936) : « Les Saisons », op. 67. Gaspar Cassadó (1897-1966) : Suite pour violoncelle seul (bis). Lionel Cottet, violoncelle. Orchestre National de Russie ; direction musicale : Mikhaïl Pletnev.

pletnevcon05_01Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas au Victoria Hall de Genève qui, après le formidable concert de l’Orchestre de la Suisse Romande avec le violoniste Vadim Gluzman, accueille l’ sous la baguette de qui joue proprement, mais sans esprit, son programme russe.

S’il existe deux sortes de musiques : la bonne ou la mauvaise, ainsi que l’affirmait Duke Ellington, il doit exister deux sortes d’auditeurs : les cérébraux et les viscéraux. Et le Victoria Hall de Genève devait être rempli d’intellectuels ce soir-là, sinon comment expliquer le triomphe que le public a réservé au concert de musiques russes présentées par le chef et son ?

Parce qu’enfin, qu’a-t-on entendu dans cette ouverture du ballet Roméo et Juliette de Tchaïkovski ? Certes, l’ensemble russe est un orchestre dont chaque pupitre est occupé par d’impeccables musiciens. Des cordes magnifiques, des bois et des cuivres superbes. Tous jouent admirablement ensemble. Rien ne dépasse. Tout est au cordeau. Tout est parfait ! Mais quel ennui! En offrant une musique aussi léchée, aussi dénuée d’imprévu, on se dit qu’heureusement la partition prévoit des coups de cymbales pour nous tenir éveillés.

Avec les Variations sur un thème Rococo pour violoncelle, on espère que peut-être la venue d’un soliste va changer l’ambiance. Certes, la musique n’est plus la même puisque déjà la moitié de l’orchestre est partie en coulisses. Malheureusement ce qu’il en reste n’arrive pas à monter le volume. Avec le « ploum-ploum » assez peu inventif de Tchaïkovski, le violoncelliste genevois devrait pouvoir profiter de cet accompagnement scolaire pour donner de la lumière sinon à l’œuvre, du moins aux spectateurs. Las, son manque de précision et ses fréquentes incartades quant à l’intonation n’arrangent rien à l’affaire. Pour , l’œuvre parait trop grande pour offrir une interprétation allant au-delà de la technique instrumentale. En bis, le violoncelliste local offre une « espagnolade » rafraîchissante avec le 3ème mouvement de la Sonate pour violoncelle seul de bien maîtrisée.

Même si les hivers russes ont la réputation d’être extrêmement venteux et rigoureux, le réchauffement climatique semble avoir atteint Les Saisons de Glazounov interprétées par l’Orchestre National de Russie et la baguette de Mikhaïl Pletnev. Comme en début de soirée, tout est dans la tradition, dans les rails, sur une route sans aspérités, ça baigne, ça coule de source. Rien à dire. On ne risque rien, aucune menace que l’esprit fantasque et artistique russe ne vienne déranger l’ordre. Gare aux cuivres s’ils s’extirpent, ils sont immédiatement étouffés par les cordes. On est à Hollywood sur Volga, une nouvelle production de Walt Disney. Un remake de « Fantasia » à une différence près néanmoins : dans « Fantasia », il y a l’image en plus !

Dans l’obligation polie de rester à sa place alors qu’on n’a qu’une envie, celle de sortir, on regarde alentour. Au plafond, il ne se passe rien. Sur scène, pas grand-chose non plus. L’orchestre est une machine si bien huilée qu’elle joue toute seule. On se demande à quoi sert le chef. Effectivement, il est là. Il trône, quasi immobile. De tout le concert, planté sur son estrade, il ne s’est guère déplacé sur plus de dix centimètres. Quand on compare avec l’engagement d’un Valery Gergiev…

Crédit photographique : © Artyom Makeyev

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Genève. Victoria Hall. 17-III-2016. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : « Roméo et Juliette », Ouverture-Fantaisie, Variations sur un thème Rococo pour violoncelle et orchestre, op. 33. Alexandre Glazounov (1865-1936) : « Les Saisons », op. 67. Gaspar Cassadó (1897-1966) : Suite pour violoncelle seul (bis). Lionel Cottet, violoncelle. Orchestre National de Russie ; direction musicale : Mikhaïl Pletnev.

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