Banniere-ClefsResmu-ok

L’Heure espagnole par Slatkin, une grande réussite

À emporter, CD, Musique symphonique

Maurice Ravel (1875-1937) : L’Heure espagnole ; Don Quichotte à Dulcinée. Luca Lombardo, Torquemada ; Isabelle Druet, Concepción ; Frédéric Antoun, Gonzalve ; Marc Barrard, Ramiro ; Nicolas Courjal, Don Iñigo Gomez ; François Le Roux, Don Quichotte ; Orchestre National de Lyon ; direction : Leonard Slatkin. 1 CD Naxos 8.660337. Enregistré à l’Auditorium Maurice-Ravel de Lyon en janvier 2013 (L’Heure espagnole) et septembre 2013 (Don Quichotte à Dulcinée). Notice bilingue (anglais, français). Durée totale : 55’42 ».

 

LSlatkinL’ poursuit son intégrale Ravel pour le disque, avec une Heure espagnole exquise.

Difficile de trouver le ton juste dans une œuvre aussi déroutante et facétieuse que L’Heure espagnole. On n’a jamais fini de se demander à quel degré il faut prendre cette « comédie musicale » enrobée d’espagnolades, cette intrigue qui semble n’être jamais qu’un prétexte, ces vers faciles « au rythme qui se casse, à la rime cocasse » (de l’aveu même du librettiste) ! Les metteurs en scène se heurtent toujours à la même question : pour plaire au public, faut-il compter sur l’humour des blagues potaches et des allusions grivoises, au risque du vulgaire, ou bien sur un esprit ravélien certes partout à l’œuvre dans la partition, mais si difficile à traduire sur scène ? Rares sont les solutions vraiment satisfaisantes ; sans nul doute, la meilleure façon d’appréhender et de goûter L’Heure espagnole reste encore de l’écouter au disque : tout ouïe, les yeux clos…

L’enregistrement que donne à la tête de son est idéal à ce titre. Une prise de son impeccable, nette et généreuse, rend toute justice à la palette sonore d’instrumentistes rompus à la musique de Ravel. Sous la baguette acérée de leur directeur musical, tous semblent trouver sans effort le tempo adéquat, l’équilibre du discours, la verve sincère, le raffinement : à aucun moment, la rigueur de la mise en place n’est sacrifiée sur l’autel de l’ironie.

Druet et Barrard au sommet

Le jeu de l’orchestre, porté à un tel niveau, est un socle de choix pour que se déploie le talent des chanteurs. D’une distribution déjà solide se détache , qui campe une Concepción envoûtante. Servie par sa diction d’une précision sans égale, elle décline les émotions avec brio ; les inflexions de sa voix toujours très pure sont assez outrées pour être drôles, et assez élégantes pour être pénétrantes. Du côté des hommes, on admire spécialement dans le rôle de Ramiro, le muletier de Séville. Dans les nuances de la voix du chanteur, on suit tout le parcours initiatique du personnage ; son déniaisement progressif en devient presque attendrissant.

Plutôt que d’aller jusqu’aux trois chansons de Don Quichotte à Dulcinée, desservies par un au timbre de voix hélas trop prosaïque, l’auditeur terminera son écoute par le formidable finale de L’Heure espagnole, une habanera lascive où explose la gaîté des cinq personnages, réunis sur scène pour se moquer d’eux-mêmes : c’est le parachèvement d’une interprétation où comédie et bon goût se trouvent heureusement réunis.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.