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Orfeo ed Euridice allégorique à Nancy

La Scène, Opéra, Opéras

Nancy. Opéra national de Lorraine. 29-III-2016. Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Orfeo ed Euridice, action théâtrale en musique en trois actes sur un livret de Ranieri de’ Calzabigi. Mise en scène : Ivan Alexandre. Décors et costumes : Pierre-André Weitz. Lumières : Bertrand Killy. Avec : Christopher Ainslie, Orfeo ; Lenka Máčiková, Euridice ; Norma Nahoun, Amore ; Uli Kirsch, la Mort. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Rani Calderon.

Orphée et Eurydice@Opéra natio-nal de Lorraine (13)Troisième et dernière étape d’une première partie de saison consacrée au mythe d’Orphée à l’Opéra national de Lorraine. Après le dynamitage comique de la légende avec Orphée aux Enfers d’Offenbach et la redécouverte musicologique de l’Orfeo de Rossi, place au plus célébré des opéras inspirés par la fable antique : Orphée et Eurydice de Gluck dans sa version originale, en italien et plus resserrée de Vienne en 1762.

Venue de Salzbourg où elle a été créée et coproduite dans le cadre de la Mozartwoche 2014, la mise en scène d’ séduit par sa pertinence, sa subtilité et une élégante distinction de chaque instant. Sans asséner, sans s’appesantir, sans non plus pousser l’analyse ni éblouir par une direction d’acteurs au cordeau, il établit un parallèle entre Orphée/Eurydice et Adam/Eve. Pierre-André Weitz, le scénographe attitré d’Olivier Py, propose une mise en abyme sous forme d’une scène très XVIIIème siècle, avec sa rampe de fausses bougies d’éclairage, s’ouvrant progressivement en profondeur et bordée de deux colonnes de loges où prendra place le chœur des Enfers.

La Mort, personnifiée par le magnifique comédien Uli Kirsch, domine les trois actes de l’opéra, donnés d’une traite sans entracte. C’est elle qui d’entrée sépare les principes masculin et féminin du couple primordial, laissant à chacun une blessure indélébile au flanc. C’est elle encore qui prend soin d’Eurydice aux Enfers et joue de sa séduction, à tel point que cette dernière en viendra à douter de son choix de suivre Orphée. Et même si l’Amour vient lui disputer la primauté sur le monde, c’est elle in fine qui saura tenter Eve/Eurydice avec la célèbre pomme tandis qu’Orphée se retrouve seul face à son art et à sa lyre géante (le harpiste Julien Marcou installé sur scène). Amour et Mort, Eros et Thanatos, quelle juste traduction de la condition humaine dans cette pantomime qui remplace tout le ballet final ! La place nous manque pour analyser en détail cette mise en scène bien plus élaborée qu’elle n’y paraît. Citons par exemple la configuration par couples du chœur qu’Amour s’acharne à provoquer et que la Mort défait. Ou encore les magiques retrouvailles d’Orphée et Eurydice par ombres chinoises interposées, dominées par une Mort menaçante. Ou enfin ces brassées de roses rouges, celles qu’on offre pour déclarer sa flamme comme celles qui évoquent le rouge sang des blessures.

Orphée et Eurydice@Opéra natio-nal de Lorraine (18)

Dévolu lors de la création au célèbre castrat Guadagni, le rôle d’Orphée échoit au contre-ténor . Si par essence cette vocalité ne lui autorise pas une palette de couleurs très variée, si chez lui le passage en voix de poitrine dans les basses est encore un peu trop marqué, il convainc néanmoins par son ardeur juvénile, son éloquence et émeut par ses plaintes. Annoncée souffrante, réussit pourtant une Eurydice intense, prégnante et d’un parfait tragique, en dépit d’aigus parfois tendus. Enfin, la merveilleuse emporte tous les suffrages en Amour espiègle et bagarreur, aveuglé par un bandeau et pourvu d’un blouson ailé conformes à la tradition.

assure une direction bien en place et soigne le dramatisme (un superbe tableau des Enfers) mais marque parfois trop abruptement les contrastes, de tempi notamment. Avec des cordes peu vibrées et des bois agressifs, l’ essaye de sonner baroque sans pleinement y parvenir mais contribue par son engagement à la théâtralité et au dynamisme du spectacle. Très sollicité, le tient lui aussi son rang, intense et engagé ; trop en fait car, dans ce type d’ouvrage, il lui siérait mieux de soigner encore plus les nuances et de limiter sa puissance.

Crédit photographique : @ Opéra national de Lorraine

 

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