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Le Quatuor Ébène et Matthias Goerne, une Schubertiade à Bozar

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Bruxelles. Bozar. 17-IV-2016. Franz Schubert (1797-1828) : Lieder (Strophe aus Die Götter Griechenlands, Atys, Der Jüngling und der Tod, Der Tod und das Mädchen, Der liebliche Stern, Auf dem Wasser zu singen, Das Lied im Grünen, An den Mond II) ; Quintette à cordes en ut majeur op.163. Quatuor Ebène ; Matthias Goerne : baryton ; Raphaël Merlin : contrebasse ; Nicolas Alstaedt : violoncelle

Le offre des collaborations de choix pour cette Schubertiade. Après une première partie en collaboration avec pour une sélection de lieder, il présente au public bruxellois un émouvant Quintette à cordes en ut majeur. 

Le concert de ce dimanche 13 avril clôture la résidence du à Bozar et coïncidait avec la sortie de leur album Schubert, String Quartet et Lieder,  enregistré avec Gautier Capuçon et .

La première partie se présente sous la forme d’un récital du baryton Matthias Goerne qui offre au public – attentif, presque recueilli – une sélection de lieder de Schubert : un univers qu’il explore et maîtrise depuis de nombreuse années.
Cette longue maturation est peut-être l’une des clés qui expliquent l’intensité avec laquelle le baryton transmet textes et mélodies et y imprime des intensions si claires et profondes. Attentif au texte, à son contenu poétique comme à son aspect formel : le phrasé est soigné, sans affectation, avec ces legati uniques qui font sa signature.
Le timbre et la technique atypique du baryton déconcertent certains auditeurs mais ils permettent des basses d’une grande densité. Soulignant certaines phrases avec une gestuelle chaloupée qui tient de la danse il installe, grâce à cette sonorité chaude, une atmosphère intimiste dans cette vaste salle Henri Leboeuf.  On perçoit moins d’harmoniques dans cette voix mais cela signifie que l’on y gagne en douceur. Le tempo ralenti semble élaboré pour laisser à l’auditeur la possibilité de composer avec toute la puissance évocatrice de Schubert.
Point de morbidité : la mélancolie de Schubert y est finement distillée, les modulations interviennent comme des nuages subtils passant dans un ciel par temps gris où, parfois, éclate un orage. Le drame y arrive parfois avec la voix soudain tonnante qui surprend le spectateur.
Les arrangements inventifs et prenants, où les cordes remplacent le clavier, ont été élaborés par le violoncelliste – et compositeur – Raphaël Merlin. Ils intègrent une contrebasse. Cette judicieuse disposition ajoute un arrière-plan sonore, une profondeur au paysage musical de ces lieder, qui ont ainsi bénéficié du travail remarqué de Laurene Durantel.

La seconde partie de cette Schubertiade sera instrumentale : le quatuor propose le Quintette en ut majeur de Schubert, œuvre magnifique et innovante, dont la composition fut achevée deux mois avant le décès du compositeur. C’est une partition que le quatuor propose en tournée de longue date et qu’il a enregistrée récemment avec Gautier Capuçon. Les Ébène profitent à plein de la plasticité offerte par la musique de chambre en variant les dispositifs et les répertoires par le biais de collaborations multiples. Aussi, sur scène ce soir-là, c‘est le violoncelliste – et chef – qui leur apporte son concours. Après le départ de l’altiste Mathieu Herzog qui continue sa route avec l’ensemble Appassionato, c’est le tout jeune Adrien Boisseau qui l’a remplacé, avec succès, au sein du quatuor.

Quatuor Ebène (2015) 01 © Julien Mignot

Avec fluidité, les musiciens font surgir d’emblée le thème splendide en do majeur du premier mouvement qui nous étreints dès l’ouverture. Les émotions sont transcrites avec clarté, naturel comme dans l’adagio où les mesures plus calmes, sans langueur pourtant, nourrissent les instants de romantisme plus tumultueux ou les moments de grande tension.
La cohérence musicale évidente de l’ensemble n’empêche pas de discerner les personnalités des musiciens, par ailleurs solistes confirmés. Leurs postures même diffèrent quelque peu : si Pierre Colombet est plus appliqué et concentré, le violon de Gabriel le Magadure est plus souple et mobile sur son épaule, tous deux emportés par la musique décollent littéralement de leur chaise lors des morceaux de bravoure. L’altiste Adrien Boisseau, tout sourire, consulte régulièrement ses voisins du regard de même que Raphaël Merlin, au jeu très détendu, avec qui il échange un sourire par moment lorsque leurs phrases musicales se rejoignent  : témoignage du plaisir de construire cette musique ensemble. Nicolas Alstaedt, plus voûté sur son instrument, fournit un travail également impressionnant.

Le scherzo, dans sa jovialité trompeuse – car la mort plane mais elle paraît ici plus sereine qu’angoissante – est, dans son écriture, incroyablement moderne et surprenant. On goûte les « échappées » d’instrument et les surprises de la partition. Il en est ainsi, lorsque les violoncelles comme amusés s’emparent, lumineux, de certaines lignes mélodiques en lieu et place des violons ou encore lors ces dialogues de pizzicati et de coups d’archets qu’échangent le premier violon et le violoncelle.
L’émotion surgit et s’intensifie sans qu’on y prenne garde jusqu’à ce que l’énergie et la vivacité de cet ensemble éclatent dans l’allegretto haletant aux sonorités hongroises, déclenchant dans la salle un vif enthousiasme.

Crédits photographiques : Matthias Goerne © Mark Borggreve ; Quatuor Ebène © Julien Mignot

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