Exhumation de quelques inédits de Christian Ferras

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Christian Ferras (violon), Shuku Iwasaki, Pierre Barbizet, Ernest Lush (pianos). Œuvres de Rameau, Tchaikovsky, Granados, Mendelssohn, Debussy, Drdla, Bach, Boccherini, Ravel, Dvorak, Beethoven, Albeniz, Schubert, Kreisler, Sarasate, Massenet et Fauré. 1 CD DGG. Référence 4825037. Enregistré les 26 et 27 novembre 1948, le 15 février 1951 à Paris, les 10 et 11 avril 1971 au Japon. Durée : 1h.12’

 

Forgotten-FerrasLa redécouverte récente de quelques enregistrements réalisés en 1971 au Japon et jusque là inédits de ne bouleverse pas notre connaissance de l’art de ce grand violoniste trop tôt disparu. Outre ces piécettes souvent transcrites de quelques morceaux célèbres, on retiendra surtout de ce CD les quelques pages gravées en 1951 avec Pierre Barbizet, et avant tout le Tzigane de Ravel, seul morceau d’envergure de ce disque un peu frustrant.

En complément à la riche discographie « officielle » de qui culmine avec ses sonates en duo avec Pierre Barbizet et sa célèbre série de concertos avec Karajan, DG exhume, de trois sources différentes, un récital de piécettes (hormis Tzigane).

En 1948, avant le second prix au concours Long-Thibaud (1949, le premier n’avait pas été décerné), il grave à tout juste seize ans (!), le prélude et allegro d’après Pugnani de Kreisler et la romance andalouse de Sarasate. C’est en 1951 que quatre morceaux sont enregistrés avec Barbizet au clavier. On retrouve avec plaisir la sonorité de Ferras à son jeune apogée, même si le répertoire ne comprend guère que Tzigane comme pièce maîtresse… L’entente entre les deux musiciens qui allait ultérieurement déboucher sur quelques grands enregistrements de référence (on n’oubliera jamais le couplage Franck-Lekeu sous l’étiquette jaune) est en revanche déjà proche de la perfection.

Reste l’essentiel du CD capté au Japon en 1971, avec une pianiste qui n’est rien de plus qu’un accompagnateur, Shuku Iwasaki, et retrouvé récemment. Ferras est déjà alors en proie à ses démons intérieurs, et cet enchaînement de quatorze petits morceaux, pour la plupart issus de transcriptions, ne montre guère en creux que le fait qu’à l’époque, le violoniste français commençait à reculer devant les grands concertos ou les sonates (que d’ailleurs les organisateurs de concerts hésitaient déjà à lui demander). Sans nier l’intérêt du document, on restera avant tout fidèle à la grande époque qui l’a vu graver, sous la baguette d’un Karajan lui aussi à son apogée berlinois, quelques-uns des plus grands enregistrements du répertoire concertant pour le violon. Un conseil, une fois ce « forgotten Ferras » écouté, remettez sur votre platine l’impérial concerto de Sibelius que nul n’a jamais égalé…

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  • Luc Widmaier

    Assez d’accord avec ce commentaire. Ce disque, s’il est très beau, comme tous les enregistrements de Ferras, ne prendra sa juste valeur que pour les connaisseurs amoureux du grand violoniste français. Réécoutez le Sibelius, inégalé en effet et sans doute inégalable, le Brahms d’un raffinement extrême, le Beethoven, magistral, le 1er de Prokofiev, incandescent avec le chef Dean Dixon dans une très belle captation en direct, et bien évidemment les sonates, toutes les sonates, avec Pierre Barbizet !
    Karajan disait de Ferras qu’il était « le plus grand, à jamais », et je crois qu’on ne saurait mieux dire.

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